Biographie
Touré Kunda : la famille éléphant qui a fait danser le monde
En 1984, à l’Espace Balard de Paris, 20 000 personnes chantent en chœur avec un groupe venu de Casamance. Devant cette foule déchaussée, les frères Touré réalisent qu’ils ont ouvert une porte que personne n’avait encore franchie : celle d’une musique africaine qui n’a plus besoin de se rendre acceptable pour séduire le grand public.
En bref
| Nom du groupe | Touré Kunda (« la famille éléphant » en soninké) |
| Origine | Ziguinchor, Casamance, Sénégal → Paris, France |
| Genre | Mbalax, reggae, afro-rock, djambaadong |
| Période d’activité | 1979 – présent |
| Œuvres emblématiques | É’mma Africa, Turu, Paris-Ziguinchor, Santhiaba |
| Distinctions | Disque d’or (Toubab Bi, 1986) ; participation à l’album Supernatural de Carlos Santana (8 Grammy Awards, 1999) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1950 | Naissance d’Ismaïla et Sixu Tidiane Touré à Ziguinchor (22 jours d’écart) |
| 1975 | Ismaïla part en éclaireur à Paris ; Sixu le rejoint en 1977 |
| 1980 | Premier album É’mma Africa sous le label Celluloïd |
| 1983 | Décès d’Amadou ; album hommage Amadou Tilo ; arrivée d’Ousmane |
| 1984 | Paris-Ziguinchor : 200 000 exemplaires, un record pour la musique africaine |
| 1986 | Disque d’or pour Toubab Bi ; tournée aux États-Unis |
| 1992 | Concert pour Nelson Mandela au Trocadéro |
| 1999 | Collaboration avec Carlos Santana sur l’album Supernatural |
| 2008 | Retour avec Santhiaba |
| 2018 | Album Lambi Golo pour les 40 ans |
| 2023 | Décès d’Ismaïla Touré à Paris, à 73 ans |
Du premier pas en Europe au succès international
Nés à vingt-deux jours d’intervalle en 1950 à Ziguinchor, dans la région de Casamance, Ismaïla et Sixu Tidiane Touré grandissent bercés par la tradition des griots. Leur frère aîné Amadou, chanteur et musicien, les initie au chant, à la kora et au balafon — des instruments traditionnels qui composeront la trame de leur son, même lorsqu’ils adopteront plus tard la guitare électrique, la basse et le synthétiseur.
En 1975, Ismaïla embarque le premier pour Paris. Il travaille dans les foyers, compose des jingles pour les magasins africains, et tire son jumeau Sixu vers la France. Leur premier disque, Ismaïla do Sixu, sort en 1979. Acoustique, porté par les voix et les percussions, il « sonne comme un manifeste », comme l’écrit la réédition de 2019. Les deux frères enchaînent les petits concerts dans le nord de la France, « sans matériel, entassés à dix dans un vieux camion », selon leurs propres mots rapportés dans l’ouvrage biographique de 1985. Le tournant arrive avec l’arrivée d’Amadou à Paris en 1981 et la rencontre du manager Gilbert Castro, patron du club Les Saints-Pères, qui signe le groupe chez Celluloïd, label précurseur de la world music française.
Leur premier album sous le nom Touré Kunda, É’mma Africa, paraît en 1980. Le suivant, Touré Kunda (1982), contient Turu, titre devenu emblématique. Le groupe se produit au festival Africa Fête à Pantin et au Tropica Rythmes à La Courneuve en 1982, deux événements pionniers de la scène afro-française. Le Monde du 12 juin 1982 note : « On ne peut nier aujourd’hui le besoin de la communauté noire à Paris de se retrouver sur des musiques qui lui appartiennent. »
Le drame frappe en janvier 1983 : Amadou meurt d’un arrêt cardiaque sur la scène de la Chapelle des Lombards. Les frères survivants organisent un concert mémorial au Casino de Paris et enregistrent Amadou Tilo (« le soleil d’Amadou »), porté par Labrador. Ousmane Touré, le cadet, rejoint alors la formation.
