Biographie
Nasty-D : le pionnier du Zambezi music qui n’a jamais cessé de rebondir
En février 2012, un remix de son tube Bombasa débarque sur les ondes zambiens. Le voici revenu, toujours avec ses dreadlocks, toujours en train de mixer kalifunku et reggae sous le nom qu’il a forgé : Nasty-D. Mais pour qui connaît l’histoire de la musique zambienne, ce retour n’a rien d’une surprise. Nasty-D — de son vrai nom Davis Ngoma — a traversé la décennie des années 1990 comme l’un des architectes du renouveau musical de son pays, inventant un son hybride qu’il appelle lui-même le Zambezi music.
Né Davies Gersom Ngoma à Lusaka vers 1972, l’artiste a commencé sa carrière comme DJ puis promoteur de EHD Mobile Disco, la structure qui animait les Teen Variety shows sur le Copperbelt autour de Kitwe [^1]. Pendant ses études au Zimbabwe, il forme avec deux camarains le rap trio T2Z — Ommy Luv de Tanzanie et Mash Me du Zimbabwe [^1]. De retour à la maison, sa première apparition en solo sur la TV zambienne dans l’émission Sounds Good scelle son destin : il y interprète “Good Milile”, un titre au son unique qui explose immédiatement sur les radios du pays [^2].
En bref
| Nom de scène | Nasty-D (aussi orthographié Nasty D) |
| Nom complet | Davies Gersom Ngoma (ou Davis Ngoma) |
| Naissance | Vers 1972, Lusaka (Zambie) |
| Domaine | Musique — Zambezi music (fusion kalifunku, kalindula, reggae) |
| Œuvres emblématiques | “Good Milile”, “Aitaya”, “Bombasa” |
| Distinctions | Premier album zambien classé au Sounds Music Chart (1998) |
Du Copperbelt au Royaume-Uni : un premier album, une histoire de courage
L’arrivée à Lusaka en 1997, chez l’agent Brian Shakarongo Chengala de Jah Entertainments, se heurte à un problème concret : aucune structure locale ne peut enregistrer ses idées [^1]. Nasty-D part alors se former au CIMA à West London College, finit ses études et s’offre un job dans un restaurant de poulet pour financer son premier album. Le résultat ? Nyanjalize Bembalize, enregistré dans un studio du centre de Londres et publié en 1998, qui devient le tout premier disque zambien à figurer sur le Sounds Music Chart, un classement local fondé sur les ventes physiques [^1].
De retour à Lusaka, il monte le groupe EHD (Ever High Dreads) avec Steve Lox et 2wice. Le décès brutal de Steve Lox en 2000 provoque la rupture : 2wice publie un single solo, Tomato Balunda, conçu comme un projet du groupe mais qui fracture le collectif. La formation se dissout [^1].
Le Zambezi music et l’âge d’or (2001-2005)
En 2001 sort Fwelele Fwelele, le deuxième album, publié par Sounds Investments Zambia. Un an plus tard, Davis et sa femme ouvrent leur propre société de production sous le nom Mphalala Productions. Avec ce nouvel élan, Zambezi Yeka Yeka voit le jour et marque le tournant du Zambezi music : kalifunku, kalindula et reggae se mélangent dans une fusion qui donne naissance au titre Aitaya. Un titre qui grimpe en tête des charts locaux pour un record de 23 semaines consécutives — un exploit encore inégalé [^1].
Nasty-D monte alors le Zambezi Symphony, un groupe live qui embarque 2wice en chant principal et une pléiade de musiciens — Desh, Shi Masta, Mwaka, Queen Sheba aux chorales, Zenzo à la basse, Dave à la guitare lead — pour silloner le pays [^1]. Après la dissolution du projet, il se retire à Kabwe avec certains membres pour retravailler son son avant de reformer le Zambezi Family Band, aux côtés de ses propre frère Hakeem et sœur Mwaka [^1].
En 2004, Banjikata Kata Sana explore son univers avec le morceau titre dédié à sa propre arrestation pour possession de cannabis. Il purge en effet une peine de travaux d’intérêt général, mais l’année même la commission anti-drogue (DEC) le sollicite pour sensibiliser les jeunes sur les risques de la drogue et de l’alcool [^3]. En juillet 2005, Zambezi Fire sort chez Supershine Investments, suivi de près par le projet Zambezi Bluez.
Après la pause, les retours : un style immuable
En 2007, le musicien se pose en retrait du milieu musical zambien pour des raisons personnelles et scolaires [^1]. Le silence dure une décennie, mais pas totalement : en 2012, il revient avec le remix de Bombasa et Shake Your Kwendo, un titre club featuring une jeune rappeuse de seize ans, Drillz [^1]. En 2024, il se fait photographier sans dreadlocks pour l’Independence Day — un nouveau look qu’il qualifie de “neat and dope” [^4]. Le 26 juin 2026, il sort son single I’ll Be Your Knight, une nouvelle collaboration avec Misfit et Louie X [^5].
Discographie sélectionnée
| Album / Single | Année | Label ou label alternatif |
|---|---|---|
| Nyanjalize Bembalize | 1998 | Auto-produit, Londres |
| Fwelele Fwelele | 2001 | Sounds Investments Zambia |
| Zambezi Yeka Yeka | ~2003 | Mphalala Productions |
| Banjikata Kata Sana | 2004 | Mission Press |
| Zambezi Fire | 2005 | Supershine Investments |
| “Bombasa” (remix) / Shake Your Kwendo | 2012 | Y.E.M Records |
| I’ll Be Your Knight (single) | 2026 | — |
Héritage et influence
Nasty-D figure parmi les rares artistes zambiens qui, dès la fin des années 1990, ont su combiner hip-hop, reggae et musique traditionnelle pour forger un son véritablement zambien. Son concept de Zambezi music, né du kalifunku et du kalindula, a ouvert la voie à des générations d’artistes qui n’avaient jusqu’alors que le kalindula traditionnel ou la rumba congolaise pour se référer [^1]. Les charts zambiens de 2003 restent marqués par Aitaya, et ses incantations en chichewa ou bemba continuent de résonner dans les bars et les fêtes villageoises du pays.
Il reste un musicien discret, presque absent des grands médias — comme l’a noté un chroniqueur après son passage à Livingstone : musically Nasty D went quiet and was almost forgotten — mais ses fans ne l’ont jamais oublié [^3]. À 52 ans, il continue de tourner et d’enregistrer sur une scène zambienne qui ne cesse de le redécouvrir.
Sources et références
- Music in Africa, « Nasty D — Artist profile », https://musicinafrica.net/directory/nasty-d/, consulté le 3 novembre 2025.
- Chalo Chatu, « Nasty D — Zambian musician », https://chalochatu.org/Nasty_D, consulté le 3 novembre 2025.
- Diggers News, « Up close with Nasty D; his views on rivalry in music », https://diggers.news/lifestyle/2024/02/03/up-close-with-nasty-d-his-views-on-rivalry-in-music-his-musical-journey/, consulté le 3 novembre 2025.
- Mwebantu, « Nasty D ‘Ataya’ ma dreadlocks in Independence Day new look », https://www.mwebantu.com/nasty-d-ataya-ma-dreadlocks-in-independence-day-new-look/, consulté le 3 novembre 2025.
- Amazon Music, « Nasty-D — I’ll Be Your Knight », https://music.amazon.com/artists/B0FXXPNN3W/nasty-d, consulté le 3 novembre 2025.





