Les Tambours de Brazza

Les Tambours de Brazza

Groupe

Origine

Biographie

Les Tambours de Brazza : quand les ancêtres du Congo frappent au rythme du jazz

Brazzaville, 1994. Sur la scène des Jeux de la Francophonie, les tambours ngoma s’abattent sur le public comme une tornade. Devant ce spectacle de percussions brutes et de chorégraphies aériennes, le monde découvre que le Congo-Brazzaville possède bien d’autres trésors que la rumba. Derrière ces tambours qui grondent comme des ancêtres réveillés, Jean-Émile « Goldfinger » Biayenda a bâti l’un des projets musicaux les plus singuliers d’Afrique Centrale : un big-band de percussionnistes où le tambour traditionnel côtoie la batterie de jazz, le hip-hop et le reggae.

En bref

Nom du groupe Les Tambours de Brazza
Fondateur Jean-Émile Biayenda (« Goldfinger »)
Lieu de formation Brazzaville, Congo-Brazzaville
Année de création 1991
Style Fusion — rythmes traditionnels congolais, jazz, hip-hop, reggae
Instruments clés Ngoma (tambour sacré), ngouri (tambour grave), lokolé (tambour à fente), batterie de jazz, basse, guitare

Dates clés

Année Événement
1965 Naissance de Jean-Émile Biayenda à Brazzaville
1986 Biayenda revient à Brazzaville et se tourne vers le jazz
1991 Formation du groupe à l’issue d’un carnaval à Brazzaville
1994 Médaille d’argent aux Jeux de la Francophonie ; premières tournées internationales
1996 Sortie de Congo Drums (Playa Sound)
Fin des années 1990 Exil au Bénin puis en France à cause de la guerre civile
2000 Sortie de Zangoula (Contre-Jour)
2008 Sortie de Brazza (CD+DVD, Marabi / Harmonia Mundi)
2013 Sur la route des caravanes ; concert anniversaire au Trianon à Paris
2018 Sortie de Kongo (Buda Musique)

Un big-band de tradition et de modernité

Né en 1965 dans le quartier de Bacongo, à Brazzaville, Jean-Émile Biayenda grandit bercé par les sons de sa ville. Contre la volonté de son père, il se tourne très tôt vers les percussions traditionnelles, qu’il apprend en famille au village, puis perfectionne à Porto Negre. En 1982, il effectue sa première tournée avec un chanteur. Son talent lui vaut le surnom de « Goldfinger ».

De retour à Brazzaville en 1986, Biayenda plonge dans le jazz. Il côtoie Biks Bikouta, ami de John Coltrane, qui lui transmet le goût du be-bop. Il joue dans plusieurs formations — le groupe Africa Brass, le quartet Mic Mac — et crée le premier festival de jazz de Brazzaville. Un séjour de six mois chez les pygmées Baabi, en 1987, change tout : fasciné par leurs polyphonies vocales et leur structure polyrythmique, il comprend que cette musique est la clé pour marier l’ancienne tradition percussionniste avec le jazz moderne.

En 1991, à la clôture d’un carnaval, Biayenda place sous sa direction une centaine de percussionnistes. L’effet est tel qu’il transforme l’événement en formation pérenne. Il recrute parmi ces musiciens issus de toutes les ethnies du Congo. Les Tambours de Brazza sont nés.

Le groupe conquiert rapidement le public local et se lance dans sa première tournée internationale en Afrique australe. Au festival des arts d’Abidjan, des invitations pour l’Europe et l’Amérique affluent. En 1994, la médaille d’argent aux Jeux de la Francophonie à Paris signe des contrats et multiplie les concerts : Musiques métisses en France, Moers Jazz Festival en Allemagne, Roots Festival aux Pays-Bas.

La guerre civile de 1997 force le groupe à l’exil. Pluriethnique, la formation est mise à mal : certains membres risquent leur vie. Biayenda s’installe au Bénin, puis en France, où le soutien du festival Musiques métisses à Angoulême permet au groupe de continuer. « Le pari, c’était de trouver une place pour les tambours sans pour autant avoir un discours qui revendique la percussion traditionnelle », résume-t-il.

Chaque album introduit une nouvelle orientation. Sur la route des caravanes (2013) retrace l’itinéraire de la route de l’esclavage, de Zanzibar à Pointe-Noire. Kongo (2018) emprunte au rock et fait appel à des musiciens plus jeunes. Avec des collaborateurs comme Ray Lema, Gino Sitson et Amen Viana, Biayenda repousse les limites de sa formation.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Congo Drums 1996 Premier album international ; révèle l’univers du groupe au monde. Mélange tambours traditionnels, basse et batterie de jazz.
Zangoula 2000 Enregistré en public (Contre-Jour) ; capture la puissance scénique. Le titre impose le rythme comme langage universel.
Brazza 2008 Best-of enrichi d’un DVD de trois heures ; résume dix-sept ans de parcours avec concerts filmés en Namibie, Belgique et France.
Kongo 2018 Orientation afro-rock, effectifs rajeunis, chant plus présent ; hommage au royaume Kongo.

Héritage

Les Tambours de Brazza ont prouvé que le Congo-Brazzaville possède bien plus que la rumba, la soukouss ou le ndombolo. Jean-Émile Biayenda a démontré qu’un batteur de jazz peut puiser dans la structure ancestrale du ngouri, et que les pygmées Baabi sont au jazz ce qu’Ornette Coleman est à l’improvisation. Le groupe porte un message de fraternité : « mélangez les influences, apprenez les uns des autres, et vous créerez quelque chose de nouveau », disait Biayenda. Le tambour sacré voyage toujours.

Sources et références

  1. « Portrait d’Africajarc : Émile Biayenda et Les Tambours de Brazza », ADIAC-Congo, https://www.adiac-congo.com/content/portrait-dafricajarc-emile-biayenda-et-les-tambours-de-brazza-1877, consulté le 24 octobre 2025.
  2. « Les Tambours de Brazza », RFI Musique, https://musique.rfi.fr/musique-africaine/20080307-tambours-brazza.html, consulté le 24 octobre 2025.
  3. « Congolese band breaks new ground with sacred drum », RFI (en anglais), https://www.rfi.fr/en/africa/20130127-congolese-band-breaks-new-ground-sacred-drum, consulté le 24 octobre 2025.
  4. Sylvie Clerfeuille, « Emile Biayenda (Les Tambours de Brazza) », Afrisson, https://www.afrisson.com/jean-emile-biayenda-les-tambours-de-brazza/, consulté le 24 octobre 2025.
  5. Angel Romero, « Artist Profiles: Les Tambours de Brazza », World Music Central, https://worldmusiccentral.org/artist-profiles-les-tambours-de-brazza, consulté le 24 octobre 2025.
  6. « Emile Biayenda (Musiker) », Wikipedia (DE), https://de.wikipedia.org/wiki/Emile_Biayenda_(Musiker), consulté le 24 octobre 2025.
  7. « Les Tambours de Brazza », WOMEX / LMD Productions, https://www.womex.com/virtual/lmd_productions/les_tambours_de, consulté le 24 octobre 2025.
  8. « Les Tambours de Brazza », RFI Musique (en anglais), http://www1.rfi.fr/musiqueen/articles/099/article_8034.asp, consulté le 24 octobre 2025.