Mariama Bâ

Biographie de Mariama Bâ

En 1980, à la Foire du livre de Francfort, une femme sénégalaise de 51 ans reçoit le tout premier prix Noma de la publication en Afrique. Elle dit : « Dans toutes les cultures, la femme qui exige ou proteste est dévalorisée. » Personne n’aurait parié sur cette enseignante issue d’un milieu musulman traditionnel, mère de neuf enfants, dont les deux livres attendaient ce moment pour changer la littérature africaine.

En bref

Nom complet Mariama Bâ
Naissance 17 avril 1929, Dakar, Sénégal
Décès 17 août 1981, Dakar, Sénégal (cancer du poumon)
Domaine Roman, essai — littérature francophone africaine
Œuvres emblématiques Une si longue lettre, Un Chant écarlate
Distinctions Prix Noma (1980), Grand prix littéraire d’Afrique noire (1982)

Dates clés

Année Événement
1929 Naissance à Dakar, dans une famille musulmane d’ethnie Lebu
1933 Décès de sa mère ; placée chez ses grands-parents maternels traditionalistes
1943 Première au concours d’entrée à l’École normale de Rufisque, à 14 ans
1947 Diplôme d’enseignante ; premier texte publié, remarqué par Emmanuel Mounier dans la revue Esprit
1979 Publication d’Une si longue lettre
1980 Prix Noma à la Foire du livre de Francfort
1981 Décès ; publication posthume d’Un Chant écarlate

Entre deux mondes

Mariama Bâ naît en 1929 à Dakar, sous le joug colonial français. Son père, Amadou Bâ, devient le premier ministre sénégalais de la Santé en 1957. Sa mère meurt quand Mariama n’a que quatre ans ; l’enfant est recueillie par ses grands-parents maternels, des traditionalistes stricts. Sa grand-mère considère l’école comme une futilité pour les filles. Son père refuse de céder.

À 14 ans, Mariama Bâ obtient le premier résultat du concours d’entrée à l’École normale de Rufisque. Son mémoire de fin d’études, un court texte poétique sur « le joli lieu de sa naissance », fascine Emmanuel Mounier qui le publie dans Esprit en 1947. Maurice Genevoix y voit « un document humain s’il en peut être ».

Elle enseigne pendant douze ans avant que sa santé l’oblige à quitter la classe. Mariée trois fois, mère de neuf enfants, divorcée du député Obèye Diop, elle milite pour les femmes et fonde le Cercle Fémina, dénonçant la polygamie et les mutilations génitales — thèmes qui nourriront ses romans.

Une si longue lettre — un roman qui résonne

En 1979, à 50 ans, elle publie son premier roman. Une si longue lettre, écrit sous la forme d’une lettre, suit Ramatoulaye, une veuve qui écrit à son amie d’enfance Aissatou pour raconter sa vie et sa révolte. Son mari vient de mourir — et d’épouser une deuxième femme, plus jeune, le lendemain de ses obsèques. Ramatoulaye est trahie, humiliée par un système social qui pèse sur toutes les femmes de sa génération. Le jury du prix Noma jugera : « Mariama Bâ offre un témoignage sur la condition féminine en Afrique tout en lui donnant une vraie profondeur imaginative. »

Le roman remporte le premier prix Noma de la publication en Afrique, en 1980. Traduit dans plus de vingt langues, il entre au programme de centaines d’universités. Son second roman, Un Chant écarlate, explore le même combat sous un autre jour : une Française de diplomate, Mireille, épouse un étudiant sénégalais, Ousmane, qui l’abandonne pour une cousine traditionnelle. Le roman, achevé peu avant sa mort, paraîtra à titre posthume — première édition datée 1981 par son éditeur Dakar, Nouvelles Éditions Africaines ; certaines sources indiquent 1982.

Héritage et influence

Deux romans seulement. C’est suffisant. Une si longue lettre compte parmi les œuvres africaines les plus traduites et étudiées du XXe siècle, inscrite parmi les « 100 meilleurs livres d’Afrique » par l’Université Columbia. Un Chant écarlate, apparu à titre posthume, confirme une prose à la fois poétique et tranchante.

Des autrices comme Fatou Diome, Djaïli Amadou Amal ou Nafissatou Niang Diallo continuent le chemin qu’elle a tracé. Une école sur l’île de Gorée porte son nom. Sa fille publie en 2007 sa biographie, Mariama Bâ ou les allées d’un destin. Plus de quarante ans après, sa plume reste un cri jamais éteint.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Une si longue lettre (roman épistolaire) 1979 Premier grand roman féministe d’une auteure musulmane africaine ; primé au prix Noma, traduit dans plus de 20 langues
Un Chant écarlate (roman) 1981 Portrait d’un mariage mixte qui échoue sous le poids des traditions ; publié à titre posthume

Sources et références

  1. « Mariama Bâ », Wikipédia en français, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mariama_Bâ, consulté le 18 octobre 2025.
  2. « Mariama Bâ », Wikipedia (English), https://en.wikipedia.org/wiki/Mariama_Bâ, consulté le 18 octobre 2025.
  3. « Bâ, Mariama (1929–1981) », Encyclopedia.com (Women in World History), https://www.encyclopedia.com/women/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/ba-mariama-1929-1981, consulté le 18 octobre 2025.
  4. Alex J. Coyne, « Mariama Bâ, Senegalese Feminist Author and Poet », Literary Ladies Guide, 1er juin 2024 (mis à jour 1er juin 2025), https://literaryladiesguide.com/author-biography/mariama-ba-senegalese-author, consulté le 18 octobre 2025.
  5. « Reports », The African Book Publishing Record, vol. VI, n°3-4, 1980 — compte rendu officiel du prix Noma, https://www.degruyterbrill.com/document/doi/10.1515/abpr.1980.6.3-4.199/html, consulté le 18 octobre 2025.
  6. « Mariama Bâ – La Langue de Césaire », Campus Press Yale, https://campuspress.yale.edu/languedecesaire/authors-ecrivain-e-s/mariama-ba/, consulté le 18 octobre 2025.
  7. « Un chant écarlate : le roman chant de Mariama Bâ », En attendant Nadeau, 11 mai 2022, https://www.en-attendant-nadeau.fr/2022-05-11/roman-chant-mariama-ba, consulté le 18 octobre 2025.
  8. Catalogue des éditions, Open Library — Une si longue lettre et Un chant écarlate, consulté le 30 octobre 2026.