Weber Sicot

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Webert Sicot : le saxophone qui a inventé le cadence rampa

Port-au-Prince, dimanche gras 1964. Au Stade Sylvio Cator, un duel musical oppose les orchestres de Webert Sicot et de son rival Nemours Jean-Baptiste. Le match de football tombe à l’eau sous la pluie, mais le surnom reste : les disciples de Sicot l’ont baptisé « Pélé d’Haïti », celui qui a marqué le but de la cadence rampa dans l’histoire caribéenne.

En bref

Nom complet Webert Sicot
Naissance 14 avril 1930, Port-au-Prince, Haïti
Décès 4 février 1985, Port-au-Prince, Haïti
Domaine Saxophone, composition, direction d’orchestre — konpa direct, cadence rampa
Œuvres emblématiques Haitian Meringues, Femme Têtue, La Flèche d’Or d’Haïti, Just For You
Distinctions Cofondateur du konpa direct, patronyme de la cadence rampa

Dates clés

Année Événement
1930 Naissance à Port-au-Prince, fils de Dormélia Casimir et d’Exzius Sicot
~1942 Formation au Collège Simon Bolivar, puis à la Maison Centrale des Arts et Métiers (saxophone alto)
1955 Co-fondation du Conjunto International avec Nemours Jean-Baptiste
1957 Tournée en Italie avec Joe Trouillot et Ti Roro ; séjour à Miami
1960 Lancement de la Flèche d’Or d’Haïti ; premier disque, Haitian Meringues
1961 Sortie de Cadence Rampa — Femme Têtue
1964 Duel au Stade Sylvio Cator avec Nemours ; baptême « Pélé d’Haïti »
1970 Exil à New York
1975 Just For You, apogée de l’art instrumental
1985 Décès le 4 février d’une crise cardiaque

Du konpa direct à la cadence rampa

Fils d’une mère vodouisante qui chantait sans cesse, Webert Sicot grandit bercé par les sons de Port-au-Prince. Sa formation commence au Collège Simon Bolivar, où il remporte un concours de flûte, puis à la Maison Centrale des Arts et Métiers, où le saxophone alto devient son instrument fétiche. Son frère aîné Raymond, trompettiste et tromboniste, lui transmet aussi les premiers gestes.

Sa carrière débute avec le Jazz Capois de Claudin Toussaint, puis le Jazz des Jeunes et l’Orchestre Saieh. En 1955, la rencontre décisive : Sicot et Nemours Jean-Baptiste fondent le Conjunto International, qui joue un rôle fondateur dans la musique haïtienne. Ensemble, ils créent le konpa direct — variante du méringue haïtien caractérisée par une basse plus marquée, des cuivres dynamiques et des arrangements de saxophones sophistiqués.

Mais la cohabitation se détériore. Sicot traverse plusieurs orchestres — Casino International, Orchestre Latino, Choucoune — puis part en 1957 en Italie jouer avec Joe Trouillot et Ti Roro. À Miami, il « assouplit son style », maîtrisant trumpet, basse, guitare, flûte, trombone et saxophones alto, ténor et baryton.

En août 1960, il lance son propre ensemble, la Flèche d’Or d’Haïti, qui va devenir une référence. Sicot invente alors un son qui porte son nom : la cadence rampa — un compas où les phrases musicales s’allongent, les tambours se complexifient et les saxophones tissent des mélodies d’une rare beauté.

La rivalité avec Nemours dépasse le cadre professionnel : les deux orchestres se répondent sur les ondes, dans les rues. Nemours sort Sak té di w touche defwa, Sicot riposte avec Sak té di w payem defwa. Le 8 avril 1964, le duel se déplace au stade Sylvio Cator : match de football et confrontation musicale. La pluie gâche le match, mais le surnom reste — Sicot est le « Pélé d’Haïti ».

Les tournées caribéennes avec Raymond propulsent ce style en Dominique, en Guadeloupe et en Martinique. Entre 1960 et 1968, la Flèche d’Or enregistre des dizaines de disques chez Ibo, Jet et Hit-Parade — Cadence Rampa — Femme Têtue, Sons et Couleurs d’Haïti, La Flèche d’Or d’Haïti — où chacun des saxophones de Sicot dessine des mélodies que les collectionneurs recherchent encore.

Mais le konpa évolue. Les mini-jazz de la fin des années 1960 font ombrer la cadence rampa. Sicot tente une adaptation avec une guitare hawaïenne qui ne rencontre pas le même succès. En 1970, il s’exile à New York, où il joue à la radio et en soirée, avant de revenir en Haïti vers 1973. Son album Just For You (1975), dédicacé à sa femme Marie-Thérèse, est salué par les connaisseurs comme l’apogée de son art instrumental.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Haitian Meringues (Ansonia) 1960 Premier disque ; explore les fondations du konpa direct avec des arrangements de saxophones d’une rare finesse
Cadence Rampa — Femme Têtue (Ibo) 1961 Le manifeste du nouveau style : rythmes plus tendus, phrases musicales plus longues
La Flèche d’Or d’Haïti (Ibo) 1961 Chef-d’œuvre instrumental avec Souvenir du Cap-Haïtien et J’aime la Campagne
Just For You (Mini) 1975 L’aboutissement : le jazz rencontre le konpa avec une élégance rare

Héritage et influence

La cadence rampa n’a pas survécu sous ce nom — les mini-jazz et le zouk ont pris le relais — mais le son que Sicot a forgé avec Nemours demeure la colonne vertébrale du konpa. Les orchestres qui se sont succédé, des Ambassadeurs aux Boukman Eksperyans, ont hérité de cette architecture rythmique. Les saxophonistes haïtiens voient en Sicot un archétype : celui qui a prouvé que le saxophone peut porter l’identité d’un pays tout en dialoguant avec les tradition jazz et cubaines. Aujourd’hui, les rééditions de la Flèche d’Or circulent dans les circuits de collectionneurs et font redécouvrir ses instrumentales.

Sources et références

  1. Gregory Rabess, « Cadence-Lypso », dans Bloomsbury Encyclopedia of Popular Music of the World, vol. 9, Bloomsbury Publishing, 2014, p. 413.
  2. Michael R. Hall, Historical Dictionary of Haiti, Scarecrow Press, 2012, p. 69.
  3. « Webert Sicot », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Webert_Sicot, consulté le 20 octobre 2025.
  4. Adrien Berthaud, « Webert Sicot — Le Génie qui laisse ses empreintes », https://adrienberthaud.com/Sicot/, consulté le 20 octobre 2025.
  5. Victor Claudel, « Vie et carrière de Wébert Sicot, l’autre papa du konpa », Le Nouvelliste, 4 février 2025, https://lenouvelliste.com/article/252958/vie-et-carriere-de-webert-sicot-lautre-papa-du-konpa, consulté le 20 octobre 2025.
  6. Ed Rainer Sainvill et Millien Sainvill, « Fichier 340 : Webert Sicot », Haiti-Référence — Notables et personnalités d’Haïti, https://www.haiti-reference.info/pages/notables/getperson.php?action=$search&id=340, consulté le 20 octobre 2025.
  7. « Haiti Direct », Afropop Worldwide, 17 février 2014, https://www.afropop.org/articles/haiti-direct, consulté le 20 octobre 2025.