Rachid Taha

Rachid Taha

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Biographie

Rachid Taha

En septembre 1981, un homme passe une cassette à The Clash avant leur concert au Théâtre Mogador à Paris1. Ces quatre-là n’y penseront plus — jusqu’à ce qu’ils entendent “Rock the Casbah” quelques mois plus tard. L’homme, c’est Rachid Taha, jeune chanteur lyonnais qui venait de leur transmettre la démo de Carte de Séjour, son groupe, mêlant raï algérien, punk et funk2. Trente-deux ans plus tard, Mick Jones du Clash serait sur son album Zoom.

En bref

Nom complet Rachid Taha
Naissance 18 septembre 1958, Sig ou Oran, Algérie française
Décès 12 septembre 2018, Les Lilas, France
Domaine Raï, rock, chaabi, musique du monde
Œuvres emblématiques “Ya Rayah”, Diwan, Tékitoi
Distinctions Victoire de la Musique d’honneur 2016

Dates clés

Année Événement
1958 Naissance à Sig, près d’Oran, Algérie française
1968 Arrivée à 10 ans, installation à Lyon
1981 Fondation de Carte de Séjour, groupe politique
1997 Succès planétaire de “Ya Rayah” (platine)
1998 Concert historique 1, 2, 3 Soleils à Bercy
2004 Sortie de Tékitoi, album socialement engagé
2013 Album Zoom avec Mick Jones du Clash
2018 Décès à 59 ans à Les Lilas

Parcours : de Sig à Bercy

Né le 18 septembre 1958 à Sig, ville aux oliveraies près d’Oran, Rachid Taha grandit dans la capitale du raï, ce genre urbain algérien né des campagnes et devenu, dans les années 1960-70, une tribune pour exprimer la colère des jeunes face à l’injustice3. En 1968, son père quitte l’Algérie pour travailler en France4. La famille s’installe à Lyon, où à 17 ans Rachid travaille dans une chaufferie centrale5. Chaque soir, il se transforme en DJ amateur, mélangeant des classiques arabes avec Led Zeppelin et Kraftwerk6.

En 1981, Taha fonde Carte de Séjour, un groupe qui chante en arabe avec une énergie punk débridée7. Leur reprise de “Douce France” de Charles Trenet, chantée avec ironie amère, vaut au groupe une censure radio8. À 28 ans, Taha s’installe à Paris9. Son premier album solo Barbès (1991), produit par Don Was, sort au plus fort de la guerre du Golfe10.

Puis vient Steve Hillage, ancien guitariste de Gong, qui devient son producteur attitré11. “Voilà, Voilà” (1993) est un hymne anti-xénophobie dansé dans les clubs anglais12. “Ya Rayah” — reprise d’un tube algérien des années 1970 — devient un tube planétaire certifié platine. En 1998, le spectacle 1, 2, 3 Soleils à Bercy — Taha avec Khaled et Faudel, orchestre égyptien — devance 20 000 spectateurs13.

Les albums Made in Medina (2001) mêlent rock et vaudou de La Nouvelle-Orléans14. Tékitoi (2004) — argot algérien signifiant « Qui es-tu ? »15 — affronte la guerre et le racisme, avec une version “Rock el Casbah” en hommage à Joe Strummer16. En 2013, Zoom retrouve Mick Jones17. Atteint d’une dystrophie musculaire, il travaille sans relâche18. Il meurt d’une crise cardiaque le 12 septembre 2018 à 59 ans19. Son album posthume Je suis Africain paraît en 201920.

« Je lis le français de gauche à droite et l’arabe de droite à gauche », disait-il21.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
“Ya Rayah” 1997 Tube planétaire certifié platine, hymne de la diaspora
Diwan 1998 Reprises algériennes, marocaines et égyptiennes revisitées par Hillage
1, 2, 3 Soleils (concert) 1998 Premier grand concert raï à Bercy, Khaled/Faudel/Taha
Tékitoi 2004 Album engagé avec Brian Eno
Zoom 2013 Mick Jones et Patti Smith, retour critique

Héritage

Rachid Taha a ouvert la voie à une génération d’artistes franco-arabes22. Son mélange de punk rock et de chaabi a prouvé que la musique du monde peut être violente, drôle et dansante23. Des artistes d’Africa Express citent Taha comme influence majeure[^26]. “Ya Rayah” est devenu l’hymne des jeunes de Beyrouth[^27]. Taha, qui préférait « parler directement »[^28], a montré qu’on peut chanter la politique sans sacrifier le groove[^29].

Sources et références


  1. The Guardian, obituaire par Robin Denselow, 13 septembre 2018. ↩︎

  2. Afropop Worldwide, Rachid Taha (1958-2018) par Banning Eyre. ↩︎

  3. Universal Music France, biographie officielle de Rachid Taha. ↩︎

  4. The Arts Desk, entretien avec Rachid Taha. ↩︎

  5. Wikipedia EN, article Rachid Taha. ↩︎

  6. AllMusic, biographie de Rachid Taha. ↩︎

  7. World Music Central, Artist Profiles: Rachid Taha par Angel Romero. ↩︎

  8. Wikipedia FR, article Ya Rayah. ↩︎

  9. Lescharts.com, classement de Rachid Taha. ↩︎

  10. Universal Music France, concert 1, 2, 3 Soleils. ↩︎

  11. Afropop Worldwide, Made in Medina. ↩︎

  12. The Arts Desk, entretien Tékitoi. ↩︎

  13. Wikipedia EN, album Zoom. ↩︎

  14. Afropop Worldwide, dystrophie. ↩︎

  15. BBC News, Rachid Taha meurt à 59 ans. ↩︎

  16. France Info, Je suis Africain posthume. ↩︎

  17. The Arts Desk, quote française/arabe. ↩︎

  18. AllMusic, héritage et influence. ↩︎

  19. NPR, influence sur les artistes franco-arabes. ↩︎

  20. NPR, Africa Express. ↩︎

  21. Wikipedia FR, Ya Rayah Beyrouth. ↩︎

  22. The Arts Desk, parler directement. ↩︎

  23. The Guardian, politique et groove. ↩︎