Biographie

Tanya Saint-Val : la Diva du Zouk qui a métissé soul et biguine

La Guadeloupe, 1965. Dans un studio de Pointe-à-Pitre, une fillette de neuf ans pose sa voix sur un 45 tours de Noël aux côtés des Vikings de la Guadeloupe. Quarante ans plus tard, cette petite fille est devenue l’une des voix les plus reconnaissables des Antilles, une artiste qui a fait accepter le soul américain dans le cœur du zouk, et porté des textes sur l’esclavage, l’identité créole et la fraternité antillo-haïtienne sur les scènes de l’Olympia et du Stade de France.1

En bref

Nom d’artiste Tanya Saint-Val (parfois Tanya St-Val)
Naissance 15 décembre 1965, Basse-Terre, Guadeloupe
Nationalité française
Domaine Zouk, soul-zouk, biguine, jazz créole, gwoka
Fonctions Auteure, compositrice, interprète
Œuvres emblématiques Soul Zouk (1991), Ansanm (2002), Voyage (2016)
Distinctions Chevalier de l’ordre national du Mérite (2012)

Dates clés

Année Événement
1974 Premier enregistrement à 9 ans sur Noël aux Antilles
1986 Premier album solo, produit par Willy Salzedo
1989 Zouk à Gogo, tube “Lanmou kréyol”, Grand méchant zouk au Zénith
1991 Soul Zouk, Top 50 français pendant 14 semaines
1994–1995 Tournée avec Johnny Hallyday
2000 Création du label Netty Prod
2002 Premier concert à l’Olympia
2010 Elwa d’or
2012 Chevalier de l’ordre national du Mérite
2016 Album Voyage
2024 Concert à La Cigale

Origines et révélation : du studio familial à la reconnaissance nationale

Tanya Saint-Val naît le 15 décembre 1965 à Basse-Terre, en Guadeloupe. Son père, Tino Saint-Val, est un crooner et guitariste reconnu. Sa mère tient un magasin de disques rue Nozières à Pointe-à-Pitre, et sa grand-mère chante l’opérette. Dès son plus jeune âge, elle y découvre le jazz, les voix d’Ella Fitzgerald et de Billie Holiday, et les musiques africaines. À neuf ans, dès 1974, elle enregistre son premier 45 tours2, aux côtés des Vikings de la Guadeloupe, sous l’œil attentif de son père.

L’adolescence la voit évoluer entre les studios et les fêtes de commune de l’île. Elle chante en choriste avec Daniel Forestal, puis rejoint en 1983 le groupe Vik’in, mené par Willy Salzedo. Elle découvre l’exigence du travail en studio et la discipline du live. En 1984, elle rencontre Pierre-Édouard Décimus, manager de Kassav’, qui lui ouvre les portes des studios des Antilles. Elle devient choriste régulière et côtoie les figures montantes du zouk naissant.3

Son premier album solo paraît en 1986 sous le label DEBS, produit par Willy Salzedo. Les titres “Stop” et “Météw Cool” marquent les esprits. Deux ans plus tard, Zouk à Gogo (1989) confirme avec “Lanmou kréyol”. Elle se produit au Zénith de Paris dans le cadre du Grand méchant zouk et entame des tournées avec Experience 7 et Zouk Machine4.

La véritable rupture arrive en 1991 avec Soul Zouk, un album produit par Phonogram/Mercury France et arrangé par Joe Dworniak. Le mélange de zouk et de soul fait sensation : “Tropical”, premier single, reste 14 semaines dans le Top 50 français. L’album attire Jacob Desvarieux, Patrick Saint-Éloi et Jean-Michel Rotin. La réussite la propulse au-delà de la communauté antillaise5.

Dernières évolutions : voyage, jazz et quarante ans de scène

Après Mi (1994), Améthiste (1996) et Secret (1998), Tanya fonde en 2000 son label Netty Prod, pour regagner sa liberté artistique. Elle met au monde des jumeaux, Samy et Jérémy, avant de revenir en 2002 avec Ansanm, un album qui associe Émeline Michel et Alan Cavé et célèbre le bicentenaire de l’abolition de l’esclavage. Elle monte sur la scène de l’Olympia le 16 décembre 2002, dans un concert qui lui vaut deux prix SACEM6.

La suite la voit collaborer avec Youssou N’Dour, Angélique Kidjo, Francis Cabrel. Soleil (2008) et Voyage (2016), co-réalisé avec le pianiste Jonathan Jurion, affinent sa nouvelle identité : le Tanya Autrement, un répertoire entre jazz caribéen, gwoka et soul. Elle a enregistré plus de 17 albums, donné plus de 1 000 concerts et vendu environ 800 000 disques. Chevalier de l’ordre national du Mérite depuis 20127, elle reste une figure de la musique créole, ambassadrice d’un métissage qu’elle assume pleinement.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Tanya Saint-Val 1986 Premiers pas en solo, tubes “Stop” et “Météw Cool”
Zouk à Gogo 1989 Confirmation et Grand méchant zouk au Zénith
Soul Zouk 1991 Révélation nationale, 14 semaines dans le Top 50
Ansanm 2002 Concert à l’Olympia, textes sur l’histoire antillaise
Voyage 2016 Synthèse zouk-jazz, deux CDs complémentaires

Héritage

Tanya Saint-Val reste une figure de proue de la musique créole. La « Diva du Zouk » a su imprimer sa marque sur le zouk, l’enrichissant d’influences soul, jazz et gwoka qu’aucune de ses contemporaines n’avait osé porter aussi nettement. De l’enregistrement à neuf ans au concert à La Cigale en 20248, sa trajectoire trace celle d’une artiste qui n’a cessé de grandir avec son public.

Elle porte aussi une dimension d’engagement. À travers Ansanm, les hommages à l’esclave Solitude, à Jules Delgrès, les duos avec des artistes haïtiens, elle fait de son disque un espace de mémoire caribéenne. En 2014, elle chante “On n’oublie pas” en hommage aux victimes du crash de Maracaibo, et participe à la Journée des mémoires de la traite négrière9 sur l’île de Gorée.

À 60 ans, Tanya Saint-Val poursuit. Un EP acoustique, La Vi Bel, paraît en 2026. Son héritage, c’est d’avoir prouvé que la musique créole, métisse par nature, n’a pas à choisir entre tradition et modernité — elle peut être les deux à la fois.

Sources et références


  1. Kariculture, Tanya St-Val sings Dépozé, 29 mai 2025. ↩︎

  2. Outremer Memory, TANYA ST VAL, 1965. ↩︎

  3. Kreyol Mizik, Tanya St Val, kreyolmusic.com/project/tanya-st-val. ↩︎

  4. AllMusic, Tanya St. Val, Biography. ↩︎

  5. Site officiel tanyastval.com, Biographie. ↩︎

  6. RFI Musique, Tanya Saint-Val, 13 décembre 2002, interview de Sébastien Molyneux. ↩︎

  7. Deezer, Tanya St-val, Biographie. ↩︎

  8. Last.fm, Tanya St-val, Wiki. ↩︎

  9. Kariculture, Tanya St-Val sings Dépozé, 29 mai 2025. ↩︎

Vidéos