Musique

Si vous pensez aimer « la musique occidentale », regardez mieux sa généalogie : le jazz est né des chants et des rythmes venus d’Afrique, le blues a enfanté le rock’n’roll, et le hip-hop sample encore aujourd’hui des breaks dont l’esprit vient des percussions du continent. Difficile de trouver un courant populaire contemporain qui ne doive quelque chose à l’Afrique ou aux Caraïbes.

Sur le continent africain, la musique est partout : dans les griots qui chantent l’histoire des familles, dans les polyrythmies des villages, dans les orchestres urbains nés après l’électrification. De ce terreau sont sortis des styles devenus mondiaux : le highlife du Ghana et l’afrobeat de Fela Kuti au Nigeria, la rumba congolaise — inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021 — puis le soukous et ses guitares vertigineuses, le mbalax de Youssou N’Dour au Sénégal, le makossa de Manu Dibango dont « Soul Makossa » reste l’un des morceaux les plus samplés de l’histoire. Et depuis quelques années, une nouvelle vague déferle : l’amapiano sud-africain, ce house pianiste et languide né en 2010, domine les playlists du continent entier, tandis que l’afrobeats nigérian — de Burna Boy à Tems — remplit les stades d’Europe et d’Amérique.

Les Caraïbes ont joué le rôle de laboratoire : îles carrefour où les rythmes africains ont rencontré les guitares et les cuivres d’Europe, donnant naissance à des genres inédits. Cuba a offert le son cubain, d’où sont nés la salsa des clubs new-yorkais, le mambo et le cha-cha-chá. La Jamaïque a fait naître le ska, puis le reggae que Bob Marley a hissé au sommet des charts mondiaux — sans oublier le dub, dont les échos et les basses nourrissent aujourd’hui toute la musique électronique. La Trinité a inventé le calypso, la soca et le steelpan, seul instrument acoustique majeur créé au XXᵉ siècle. Haïti a donné le compas, que la Guadeloupe et la Martinique ont transformé en zouk avec Kassav’, tour à tour fisteur de dancehalls et ambassadeur mondial des Antilles.

Et le courant ne s’est jamais fait dans un seul sens : dès les années 1940, la rumba congolaise réinterprétait le son cubain — de l’Afrique vers Cuba, puis de Cuba vers l’Afrique. Le zouk a redonné au compas haïtien un écho planétaire ; la salsa est revenue nourrir les clubs de Carthagène et de Port-au-Prince. Boucle après boucle, chaque style repart plus riche qu’il n’est arrivé.

C’est cette histoire vivante que la section Musique d’afromix.org se propose de raconter. Explorez les artistes et leurs biographies, les styles du makossa à l’amapiano, les pays et leurs scènes, les instruments — de la kora au ngoni — et le videothèque qui accompagne l’ensemble. La playlist du monde s’écrit ici, et elle parle déjà votre langue.