Biographie
Granmoun Lélé : gardien du maloya réunionnais
À l’aube d’un servis kabaré, la voix grave de Granmoun Lélé se mêle au bruit du kayanm — ce grand grelot de bambou qui fait trembler l’air de Bras-Fusil — et les esprits descendent. Depuis les plantations de canne à sucre des années 1940 jusqu’aux scènes internationales des années 1990, Julien Ernest Philéas, dit Granmoun Lélé, a porté le maloya réunionnais comme une mémoire vivante, un pont entre les ancêtres réduits en esclavage et les nouvelles générations.
En bref
| Nom complet | Julien Ernest Philéas |
| Nom de scène | Granmoun Lélé |
| Naissance | 28 février 1930, Saint-Benoît, La Réunion |
| Décès | 14 novembre 2004, Saint-Benoît, La Réunion |
| Domaine | Maloya (chant, danse, tambours — musique rituelle née de l’esclavage à La Réunion) |
| Instruments | Voix, tambours, kayanm (grelot de bambou) |
| Œuvres emblématiques | Namouniman, Soléyé, Dan Ker Lélé, Zelvoula |
| Distinctions | Centre Granmoun Lélé (Conservatoire de Saint-Benoît, 2008) ; maloya inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO (2009) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1930 | Naissance à Saint-Benoît, La Réunion |
| 1940s | Apprentissage des rites tamouls et des cérémonies malgaches |
| 1944 | Ouvrier-ajusteur dans une usine sucrière ; fréquentation des kabars |
| 1977 | Fondation de sa troupe ; premier 45-tours maloya (avec Firmin Viry) |
| 1993 | Sortie de Namouniman (Label Bleu), premier album |
| 1995 | Sortie de Soléyé, pierre angulaire du maloya rituel |
| 2003 | Dernier album, Zelvoula (Marabi/Lusafrica) |
| 2008 | Le Conservatoire de Saint-Benoît prend son nom |
Un enfant du servis kabaré : du travail des champs à la voix des ancêtres
Julien Ernest Philéas naît en 1930 à Saint-Benoît, au cœur de l’est de l’île de La Réunion. L’un des douze enfants Philéas, il grandit bercé par deux héritages : son père l’initie aux rites tamouls, sa mère aux cérémonies malgaches. Ces traditions, les servis kabaré, ces nuits de dialogue avec les ancêtres, imprégneront sa musique pour toujours. Son nom de scène vient d’une anecdote familiale : sa mère l’appelait pour le goûter en disant « Julien, lé lait », et le terme créole granmoun — qui désigne les personnes âgées — forge le surnom qui restera.
Adolescent, il travaille comme ouvrier-ajusteur dans une usine sucrière. Chaque fin de semaine, il écoute les ouvriers chanter et danser au son des instruments traditionnels. C’est dans ces kabars que Granmoun Lélé découvre le maloya — cette musique chantée et dansée née de la peine des esclaves africains et malgaches, rythmée par le roulèr, grand tambour de bois frappé à la main. Il y trouve sa voix, son geste, sa mission. À quatorze ans, il compose son premier maloya. Plus de deux cents suivront, écrits dans la case de tôle de Bras-Fusil, où sa famille a établi une cour mystique : une chapelle pour les ancêtres malgaches, une autre pour les racines indiennes. « Les morts ne sont pas morts à La Réunion, disait-il, ils guident les vivants. »
En 1977, il fonde sa troupe et enregistre un premier 45-tours maloya, le premier avec celui de Firmin Viry. Ce n’est que tardivement, dans les années 1990, qu’il franchit le seuil de la notoriété hors de son île. Namouniman (1993) devient un classique ; Soléyé (1995), enregistré à la Maison de la Culture d’Amiens, est salué comme une pierre angulaire du maloya rituel — il capture l’essence du servis kabaré, rituel nocturne d’invocation, de transe et de communion. Sur scène, Granmoun Lélé est accompagné d’une douzaine de musiciens, dont sept de ses propres enfants. Sa voix grave, accompagnée du craquement du kayanm, trace un sillon entre l’expérience vécue, la tradition orale et l’invisible.
Toujours sur scène jusqu’à sa fin, il parcourt les festivals du monde entier — métropole, Afrique de l’Ouest, Inde — et enrichit son approche. Ses enfants, Willy et Urbain Philéas (future formation Groove Lélé), perpétuent sa musique avec ferveur. Granmoun Lélé s’éteint le 14 novembre 2004 à l’âge de 74 ans, laissant plus de deux cents titres et une famille de musiciens qui continue de faire vibrer l’île.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Namouniman | 1993 | Premier album ; le titre signifie « Fête en mémoire de nos ancêtres » — le programme en une chanson |
| Soléyé | 1995 | Pierre angulaire du maloya rituel ; s’ouvre et se referme sur deux versions de “Soléyé”, chants de coucher et lever de soleil |
| Zelvoula | 2003 | Dernier album de son vivant ; dialogue entre tradition et modernité |
Héritage et influence
Granmoun Lélé est l’une des grandes figures du maloya, cette musique qui fut interdite par les autorités françaises de 1946 à 1962 parce qu’elle portait la mémoire des esclaves et le refus de l’oubli. Sa cour de Bras-Fusil est devenue un lieu de pèlerinage pour les héritiers du maloya. Le label Maurice BABANI réédite Soléyé en vinyle 2025 : le patriarche ne dort plus, mais ses tambours ne s’arrêtent pas.
Sources et références
- « Gramoun lélé (Julien Ernest Philéas) », Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Granmoun_Lélé, consulté le 21 octobre 2025.
- « LÉLÉ GRANMOUN (1930-2004) », Encyclopædia Universalis, https://www.universalis.fr/encyclopedie/granmoun-lele/, consulté le 21 octobre 2025.
- « Granmoun Lélé », Qobuz, https://www.qobuz.com/dk-en/interpreter/granmoun-lele/66238, consulté le 21 octobre 2025.
- « Granmoun Lélé — maloya, Réunion heritage archive », BABANI / ë, https://eeee.mu/babani/granmoun-lele/, consulté le 21 octobre 2025.
- « Granmoun LÉLÉ — Soléyé », Bandcamp, https://granmounlele.bandcamp.com/album/sol-y, consulté le 21 octobre 2025.
- « Musicien réunionnais, Granmoun Lélé », Guide Réunion, https://guide-reunion.fr/musique/granmoun-lele/, consulté le 21 octobre 2025.
- So-y-sen Maumont et Willy Philéas, Granmoun Lélé, la voix des ancêtres : biographie officielle, Saint-Denis, Éditions Orphie, 2014.
- « Granmoun lé la ! – RFI Musique », Radio France Internationale, http://musique.rfi.fr/musique/20090810-granmoun-le.html, consulté le 21 octobre 2025.



