Biographie

Abeti Masikini, reine du soukous

En 1973, une jeune femme de dix-neuf ans monte sur la scène de l’Olympia à Paris. Son nom : Abeti Masikini. Sa musique, un mélange inédit de rumba congolaise, de blues, de folk et de soukous — un style né à Kinshasa dans les années 1950. Trente ans plus tard, ce concert reste un jalon : une Africaine rompant les codes d’une industrie musicale majoritairement masculine.

En bref

Nom de naissance Élisabeth Finant
Naissance 9 novembre 1954, Stanleyville (aujourd’hui Kisangani), Congo belge
Décès 28 septembre 1994 (40 ans), Villejuif, France
Domaines Soukous, rumba congolaise, folk, blues, soul, pop
Instruments Piano, guitare
Surnoms « La Tigresse aux griffes d’or », « Tantine »
Groupe Les Redoutables
Distinctions Chevalier de l’ordre national du Léopard (posthume)

Dates clés

Année Événement
1954 Naissance à Stanleyville (Congo belge) dans une famille de huit enfants
1961 Assassinat de son père ; exil à Kinshasa
1971 Concours Découverte des jeunes talents ; découverte par Gérard Akueson
1972 Formation de l’orchestre Les Redoutables
1973 Olympia de Paris ; Carnegie Hall de New York ; album Pierre Cardin Présente: Abeti
1974 Zaire 74 : combat Ali-Foreman
1981 Dixième anniversaire, sommet de la rumba
1994 Décès à Villejuif

Parcours

Élisabeth Finant grandit dans un foyer cultivé de l’élite congolaise. Son père, Jean-Pierre Finant, métis belgo-congolais devenu Lumumbiste, est le premier gouverneur congolais de la Province Orientale. Sa mère, Marie Masikini, chanteuse de chœur à l’église, initie la fillette au piano. En 1961, l’assassinat de son père à Bakwanga contraint la famille à l’exil à Kinshasa, où Abeti entre au lycée Sacré-Cœur avant de travailler comme secrétaire au cabinet du ministre de la Culture. Derrière la discrétion administrative naît une passion dévorante : sous le surnom de « Betty Finant », elle commence à chanter dans de petits clubs avec son jeune frère Jean Abumba à la guitare. En 1971, la politique d’authenticité de Mobutu — réforme imposant des noms congolais au détriment des noms coloniaux — lui fait adopter le nom d’Abeti Masikini.

La percée survient quand le producteur togolais Gérard Akueson, de passage à Kinshasa, repère Abeti à la télévision. En Afrique de l’Ouest, où elle se produit au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Nigeria, le public l’adopte immédiatement. Sa musique, mêlant rythmes swahili et instruments électriques, séduit des milliers de spectateurs. Ce succès continental lui ouvre les portes de l’Europe : le 19 février 1973, l’Olympia parisien l’accueille. Deux ans plus tard, 3 000 spectateurs l’acclament au Carnegie Hall de New York. Son manager défend l’usage des instruments électriques : « Le rythme de base est africain », affirmait-il dans un entretien avec le New York Times, « mais les jeunes Africains révolutionnent leur musique avec des guitares électriques et des basses ». Elle chante aux côtés de James Brown, Myriam Makeba et Tabu Ley Rochereau, et participe en septembre 1974 à Zaire 74, le festival du combat Ali-Foreman.

