Biographie
Tinariwen : les guitares du désert en héritage
En 1979, dans un camp de réfugiés algérien au milieu du Sahara, un jeune homme assembla une guitare avec un bidon d’huile, un bâton et un fil de frein de vélo. Il ne savait pas que ce bricolage naissant lancerait un mouvement musical planétaire, et que les accords joués autour des feux de camp uniraient, un jour, le désert d’Algérie aux salles de concerts de New York et Londres.
En bref
| Nom du groupe | Tinariwen (ⵜⵏⵔⵓⵏ en tamasheq, « les déserts ») |
| Formation | ~1979, Tamanrasset (Algérie) / Tessalit (Mali) |
| Origine | Peuple touareg, Sahara septentrional |
| Genre | Tishoumaren – « le blues touareg », fusion de guitares électriques et de rythmes traditionnels |
| Œuvres emblématiques | Amassakoul, Tassili, Aman Iman |
| Distinctions | Grammy 2012 (Best World Music Album), BBC Radio 3 Award, 3 nominations Grammy |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1963 | À 4 ans, Ibrahim ag Alhabib assiste à l’exécution de son père, rebelle tué par l’armée malienne |
| ~1979 | Premiers accords autour des feux de camp à Tamanrasset |
| 1985–1989 | Chansons diffusées sur cassettes dans les camps touaregs de Libye |
| 1991 | Premier album studio Kel Tinariwen enregistré à Abidjan |
| 2001 | The Radio Tisdas Sessions, première sortie internationale |
| 2004 | Amassakoul : consécration mondiale, tournées Glastonbury et Coachella |
| 2007 | Aman Iman : Robert Plant rejoint le groupe au Bataclan |
| 2012 | Grammy Award pour l’album Tassili |
| 2019 | Amadjar : enregistrement en Mauritanie, sous les étoiles |
| 2023 | Amatssou, produit par Daniel Lanois |
Des feux de camp aux salles de concert
Ibrahim ag Alhabib, surnommé « Abraybone », naît vers 1960 près de Tessalit, dans le nord-est du Mali. À quatre ans, il assiste à l’exécution de son père, combattant touareg lors de la rébellion de 1962-1964. La famille part en exil en Algérie, à travers les camps de réfugiés et les étendues de sable. C’est dans un cinéma de fortune qu’il découvre un western où un cow-boy joue de la guitare. « On n’avait pas le choix, on n’avait aucun instrument, » dira-t-il. Il façonne sa première guitare avec un bidon d’huile, un bâton et un fil de frein de vélo.
En 1979, à Tamanrasset, il rencontre Alhassane ag Touhami et Inteyeden ag Ablil. Ensemble, ils jouent pour les mariages et les fêtes de la communauté touarègue exilée. Le public les surnomme « Kel Tinariwen » — les gens du désert. Peu après, Muammar Kadhafi convie les jeunes Touaregs de Libye à l’entraînement militaire. Le groupe élargit son cercle et croise des musiciens qui deviendront des figures centrales, dont Abdallah ag Alhousseyni, surnommé « Catastrophe ». Dans les camps, la musique devient un acte de résistance : ils enregistrent sur des cassettes et cèdent les bandes à quiconque en demande. Les cassettes Tinariwen circulent d’un camp à l’autre, tissant une toile invisible à travers tout le Sahara.
En 1990, la rébellion touarègue éclate au Mali. Certains membres répondent à l’appel, les armes à la main et les guitares en bandoulière. L’année suivante, un accord de paix, les Accords de Tamanrasset, est signé. Les armes se taisent, les guitares reprennent. Le groupe entre en studio à Abidjan pour enregistrer Kel Tinariwen (1992). En 2001, The Radio Tisdas Sessions, enregistré en deux jours à Kidal grâce à l’énergie solaire, ouvre les portes de l’Europe. Le tournant vient avec Amassakoul (« Le Voyageur », 2004) : le son frappe fort, et le groupe se produit à Glastonbury, Coachella et WOMAD. Carlos Santana l’invite au Montreux Jazz Festival ; Robert Plant de Led Zeppelin se déplace au Bataclan en 2007 pour une prestation inoubliable.
En 2010, Tinariwen signe avec le label américain Anti-. Le résultat, Tassili, est enregistré en trois semaines dans le parc national homonyme, au sud de l’Algérie, à l’acoustique pure. L’album intègre des contributions de Nels Cline, TV on the Radio et la Dirty Dozen Brass Band. Aux Grammy Awards 2012, Tassili remporte le prix du Meilleur album de musiques du monde. Les albums suivants confirment une trajectoire sans faille : Emmaar (2014, studio Joshua Tree), Elwan (2017, avec Kurt Vile et Mark Lanegan), Amadjar (2019, enregistré en Mauritanie sous la tente), Amatssou (2023, avec Daniel Lanois), et Hoggar (2026). Chaque album est une exploration, jamais une répétition.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| The Radio Tisdas Sessions | 2001 | L’album qui a tout ouvert : enregistrement « de fortune » à Kidal, il lance le groupe sur la scène mondiale |
| Amassakoul | 2004 | La consécration : des riff hypnotiques et un son qui résonne des festivals aux salons parisiens |
| Tassili | 2011 | L’album Grammy : enregistrement acoustique dans le désert algérien, enrichi de collaborations occidentales |
| Amatssou | 2023 | La surprise : des cuivres country et la production de Daniel Lanois, loin du désert mais fidèle à l’âme touarègue |
Héritage et influence
Tinariwen a ouvert la voie à des générations d’artistes africains qui voient désormais le monde comme un marché possible. Leur modèle — des cassettes circulant dans les camps jusqu’aux Grammy Awards — inspire des collectifs de musiciens de tout le continent. Leur musique continue de voyager : en 2013, un membre, Intidaw, est détenu par des miliciens islamistes au nord du Mali ; libéré après vingt jours, il retrouve son micro, et le groupe, avec lui. Pour les Touaregs, le désert n’est pas un décor, c’est une identité. Eux, ils survivent, et ça, c’est une victoire de plus.
Sources et références
- « About — Tinariwen », tinariwen.com, https://www.tinariwen.com/about, consulté le 19 octobre 2026.
- « Tinariwen », Britannica, https://www.britannica.com/topic/Tinariwen, consulté le 19 octobre 2026.
- « Tinariwen », Wikipédia (FR), https://fr.wikipedia.org/wiki/Tinariwen, consulté le 19 octobre 2026.
- « Tinariwen Biography », AllMusic, https://allmusic.com/artist/mn0000603621, consulté le 19 octobre 2026.
- « Tinariwen — Grammy Awards and Nominations », Grammy.com, https://www.grammy.com/artists/tinariwen/10715, consulté le 19 octobre 2026.
- Ibrahim ag Alhabib, propos recueillis, The Beijinger, 2017, https://www.thebeijinger.com/blog/2017/11/13/tinariwen-qa, consulté le 19 octobre 2026.
- « Marching To A Different Dune: Tinariwen Interviewed », The Quietus, https://thequietus.com/interviews/tinariwen-interview/, consulté le 19 octobre 2026.


































