Biographie
Roberto Fonseca : le pianiste qui fait danser l’Afrique et Cuba
En 2001, Roberto Fonseca grimpe sur scène aux côtés d’Ibrahim Ferrer, vétéran du Buena Vista Social Club. À 26 ans, ce Havanais pianise déjà avec une assurance de musicien de métier. Le jeune homme, vêtu du chapeau en cuir qui deviendra sa marque de fabrique, ne se contente pas de jouer les accompagnement : il recompose, il transpose, il injecte dans le bolero des rythmes qu’on n’avait jamais entendus. Cette même année-là, il enchaîne avec le groupe Temperamento et ses propres albums — une fulgurance qui annonce celui qui deviendra, dès les années 2010, la figure centrale de la renaissance du jazz cubain1.
En bref
| Nom complet | Roberto Alain Fonseca Cortés |
| Naissance | 29 mars 1975, La Havane, Cuba |
| Domaine | Jazz cubain, jazz latin, afro-cubain, hip-hop, world music |
| Instruments | Piano, chant, percussions |
| Œuvres emblématiques | Zamazu, Yo, ABUC, Yesun |
| Distinctions | Ordre des Arts et des Lettres (France, 2019), nomination Grammy (2013) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1975 | Naissance à La Havane, fils d’un batteur et d’une chanteuse |
| 1983 | Début du piano à 8 ans |
| 1991 | Premier récital en public au Jazz Plaza Festival de La Havane, à 15 ans |
| 1998 | En el Comienzo avec Temperamento, prix du meilleur album jazz au Cubadisco |
| 1999 | Premier album solo, Tiene Que Ver |
| 2001 | Tournée mondiale avec l’Orquesta d’Ibrahim Ferrer (plus de 400 concerts) |
| 2007 | Sortie de Zamazu, album-symbole réunissant plus de 20 musiciens |
| 2012 | Yo, nomination aux Grammy Awards dans la catégorie Best Latin Jazz Album |
| 2015 | At Home, album live avec la Malienne Fatoumata Diawara |
| 2016 | ABUC sur le label Impulse!, nommé artistique du Jazz Plaza Festival de Santiago de Cuba |
| 2019 | Ordre des Arts et des Lettres (France) ; sortie de Yesun |
| 2023 | La Gran Diversion, dernier album en date |
Des origines percussives à la scène mondiale
Roberto Fonseca voit le jour dans une famille profondément enracinée dans la musique. Son père, Roberto Fonseca Sr., batteur, et sa mère, Mercedes Cortes Alfaro, chanteuse et danseuse, lui offrent un environnement sonore riche dès l’enfance2. Il commence la batterie à quatre ans, passe au piano à huit — et c’est cette double compétence percussive qui donnera à son jeu une identité inconfondible : des doigts qui frappent le clavier comme un batteur frappe la caisse, avec une attaque rythmique qui marque chaque accord.
Son écoute, dès l’adolescence, est d’une curiosité insatiable : jazz américain (Herbie Hancock, Keith Jarrett), funk, soul, musique classique, mais aussi les rythmes afro-cubains de sa terre natale. À quatorze ans, il compose ; à quinze, il fait ses débuts en public au Jazz Plaza Festival de La Havane — une révélation pour le public local3. Il poursuit ses études à l’Institut supérieur d’art de Cuba (Instituto Superior de Arte), où il obtient une maîtrise en composition, avant de former avec le saxophoniste Javier Zalba le duo Temperamento — une collaboration qui durera quinze ans.
La renaissance du jazz cubain
Au tournant des années 2000, Fonseca opère une fusion qui va façonner toute une génération de musiciens cubains. Tiene Que Ver (1999), No Limit (2000), Elengó (2001) s’enchaînent — des albums qui mêlent jazz, drum and bass, hip-hop et rythmes africains. En 2001, il intègre l’Orquesta d’Ibrahim Ferrer, l’ancien du Buena Vista Social Club, pour une tournée mondiale de plus de 400 concerts — de la Alte Oper de Francfort à l’opéra de Sydney4.
Cette exposition au monde entier nourrira sa vision : il ne s’agit pas de préserver la tradition cubaine dans un moule, mais de la faire évoluer, la projeter vers l’avenir. Zamazu (2007) concrétise cette ambition. Avec plus de vingt invités — dont Omara Portuondo, Carlinhos Brown et Vincente Amigo — l’album tisse un réseau où le jazz côtoie la musique classique et le son de Cuba. Akokan (2009) poursuit sur cette lancée, avec Mayra Andrade (Cap-Vert) et Raul Midon (États-Unis), suivi par Yo (2012), nommé aux Grammy Awards5.
Héritage
Aujourd’hui installé à La Havane, Roberto Fonseca reste un artiste en mouvement constant. Il anime une résidence hebdomadaire au club Zorro y el Cuervo, où son trio — Raúl Herrera à la batterie, Yandy Martínez Rodriguez à la contrebasse — explore ses compositions en direct6. Il dirige aussi le Jazz Plaza Festival de Santiago de Cuba, assurant ainsi la formation des générations suivantes. Son dernier album, La Gran Diversion (2023), confirme que son piano, aussi percussif que jamais, continue de sculpter un son qui fait le pont entre Cuba, l’Afrique et le reste du monde.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Tiene Que Ver | 1999 | Premier album solo : manifeste d’un jazz cubain moderne, percussif et ouvert sur le hip-hop |
| Zamazu | 2007 | Sommet artistique réunissant plus de 20 musiciens, synthèse de toutes ses influences |
| Yo | 2012 | Nommé aux Grammy Awards,探索 des racines africaines de la musique cubaine avec Fatoumata Diawara |
| ABUC | 2016 | Début sur le label Impulse!, avec plus de 30 invités incluant Trombone Shorty et Eliades Ochoa |
| Yesun | 2019 | Fusion de reggaeton, electronica et afro-cubain, avec Joe Lovano et Ibrahim Maalouf |
Sources et références
-
AllMusic, Roberto Fonseca Biography par Jon O’Brien, consulté le 31 octobre 2024 ↩︎
-
Hollywood Bowl, Roberto Fonseca Artist Biography, consulté le 31 octobre 2024 ↩︎
-
Montreux Jazz Festival, Roberto Fonseca Artist Page, consulté le 31 octobre 2024 ↩︎
-
Verbier Festival, Roberto Fonseca Biography, https://verbierfestival.com, consulté le 31 octobre 2024 ↩︎
-
All About Jazz, Roberto Fonseca Musician, consulté le 31 octobre 2024 ↩︎
-
Latin Jazz Network, Roberto Fonseca: When the Fingers Do the Chanting, 2019, https://latinjazznet.com, consulté le 31 octobre 2024 ↩︎