De retour au pays, Abeti se heurte à un accueil tiède. Ses chansons en swahili, aux mélodies blues et soul, sont jugées étrangères par un public kinois habitué au lingala. Elle ne décroche que douze spectateurs à sa première sortie au cinéma Palladium. Mais elle ne se décourage pas. Travail acharné, passages télévisés constants avec Les Redoutables — son orchestre — et ses danseuses Les Tigresses finissent par faire changer les esprits. Son premier album, Pierre Cardin Présente: Abeti (1973), comprend les titres “Mutoto Wangu”, “Bibile”, “Aziza”, “Miwela”, “Safari” et “Papy Yaka”. Elle enchaîne avec La Voix du Zaïre, l’idole de l’Afrique (1975), Abeti à Paris (1976), et Visages (1980, RCA) qui introduit la disco. Pour ses dix ans de carrière, elle publie Dixième anniversaire (1981), avec des hymnes comme “Baruwa Kwa Mupenzi”, “Chéri Badé”, “Père Bouché”, “Ndolindo”, “Bilonda” et “Zaire Oye”. La rumba devient son style de prédilection. “Je suis fâché” connaît un carton en France. Abeti continue d’expérimenter avec Mokomboso (1980), Amour Ya Sens Unique (1984) et Ba Mauvais Copistes (1984). Son orchestre Les Redoutables fonctionne comme une école : M’bilia Bel, Lokua Kanza, Abby Surya, Tshala Muana et Yondo Sister y ont tous commencé.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Pierre Cardin Présente: Abeti 1973 Premier album ; contrat discographique européen ; inauguration à l’Olympia
La Voix du Zaïre, l’idole de l’Afrique 1975 Consécration en Afrique de l’Ouest ; tournées à l’Olympia
Visages 1980 Expérience disco avec rythmes congolais ; succès en Caraïbes
Dixième anniversaire 1981 Sommet de la rumba ; hymnes “Chéri Badé” et “Baruwa Kwa Mupenzi”

Héritage

Abeti Masikini a ouvert des portes qu’aucune Congolaise n’avait franchies. Première femme zaïroise à diriger son orchestre et à se produire à l’Olympia, au Carnegie Hall et à l’Apollo Theater de New York, elle a fait de Les Redoutables une pépinière de talents. Après sa mort d’un cancer du col de l’utérus, la Fondation Abeti Masikini organise chaque année des commémorations à Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi. Un documentaire, Abeti Masikini, le combat d’une femme (2016), redonne à la diva la place qui lui revient.

Sources et références

  1. « Abeti Masikini », Wikipédia (français), https://fr.wikipedia.org/wiki/Abeti_Masikini, consulté le 24 octobre 2026.
  2. « Abeti Masikini », Wikipédia (anglais), https://en.wikipedia.org/wiki/Abeti_Masikini, consulté le 24 octobre 2026.
  3. « Abeti Masikini: 20 ans après sa mort », Music In Africa, https://www.musicinafrica.net/fr/magazine/abeti-masikini-20-ans-apr%C3%A8s-sa-mort, consulté le 24 octobre 2026.
  4. « Portrait: Abeti Masikini », Culture Congo, https://culturecongo.com/article/abeti-masikini, consulté le 24 octobre 2026.
  5. « Abeti Masikini », Valeorine Encyclopedia, https://www.valeorine.com/reference/abeti-masikini, consulté le 24 octobre 2026.
  6. « African Singer, Too, Got A Start in Church Choir », The New York Times, https://nytimes.com/1974/03/11/archives/african-singer-too-got-a-start-in-church-choir.html, consulté le 24 octobre 2026.
  7. « Paris rend hommage à la grande diva congolaise Abéti Masikini », Afrik.com, https://www.afrik.com/paris-rend-hommage-a-la-grande-diva-congolaise-abeti-masikini, consulté le 24 octobre 2026.
  8. « Catalogue Abéti Masikini : la voix d’or du Zaïre », Bibliothèque publique d’information (BPI), https://catalogue.bpi.fr/fr/document/ark:/34201/nptfl0000333759, consulté le 24 octobre 2026.
  9. « La Biographie d’Abeti Masikini », Congo Heritage, https://congoheritage.org/content/la-biographie-dabeti-masikini, consulté le 24 octobre 2026.
  10. « Abeti Masikini », Deezer, https://www.deezer.com/us/artist/457025, consulté le 24 octobre 2026.