Biographie
Africando : quand la salsa de New York rencontre les voix de Dakar
En 1993, dans un studio new-yorkais, trois chanteurs sénégalais se mettent à chanter en wolof sur des arrangements de salsa cubaine. Le disque qui en résulte fait sursauter la scène du monde : la salsa, cet art né à Cuba mêlant son, boléro et guaracha, avait traversé l’Atlantique depuis le XIXe siècle pour s’ancrer dans les capitales africaines. Africando va révéler ces racines partagées au monde entier, réunissant les brass bands de Harlem aux rues de Dakar dans un dialogue musical jamais entendu.
En bref
| Nom | Africando |
| Formation | 1992, Dakar, Sénégal |
| Fondateurs | Ibrahima Sylla (producteur), Boncana Maïga (flûtiste, arrangeur) |
| Style | Afro-salsa, musique afro-cubaine |
| Œuvres emblématiques | Trovador, Baloba !, Martina |
| Distinctions | Africar Music Awards 1993 (Abidjan) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1992 | Création du projet à Dakar par Ibrahima Sylla et Boncana Maïga |
| 1993 | Sortie du premier album, Trovador, et remportant le prix Africar Music Awards |
| 1994 | Sortie de Sabador (sous-titre Tierra Tradicional), unanimité critique |
| 1995 | Décès de Pape Seck, l’un des fondateurs, à Dakar |
| 1997 | Sortie de Gombo Salsa ; intégration de Gnonnas Pedro (Bénin) |
| 1998 | Baloba ! se vend à 10 000 exemplaires en France en dix jours |
| 2000 | Album Mandali (sous le nom Africando All Stars) avec des stars africaines |
| 2003 | Martina, hommage aux femmes ; retour au nom d’Africando |
| 2006 | Kékutuba, dédié à Gnonnas Pedro décédé en 2004 |
| 2013 | Viva Africando, dernier album ; Ibrahima Sylla disparaît en décembre |
Un pont musical entre Cuba et l’Afrique
L’histoire d’Africando naît d’une intuition : celle d’Ibrahima Sylla, producteur sénégalais né en 1956 à Kaolack et issu d’une grande famille de religieux tidiane, et de Boncana Maïga, Malien formé au Conservatoire de La Havane de 1963 à 1973. Passionné de musique cubaine depuis son adolescence dakaroise, Sylla possédait des milliers de disques et rêvait de fixer sur support ce que les groupes afro-cubains de Dakar jouaient dans les clubs depuis les années 1940. Maïga, flûtiste, arrangeur et collectionneur de 6 000 disques cubains, avait vécu la salsa de l’intérieur — son groupe Las Maravillas de Mali avait triomphé à Cuba avant de retourner au Mali, et il avait participé à la tournée africaine des Fania All Stars.
En 1992, les deux hommes réunissent à Dakar un trio vocal 100 % sénégalais : Médoune Diallo (ex-Orchestra Baobab), Pape Seck (ex-Star Band de Dakar, considéré comme le père du mbalax, style musical sénégalais par excellence), et Nicolas Menheim (Super Étoile de Dakar). Ils partent enregistrer à New York où les meilleurs musiciens de salsa new-yorkaise — issus de la Fania All Stars, de l’Orquesta Broadway, d’Eddie Palmieri ou de Tito Puente — les accompagnent. L’album Trovador sort en 1993 sur le label Stern’s Africa et fait un scandale de beauté : des titres en wolof sur des rythmes cubains authentiques, des cuivres de Harlem croisant les djembés de Dakar. Médoune Khoule de Pape Seck et Yaye Boye deviennent des Tubes en Afrique, à Cuba, à Porto Rico, à New York et à Miami. L’Africar Music Awards d’Abidjan couronne le projet la même année. Sabador, volume 2 en 1994, confirme.
Après le décès tragique de Pape Seck en février 1995, Africando renforce sa vocation panafricaine. Le Béninois Gnonnas Pedro, surnommé par la scène locale, arrive avec les rythmes vodun de son golfe du Bénin — cette musique dont le rythme 3-2 typique de la musique afro-cubaine à Santiago de Cuba tire en réalité ses origines aux rythmes vodun du sud-Bénin, du Togo et du Nigeria. En 1998, le groupe se dote du nom d’Africando All Stars pour l’album Mandali, convoquant Tabu Ley Rochereau (RDC), Koffi Olomidé, Salif Keïta, Sekouba Bambino et Amadou Balaké. Le projet s’élargit à tout un continent, et le succès n’en est que plus éclatant.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Trovador | 1993 | Premier album ; le pont Cuba-Sénégal ; titre Médoune Khoule |
| Baloba ! | 1998 | 10 000 exemplaires en France ; reprises audacieuses de Khaled et Piaf |
| Mandali (Betece) | 2000 | Les Africando All Stars ; un summum de convives panafricains |
| Martina | 2003 | Hommage aux femmes ; retour du nom Africando seul |
| Kékutuba | 2006 | Dédié à Gnonnas Pedro ; descargas jazz-salsa ; nouvelles voix sénégalaises |
Héritage et influence
Africando a ouvert une voie que peu d’autres projets ont suivie : un dialogue honnête entre deux rives de l’Atlantique, sans folklorisme ni exotisme. Le premier album d’Africando a été le premier disque de musiciens africains à pénétrer dans les charts américains, un fait rare pour l’époque. Les membres fondateurs Médoune Diallo et Gnonnas Pedro ont disparu sans emporter le secret du groupe ; Pascal Dieng, Bass Sarr, James Gadiaga et René Cabral ont fait grandir la scène salsa dakaroise des années 2000. Le dernier album, Viva Africando (2013), sorti un mois avant la mort d’Ibrahima Sylla, porte l’empreinte d’un projecteur qui a failli éteindre les ambitions du projet. Mais la musique reste : elle voyage toujours entre Harlem et Dakar, entre les congas et les djembés, entre wolof et espagnol.
Sources et références
- « Africando », Wikipédia (version anglaise), https://en.wikipedia.org/wiki/Africando, consulté le 22 octobre 2024.
- « Africando », RFI Musique, https://www.rfi.fr/fr/musique/20210216-africando, consulté le 22 octobre 2024.
- « Africando — Dakar, Sénégal », Latin World, https://latinworld.nl/latin/artiesten/africando-dakar-senegal-563, consulté le 22 octobre 2024.
- « Frank Bessem’s Musiques d’Afrique — Africando », Musiques d’Afrique, https://www.musiques-afrique.net/senegal/art_africando.html, consulté le 22 octobre 2024.
- « Ibrahima Sylla », Wikipédia (version française), https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibrahima_Sylla, consulté le 22 octobre 2024.
- « Ibrahima Sylla obituary », The Guardian, https://www.theguardian.com/music/2014/jan/30/ibrahima-sylla, consulté le 22 octobre 2024.
- « Orchestra Baobab and Africando, Bringing Afropop Full Circle », The Washington Post, https://www.washingtonpost.com/archive/lifestyle/2002/02/06/orchestra-baobab-and-africando-bringing-afropop-full-circle/c09d3dc4-18ac-4450-8635-8d79b68afb54/, consulté le 22 octobre 2024.
- « Le Label », Syllart Records, https://syllart.com/, consulté le 22 octobre 2024.
















