Aït Menguellet

Aït Menguellet

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Aït Menguellet, le poète de la Kabylie

Né dans les montagnes du Djurdjura pendant la guerre d’indépendance algérienne, Lounis Aït Menguellet a grandit bercé par les veillées où les anciens entonnaient proverbes et poèmes traditionnels. Plus de cinquante ans plus tard, près de 222 de ses chansons, écrites en kabyle, résonnent encore comme une référence vivante pour des millions de locuteurs. Surnommé le « grand poète kabyle », il est l’un des artistes berbères les plus étudiés au monde.

En bref

Nom de naissance Abdenbi Aït Menguellet
Nom de scène Lounis Aït Menguellet (surnom donné par sa grand-mère)
Naissance 17 janvier 1950, Ighil Bouammas, Grande Kabylie, Algérie
Domaine Chant, poésie ; musique kabyle (chanson berbère)
Instruments Voix, guitare
Œuvres emblématiques Tilt Yyam, Amǧahed, A Lmus-iw, Yenna-d wemγar
Distinctions Docteur honoris causa de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou (2017)

Dates clés

Année Événement
1950 Naissance à Ighil Bouammas, Grande Kabylie, dans une famille modeste de six enfants
1967 Débuts radiophoniques dans l’émission « Les chanteurs de demain » animée par Chérif Kheddam
1973 Premier album studio, Ay Izem (Le Lion)
1978 Concert à l’Olympia de Paris ; enregistrement de Aεeṭṭar
1980 Mobilisation auprès du Printemps berbère (Tafsut Imazighen)
1985-1988 Incarcération pour trois ans, suite à des chefs d’accusation liés au port d’armes
1990 Sortie de Tafsut Imazighen, album dédié à la cause amazighe
2001 Sortie de Inasen (Dites-leur), album-miroir de mémoire
2005 Yenna-d wemγar (Le Sage a dit), réflexion philosophique
2017 Doctorat honoris causa de l’université de Tizi Ouzou

Du village au micro : un poète qui a porté une langue

Lounis est le benjamin d’une famille qui vit sous le même toit : sa mère, quatre grands-mères issues de trois mariages du grand-père. Dans cette maison de pierre et de silence, les femmes tissent le fil de la mémoire — chansons d’amour (tayri) glissées aux enfants, poèmes que les veillées prolongent jusque tard dans la nuit. L’enfant apprend à écouter avant de savoir lire, et c’est l’oreille, plus que le livre, qui devient son premier instrument. Quand la guerre d’Algérie se referme sur la Kabylie, il a quatre ans. Il vit la disette, les embuscades sur les chemins de montagne, et en garde une tendresse inaltérable pour les siens. À l’indépendance, en 1962, la famille quitte le village pour Alger. C’est par la radio qu’il entre dans la musique. En 1967, un cousin le persuade de se rendre à la Chaine 2 pour l’émission « Les chanteurs de demain » animée par Chérif Kheddam. Il y chante sa première composition, « Si tu pleures » (Ma truḍ), dont il est l’auteur des paroles. Kheddam, admiratif, lui prédit un avenir prometteur.

La première phase de sa carrière, des années 1970 au début des années 1980, est marquée par l’amour et la nature. Des titres comme Tilt Yyam (Trois Jours) ou Tayri (Amour) sculptent un lyrisme intime, ancré dans le quotidien kabyle mais porteur d’une universalité qui dépasse les frontières. Son style mêle l’influence du cha’bi algérien — ce genre où l’oud cède la place à la guitare acoustique — aux formes traditionnelles berbères. Le Printemps berbère d’avril 1980 marque une rupture : lorsque le wali de Tizi Ouzou interdit une conférence sur « La poésie ancienne des Kabyles », la population se soulève. Aït Menguellet prend position ; sa chanson « Tafsut Imazighen » (Le Printemps amazighe) devient l’hymne de la révolte. L’artiste, qui se définit comme un poète et non comme un homme politique, voit ses textes censurés, puis est emprisonné pendant trois ans. Cette expérience alimente une deuxième phase créative, plus sombre, plus philosophique. Akk win ikhdaâ rebbi, Isawalen, Aflou — chaque album devient un miroir tendu à la société kabyle et algérienne.

Depuis les années 1990, il affine encore son propos. Inasen (Dites-leur, 2001) et Yenna-d wemγar (Le Sage a dit, 2005) sont des sommets de sagesse où le poète, adoptant la posture du vieux sage, médite sur la destinée et la transmission. « La langue, c’est la mère, la terre », dit-il, résumant en une phrase un engagement qui n’est pas un combat mais une présence obstinée.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Tilt Yyam (Trois Jours) 1975 Chant d’amour universel en kabyle, signature poétique immédiate
Amǧahed (Le Combattant) 1977 Tournant : l’engagement social et identitaire entre dans la poésie
Live à l’Olympia 1978 Concert historique à Paris, reconnaissance internationale
Tafsut Imazighen 1990 Hymne à la résistance culturelle amazighe
Yenna-d wemγar 2005 Sommet philosophique : le sage médite sur la destinée

Héritage

Aït Menguellet est l’artiste kabyle le plus étudié au monde : des ouvrages en tamazight, en arabe et en français lui ont été consacrés. Sa poésie, souvent comparée à celle de Bob Dylan ou Joan Baez, transcende le cadre local pour toucher un public mondial. La chanson kabyle, longtemps reléguée au rang de « musique légère », il l’a élevée au rang de poésie haute. Sa voix demeure un pilier identitaire pour des millions de Kabyles. Il vit retiré dans son village du Djurdjura, écrivant, lisant, jouant de l’arc — le poète qui n’a jamais cessé d’écouter la terre et la mémoire.

Sources et références

  1. « Lounis Aït Menguellet », Wikipédia (article en français), https://fr.wikipedia.org/wiki/Lounis_A%C3%AFt_Menguellet, consulté le 23 octobre 2026.
  2. M. El Messiri, « Aït-Menguellet », Encyclopédie berbère (revue académique, Aix-en-Provence), https://doi.org/10.4000/encyclopedieberbere.2384, consulté le 23 octobre 2026.
  3. Karim Ouaras et Nabil Boudraa, « Interview with Lounis Aït Menguellet », Tamazgha Studies Journal, vol. 2, no 1, printemps 2024, https://tamazghastudiesjournal.org/articles-spring2024-issue-01-article17, consulté le 23 octobre 2026.
  4. « Biographie », aitmenguellet.net (site officiel de l’artiste), https://www.aitmenguellet.net/biographie/, consulté le 23 octobre 2026.
  5. « Discographie », aitmenguellet.net (site officiel de l’artiste), https://www.aitmenguellet.net/discographie, consulté le 23 octobre 2026.
  6. A. M. Eddine, « Lounis Aït Menguellet », Notable People Project, https://notablepeopleproject.org/lounis_ait_menguellet, consulté le 23 octobre 2026.
  7. J. E. Goodman, Berber Culture on the World Stage, Indiana University Press, 2005 (référence académique citée dans les travaux universitaires sur l’artiste).
  8. « Aït Menguellet », MusicBrainz, https://musicbrainz.org/artist/9d78abad-fbd8-4ec6-9b64-1feb1e1e817c, consulté le 23 octobre 2026.
  9. Last.fm, « Aït Menguellet », https://last.fm/music/A%C3%AFt+Menguellet/+wiki, consulté le 23 octobre 2026.
  10. Kateb Yacine, préface à Tassadit Yacine, Aït Menguellet chante, 1989 (cité dans Wikipédia FR).

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