Biographie

Madilu System : le grand Ninja du soukous congolais

En novembre 1983, dans un couloir d’hôtel bruxellois, Franco Luambo, maître du TPOK Jazz, entend un jeune chanteur congolais. Cette voix rauque, ce ténor au trémolo, allait transformer la musique congolaise. Jean de Dieu Bialu deviendra Madilu System. Près de quarante ans de carrière en font une des voix les plus marquantes du rumba congolaise1.

En bref

Nom complet Jean de Dieu Bialu Makiese
Pseudonyme Madilu System
Surnoms « Grand Ninja », « Le Grand Pharaon », « Ramsès II »
Naissance 28 mai 1950, Kisantu, Congo belge
Décès 11 août 2007, Kinshasa, RDC
Genres Rumba congolaise, soukous
Activité 1969–2007

Dates clés

Année Événement
1950 Naissance à Kisantu, Bas-Congo
1969 Débuts à seize ans dans Orchestre Symba
1973 Co-fondation de Bakuba Mayopi ; tube « Pamba-Pamba »
1980 Rejoint TPOK Jazz de Franco Luambo
1983 Révélation avec « Non », tube planétaire
1985 Duo légendaire avec Franco : « Mario »
1989 Mort de Franco ; il demeure fidèle au TPOK Jazz
1993 Départ du groupe ; démarrage carrière solo
1993-2007 Huit albums solo ; reconnaissance comme héritier de Franco
2007 Décès à Kinshasa ; des milliers de fans dans les rues

Origines : la formation d’une voix

Né le 28 mai 1950 à Kisantu dans le Bas-Congo, Jean de Dieu Bialu Makiese grandit bercé par les orchestres congolais. Adolescent, il s’attache à la voix de Sam Mangwana au point de délaisser l’école. En 1969, à seize ans, il intègre Orchestre Symba puis Bamboula de Papa Noël Nedule, où il côtoie Pépé Kallé et Wuta Mayi. Il enchaîne les expériences : Festival des Maquisards, Fiesta Populaire de Fagus Izeidi — ce dernier lui propose le pseudonyme « Madilu », inspiré d’un mot tamoul2. Il fusionne ce prénom avec la finale de son nom pour forger sa signature.

En 1973, avec le guitariste Yossa Taluki et le chanteur Pirès, il fonde Bakuba Mayopi. Le groupe engrange des succès, et Madilu compose le tube « Pamba-Pamba ». Après tensions, il quitte en 1976, forme Pamba Pamba qui se dissout au bout de deux ans. Un bref passage chez Tabu Ley Rochereau ne le satisfait pas3.

Le duo avec Franco

La destinée bascule en avril 1980 lorsque Ntesa Dalienst le présente à Franco. Pendant trois ans, Madilu reste dans l’ombre — chanteur de renfort, jamais en studio. L’inflexion survient à Bruxelles en 1983. Franco, fatigué de Madilu et sur le point de le voir partir, l’interpelle dans un couloir d’hôtel. Il lui demande d’enregistrer une démo de « Non », une rumba dénonçant les travers des ménages congolais. Aucun chanteur majeur ne veut se prêter à ce morceau perçu comme provocateur. Franco l’accompagne à la guitare. « Non » devient un succès massif4.

Il monte en épingle une série de duos historiques. « Mamou (Tu Vois) » (1984) conquiert l’Afrique subsaharienne. « Mario » (1985) est considéré comme l’un des plus grands tubes du TPOK Jazz. « La Vie des Hommes » (1986) acheve ce trio. Simaro Lutumba lui-même lui confie des tubes5.

L’héritage du Ninja

Après la mort de Franco en octobre 1989, Madilu demeure fidèle au TPOK Jazz pendant quatre années. En décembre 1993, lors de la scission, il choisit la voie indépendante et fonde Tout Puissant Multi-System. Il s’installe entre Kinshasa, Paris et Genève4.

Sans commentaire (1993) réunit des légendes comme Syran Mbenza, Lokassa ya Mbongo et Pablo Lubadika. Album ‘95, L’eau (1998), Pouvoir (1999) et Bonheur (2001) ancrent son style dans le romantisme. Il s’effondre à Kinshasa en août 2007. Il meurt le 11 août, à 57 ans, de complications d’un diabète et d’une hypertension. La Bonne Humeur paraît à titre posthume. Des milliers de fans envahissent les rues1.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
« Non » 1983 Tube fondateur du TPOK Jazz ; révélation de Madilu
« Mario » 1985 L’un des plus grands succès de la rumba congolaise
« Mamou (Tu Vois) » 1984 Rumba théâtrale sur l’infidélité, succès panafricain
Sans commentaire 1993 Premier album solo ; réunissant des légendes congolaises
L’eau 1998 Album phare de la période solo

Héritage

Madilu System laisse la voix la plus reconnaissable du TPOK Jazz de la fin des années 1980. Son trémolo, son timbre de ténor rauque et son rire reconnaissable ont marqué des générations. The Independent le décrit comme « le plus brillant talent vocal » de ce qui fut « probablement le groupe africain le plus influent de la seconde moitié du XXe siècle »4.

Héritier spirituel de Franco, il a perpétué le « odemba », ce style de rumba classique au rythme fluide, tout en apportant sa propre sensibilité romantique. Collaborations avec Africando, Zaïko Langa Langa, Nyboma, Josky Kiambukuta. Son nom reste indissociable de l’âge d’or de la rumba congolaise1.

Sources et références


  1. Frank Bessem, Musiques-d’Afrique.net, décembre 2009 ↩︎ ↩︎ ↩︎

  2. Mbokamosika, 17 août 2014 ↩︎

  3. Gary Stewart, Rumba on the River, Verso, 2000 ↩︎

  4. The Independent, 21 septembre 2007 ↩︎ ↩︎ ↩︎

  5. Yves van der Mboyo, Infocongo, 19 septembre 2020 ↩︎