Biographie de Léopold Sédar Senghor
1906, à Joal, village de pêcheurs au sud de Dakar : le fils d’un négociant sérère et d’une mère peule se prénomme Léopold Sédar Senghor. « Sédar », d’après un prince sérère, et « Léopold », prénom catholique — déjà, l’enfant porte en lui la tension entre l’Afrique et l’Europe qui occupera toute une vie.
En bref
| Nom complet | Léopold Sédar Senghor |
| Naissance | 9 octobre 1906, Joal, Sénégal |
| Décès | 20 décembre 2001, Verson, France |
| Domaines | Poésie en langue française, essai politique et philosophique |
| Œuvres emblématiques | Chants d’ombre, Éthiopiques, Hosties noires, Liberté |
| Distinctions majeures | Prix mondial Cino Del Duca (1978), élection à l’Académie française (1983) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1906 | Naissance à Joal, fils d’un négociant sérère et d’une mère peule |
| 1928 | Baccalauréat avec mention ; bourse pour Paris ; lycée Louis-le-Grand, Sorbonne |
| 1935 | Premier Africain reçu à l’agrégation de grammaire |
| 1935 | Co-fonde avec Aimé Césaire le mouvement de la Négritude |
| 1940 | Mobilisé, fait prisonnier par les Allemands ; interné 18 mois |
| 1945 | Chants d’ombre ; élu député à l’Assemblée nationale |
| 1960 | Premier président de la République du Sénégal indépendant |
| 1980 | Démission de la présidence ; transmission à Abdou Diouf |
| 1983 | Élection à l’Académie française, premier Africain |
| 2001 | Décès à Verson (Calvados), à 95 ans |
De Joal à Paris, des camps de la guerre à la présidence sénégalaise
Léopold Sédar Senghor grandit au Sénégal colonial, orphelin de père. Brillant élève, il excelle au séminaire de Dakar et obtient le baccalauréat avec mention en 1928, décrochant une bourse pour Paris, où il intègre le lycée Louis-le-Grand et la Sorbonne. Il s’y lie d’amitié avec Georges Pompidou, futur président de la République, et côtoie les grands intellectuels de son temps. C’est à Paris qu’il rencontre Aimé Césaire ; ensemble ils inventent, vers 1935, la Négritude — une doctrine affirmant la dignité et la beauté de la culture noire, en opposition au colonialisme. L’année suivante, Senghor devient le premier Africain reçu à l’agrégation de grammaire. Professeur de lettres classiques à Tours, puis à Saint-Maur-des-Fossés, il enseigne les auteurs grecs et latins aux jeunes Français, tout en cultivant en secret les vers qui feront sa renommée.
En 1940, la guerre éclate. Senghor, soldat français, est capturé le 20 juin près de La Charité-sur-Loire. Interné dans cinq camps français pendant 18 mois, il y écrit les poèmes qui deviendront Hosties noires (1948) — ce vibrant hymne aux tirailleurs sénégalais et aux soldats africains morts pour une France qui ne les reconnaît pas comme égaux. À sa libération, en 1942, il reprend son poste et s’engage en politique. Élu député à l’Assemblée nationale en 1945, il défend une vision de coopération entre les peuples et cofonde, en 1948, le Bloc démocratique sénégalais.
Le 5 septembre 1960, le Sénégal obtient son indépendance. Senghor en devient le premier président et compose l’hymne national, Le Lion rouge. Pendant vingt ans, il construit le Sénégal — système éducatif ambitieux, vie politique encadrée — tout en publiant poèmes et essais, dont la série Liberté qui théorise sa vision d’une « civilisation de l’universel ». En 1980, avec une rareté dans l’histoire politique africaine, il démissionne et transmet le pouvoir à son Premier ministre Abdou Diouf.
En juin 1983, il entre à l’Académie française, premier Africain. Dix-huit ans plus tard, il meurt à Verson (Calvados) ; ses cendres reposent à Joal.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Chants d’ombre (poésie) | 1945 | Premier recueil ; élégies silencieuses sur l’Afrique lointaine et l’exil |
| Hosties noires (poèmes en prose) | 1948 | Hymne aux tirailleurs sénégalais oubliés, écrit dans la douleur des camps |
| Éthiopiques (poésie) | 1956 | Sommet du poète : l’Afrique ancestral et l’exil européen dans un rythme de griot |
| Liberté (5 volumes d’essais) | 1964-1992 | Réflexion politique majeure : négritude, socialisme africain, dialogue des cultures |
| Ce que je crois (essai) | 1988 | Testament intellectuel : identité, modernité et civilisation universelle |
Ses livres
Toute l’œuvre disponible sur Afromix :
- Chants d’ombre (1945, poésie)
- Hosties noires (1948, poésie)
- Éthiopiques (1956, poésie)
- La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre (1953, conte avec Abdoulaye Sadji)
- Nocturnes (1961, poésie)
- Liberté I-V (essais, 1964-1992)
- Lettres d’hivernage (1973, poésie)
- Élégies majeures (1979, poésie)
- Ce que je crois (1988, essai)
Héritage et influence
La Négritude, co-fondée par Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas, a inspiré des générations d’écrivains africains et diasporiques. Sa poésie, insistant sur le rythme et le corps, a ouvert la voie à un français africain à part entière. Figure de président-poète qui a su abdiquer avant l’hégémonie, Senghor inspire les débats sur la gouvernance africaine et reste l’architecte d’une vision du dialogue des civilisations encore d’actualité.
Sources et références
- « Léopold Sédar Senghor », Wikipédia en français, https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9opold_S%C3%A9dar_Senghor, consulté le 18 octobre 2026.
- « Léopold Sédar Senghor (1906–2001) », Poetry Foundation, https://www.poetryfoundation.org/poets/leopold-sedar-senghor, consulté le 18 octobre 2026.
- « Léopold Sédar Senghor », Présidence de la République du Sénégal, https://www.presidence.sn/en/presidence/leopold-sedar-senghor/, consulté le 18 octobre 2026.
- « Léopold Sédar Senghor, poète de la négritude », Lumni, https://www.lumni.fr/article/leopold-sedar-senghor-poete-de-la-negritude, consulté le 18 octobre 2026.
- « Léopold Sédar Senghor | Biographie », Fondation pour la mémoire de l’esclavage, https://memoire-esclavage.org/biographies/leopold-sedar-senghor, consulté le 18 octobre 2026.
- « Léopold Sédar Senghor — Académie française », Académie française, https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/leopold-sedar-senghor, consulté le 18 octobre 2026.
- « Senghor, Léopold Sédar (1906–2001) », Encyclopedia.com, https://encyclopedia.com/history/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/senghor-leopold-sedar-1906-2001, consulté le 18 octobre 2026.
- « A Concealed Reality: Léopold Sédar Senghor’s years in captivity », Smithsonian Libraries, https://blog.library.si.edu/blog/2017/02/24/concealed-reality-leopold-sedar-senghors-years-captivity, consulté le 18 octobre 2026.
- « Léopold Sédar Senghor prisonnier de guerre allemand », Berghahn Journals, https://doi.org/10.3167/fpcs.2014.320209, consulté le 18 octobre 2026.
- « Léopold Sédar Senghor », The Daily Canon, https://thedailycanon.org/authors/leopold-sedar-senghor, consulté le 18 octobre 2026.