Afrigo Band

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Afrigo Band : cinq décennies de rythme et de résilience ougandaise

En août 1975, huit jeunes musiciens de Kampala refusent de laisser la dissolution des Cranes Band mettre fin à leur carrière. Sans instruments ni moyens, mais animés par la conviction que la musique leur appartient, ils fondent une formation qui va survivre aux dictatures, aux guerres civiles et aux bouleversements technologiques. Afrigo Band, contraction de « Africa go » dans le sens musical, devient l’institution musicale la plus ancienne de l’Ouganda1.

En bref

Nom Afrigo Band
Origine Kampala, Ouganda
Genres African Rumba, Kidandali, Jazz
Période d’activité 1975 – présent
Fondateur Moses Matovu (1949–2026)
Membres fondateurs Moses Matovu, Charles Ssekyanzi, Jef Sewava, Paddy Nsubuga, Paulo Serumagga, Fred Luyombya, Anthony Kyeyune, Geoffrey Kizito
Chansons emblématiques ““Afrigo Batuuse””, ““Jim””, ““Obangaina””, ““Teri Mubi””
Distinctions Prix Lifetime Achievement PAM Awards (2022)

Dates clés

Année Événement
1969 Moses Matovu rejoint les Cranes Band
1975 Fondation d’Afrigo Band à Kampala
1976 Premier enregistrement à Nairobi avec Phonogram (K) Ltd
1979 Reconstruction après vol de matériel pendant la guerre de libération
1989 Arrivées de Joanita Kawalya et Rachael Magoola
1999 Sortie de l’album Obangaina, enregistré à Londres
2015 40e anniversaire, concerts hebdomadaires au Club Silk
2022 Lifetime Achievement Award des PAM Awards
2025 Célébration du 50e anniversaire
2026 Décès de Moses Matovu (24 septembre)

Les origines : de Cranes Band à Afrigo Band2

Né le 19 juin 1949 à Kawempe, Kampala, Moses Matovu Bukenya — surnommé affectueusement « Papa Moi » — découvre la musique très tôt en chantant à la chorale de la cathédrale Namirembe, vers l’âge de quatre ans. Passionné de football pendant sa jeunesse, il joue pour plusieurs clubs de Kampala, mais c’est la musique qui s’impose comme vocation. En 1967, il rejoint le Thunderbirds Band, puis les Police Band et enfin les Cranes Band en 1969. Avec ce dernier groupe, il enregistre sa première composition originale en 1970, ““Jimmy Saasira””, sur une femme abandonnée par son mari3.

Quand la direction des Cranes Band annonce la dissolution du groupe en 1975, Matovu refuse d’abandonner la musique. Six compagnons musiciens décident de rester ensemble. Aucun instrument à cette époque, l’expulsion des Asiatiques par Idi Amin ayant désorganisé le marché musical ougandais. Les huit fondateurs négocient avec Leonard Mugwanya, gérant du Bat Valley Bar, qui accepte de financer l’achat d’instruments. Le nom Afrigo, contraction de « Africa go », est choisi pour exprimer leur ambition.

La maturité : résilience, innovation et reconnaissance3

Les années 1980 constituent la décennie la plus tourmentée de l’histoire de l’Ouganda. Du régime d’Amin à la guerre civile qui aboutit à l’arrivée au pouvoir de Yoweri Museveni en 1986, Afrigo Band se transforme en réconfort pour une population épuisée, jouant à Nsambya Railway Club et Bat Valley Theatre. Leurs titres ““Afrigo Batuuse””, ““Speed”” et ““Olulimi Lwange”” deviennent des hymnes populaires4.

La fusion sonore du groupe repose sur le rhythm and blues congolais, le jazz, le funk et les rythmes traditionnels ougandais, le tout enrobé dans des paroles en luganda, langue majoritairement parlée à Kampala. Cette identité ancrée assure une longévité exceptionnelle. Le groupe produit également au Danemark, enregistre l’album Volume 9 et devient le premier groupe ougandais à sortir un CD2. Les années 1990 marquent un tournant avec l’arrivée de Joanita Kawalya et Rachael Magoola en 1989. Leur arrivée apporte une nouvelle dimension. Le groupe entame des tournées aux États-Unis et au Royaume-Uni pour la diaspora ougandaise.

Moses Matovu mesure l’importance de la discipline organisationnelle autant que de la musique. « You cannot be, let’s say, 40 years old, and you are still playing. It is not possible, except when you become a coach », déclarait-il pour justifier son choix de vie5. Cette vision pragmatique en fait le moteur incontesté. En 2015, Afrigo célèbre ses 40 ans au Club Silk de Kampala et, en 2022, il reçoit le Lifetime Achievement Award des PAM Awards.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
““Afrigo Batuuse”” Vers 1980 Premier grand succès ; hymne des soirées de Kampala
““Jim”” Années 1990 Chef-d’œuvre de Joanita Kawalya ; tube national
““Obangaina”” 1999 Album enregistré à Londres ; premier CD du groupe
““Teri Mubi”” 2019 Dernier album majeur de Matovu ; fusion ancienne/nouvelle

Héritage2

Afrigo Band s’est imposé comme une institution culturelle à part entière. Leur fidélité au format live — saxophones, cuivres, guitares, percussions, voix — a maintenu en vie un modèle de performance musicale à une époque où la musique ougandaise basculait vers la production électronique programmée. Le groupe a formé et inspiré des générations de musiciens qui ont intégré la rigueur de leur approche arrangementiste.

Le décès de Moses Matovu le 24 septembre 2026, à l’âge de 77 ans, a plongé l’Ouganda dans le deuil. Attacqué dans le quartier de Kibuli, le fondateur n’avait jamais cessé de diriger ni de composer. Avant de disparaître, il résumait la longévité d’Afrigo en trois mots : intérêt, engagement et discipline. Ce trésor d’expérience demeure, avec plus de 20 albums et 200 chansons qui constituent un patrimoine musical que l’Ouganda entier continue d’écouter et de transmettre.

Sources et références


  1. Nilepost, 50 Years of the Beat: How Afrigo Band Shaped Uganda’s Soundtrack, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎

  2. Jabulani Radio, Afrigo Band, article biographique, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎

  3. GovInfoHub UPPC, Afrigo Band at 50: Five Decades of Rhythm, Resilience, and Relevance, 14 août 2025, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎ ↩︎

  4. The Observer, Moses Matovu’s saxophone has fallen but the music of a nation will not, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎

  5. East African Vanguard, Moses Matovu the footballer who built Afrigo Band, 25 septembre 2026, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