L’ambition des frères est alors démesurée. En septembre 1983, ils partent en tournée à travers cinq pays d’Afrique de l’Ouest — Côte d’Ivoire, Mali, Gambie, Sénégal, Casamance — dans un camion de 38 tonnes transformé en scène mobile. L’expérience est immortalisée par le double album live Paris-Ziguinchor, paru en 1984, qui s’écoule à plus de 200 000 exemplaires, un record alors inégalé. Dans la seconde moitié des années 1980, Touré Kunda signe chez Tréma et enchaîne albums et tournées : Toubab Bi (1986, disque d’or), première partie au Carnegie Hall. En 1992, le groupe chante pour Nelson Mandela au Trocadéro. En 1999, leur morceau Guerilla Africa est repris par Carlos Santana sur l’album Supernatural, qui remporte huit Grammy Awards. Réduit à un duo après le départ d’Ousmane, Touré Kunda fête ses vingt ans en 1999 avec la compilation Légendes. Après une longue pause, ils reviennent avec Santhiaba (2008) et Lambi Golo (2018). Ismaïla Touré meurt le 27 février 2023 à Paris, à 73 ans. Sixu Tidiane Touré poursuit l’aventure.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| É’mma Africa | 1980 | Premier album sous le nom Touré Kunda ; pose les bases d’un son métissé |
| Amadou Tilo | 1983 | Album hommage au frère disparu ; Labrador devient un hymne panafricain |
| Paris-Ziguinchor | 1984 | Live mythique de la tournée africaine ; record de ventes alors inégalé |
| Santhiaba | 2008 | Retour aux sources ; portrait autobiographique du quartier de Ziguinchor |
Héritage et influence
Touré Kunda a ouvert le chemin. Avant Youssou N’Dour et les ventes internationales des musiques africaines, le groupe a montré qu’on pouvait chanter en soninké, mandingue, diola, fulani et wolof sans se soumettre aux codes occidentaux. Leur « djambaadong » — danse mêlant mbalax, reggae, rythmes latins et africains — a influencé toute une génération de musiciens afro-français. Engagés pour les droits des enfants et les sans-abri, participant à la Décennie des Nations unies pour la culture de paix, ils ont fait de leur succès musical un engagement civique. Leur parcours reste une référence pour tout artiste africain cherchant à conquérir le monde sans renoncer à ses racines.
Sources et références
- Bertrand Lavaine, « Quand Touré Kunda ouvrait la voie », RFI Musique, https://musique.rfi.fr/musique-africaine/20230303-quand-toure-kunda-ouvrait-voie.html, consulté le 19 octobre 2026.
- Alison Hird, « Acclaimed Senegalese singer Ismaïla Touré dies in France », RFI, https://www.rfi.fr/en/culture/20230228-acclaimed-senegalese-singer-isma%C3%AFla-tour%C3%A9-dies-in-france, consulté le 19 octobre 2026.
- « Touré Kunda (groupe) », Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Tour%C3%A9_Kunda_(groupe), consulté le 19 octobre 2026.
- « Touré Kunda », Wikipedia (EN), https://en.wikipedia.org/wiki/Tour%C3%A9_Kunda, consulté le 19 octobre 2026.
- AllMusic, « Touré Kunda — Biography, Discography », https://www.allmusic.com/artist/tour%C3%A9-kunda-mn0000010159, consulté le 19 octobre 2026.
- « Touré Kunda », Universal Music France, https://universalmusic.fr/artistes/20000285923, consulté le 19 octobre 2026.
- « Touré Kunda : la famille éléphant des frères Touré », France Inter / Radio France, https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/legendes-de-la-musique-africaine/toure-kunda-9375020, consulté le 19 octobre 2026.
- « Touré Kunda: Overview », Site officiel, https://toure-kunda.neocities.org/toure-kunda-000, consulté le 19 octobre 2026.



































