Biographie
André-Marie Tala : la mélodie tressée par la perte et la musique
En mai 1975, James Brown fait escale à Douala pour une série de concerts. Un jeune Camerounais aveugle glisse un album entre ses mains : Hot Koki, signé André-Marie Tala. Quatre ans plus tard, le « Papa de la Soul » publie le morceau sous le titre « The Hustle », sans créditer l’auteur. Tala portera plainte, gagnera le procès en 1978 et recevra 15 % des recettes du titre. Ce verdict, parmi les plus célèbres du plagiat musical africain, éclaire d’un jour singulier le parcours d’un guitariste qui a transformé sa cécité en boussole.
En bref
| Nom complet | André-Marie Tala |
| Naissance | 29 octobre 1950, Bandjoun (Cameroun) |
| Domaine | Tchamassi, Bend Skin, Afro Jazz |
| Instruments | Guitare, chant |
| Œuvres emblématiques | Hot Koki, Sikati, Super Tchamassi, Bend Skin |
| Distinctions | Prix de la jeune chanson francophone (1978), Prix Charles Humel (1980), Kora Award (2000), commandeur de l’ordre de la Valeur du Cameroun (2022) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1950 | Naissance à Bandjoun, dans l’Ouest du Cameroun |
| 1965 | Perte de la vue à 15 ans ; recueilli par sa grand-mère |
| 1968 | Fondation des Rock Boys, bientôt les Black Tigers avec Sam Fan Thomas |
| 1972 | Rencontre avec Manu Dibango ; signature chez Decca (Fiesta) |
| 1975 | Hot Koki ; James Brown visite le Cameroun |
| 1978 | Victoire contre James Brown au tribunal ; Prix de la jeune chanson francophone |
| 1993 | Lancement de Bend Skin, morceau fondateur du style |
| 2000 | Kora Award du meilleur artiste d’Afrique centrale |
| 2012 | Ouverture d’une école de musique à Douala |
| 2022 | Commandeur de l’ordre national de la Valeur |
Un guitariste qui a fait de la nuit sa boussole
Né le 29 octobre 1950 à Bandjoun, André-Marie Tala perd sa mère à quatre ans et son père seize ans plus tard. Recueilli par sa grand-mère Marie-Thérèse Mambwa, il grandit bercé par les chants traditionnels des Bamoun. Adolescent passionné, il façonne sa première guitare avec un ami : corde en nylon, manche en bambou, caisse en bois recyclé. « On imitait les rythmes qui nous avaient bercés », racontera-t-il. À dix-sept ans, le yé-yé et la chanson française — Johnny Hallyday — le captivent. En 1965, il perd la vue sans symptôme préalable. La musique lui sert de boussole.
Le succès arrive vite. En 1967, sa chanson « J’ai faim » triomphe dans un concours organisé par Radio Cameroun. Les Rock Boys, qu’il fonde, deviennent vite les Black Tigers avec Sam Fan Thomas à la guitare. En 1971, Tala est le premier artiste camerounais à se produire au cinéma-théâtre Abbia de Yaoundé. Sa trajectoire décollent en 1972 grâce à Manu Dibango qui l’attire à Paris et le met en studio chez Decca (Fiesta). Il sort une série de titres-phare : « Sikati », « Potaksina », « Namala ébolo » (cent mille exemplaires vendus) et « Donnons-nous la main », hymne de la confédération des États de l’Afrique centrale.
Mais la même année 1975, James Brown, en tournées au Cameroun, s’empare de la mélodie de Hot Koki. Il la publie sous le titre « The Hustle » sans créditer l’auteur. « Le procédé m’avait horrifié », confiera Tala en 2006 à CAMERFEELING. Son éditeur s’attache des avocats américains et, après quatre années de batailles, le tribunal donne raison à Tala en 1978. Ce verdict, parmi les plus célèbres du plagiat musical africain, fait grand bruit. Tala remporte aussi, cette même année, le Prix de la jeune chanson francophone à Paris.
Tala ne se laisse pas enfermer. Dans les années 1970, il invente le Tchamassi — modernisation des rythmes traditionnels de l’Ouest du Cameroun mêlés à l’afro-jazz. Super Tchamassi (1978) et Arabica (1978) en sont les sommets. Il compose aussi la bande originale de Push-Pousse, film de Daniel Kamwa (1974). Dans les années 1990, il explore le Bend Skin avec le morceau éponyme (1993) et l’album Koungné (1999), ceint de pop et de funk, qui porte un message d’intégration pour la nouvelle génération africaine.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Hot Koki | 1973 | Premier album international, à l’origine du procès contre James Brown |
| Sikati | 1972 | Titre-phare qui ancre le Tchamassi dans les circuits radiophoniques |
| Super Tchamassi | 1978 | Palmarisé au Prix de la jeune chanson francophone |
| Black Woman | 1976 | Album engageant mêlant conscience africaine et groove |
| Bend Skin | 1993 | Pièce fondatrice du style ; influence toute une génération |
Héritage et influence
André-Marie Tala est souvent comparé à Stevie Wonder et à Ray Charles en raison de sa cécité, mais son langage musical lui appartient : le Tchamassi et le Bend Skin sont aujourd’hui des filières reconnues dans le paysage musical camerounais. Sa victoire contre James Brown reste un précédent cité dans les ouvrages sur les plagiats musicaux. Installé à Paris depuis le milieu des années 2000, Tala continue de transmettre. Il a fondé l’AEPIHA (devenue fondation), qui œuvre pour une école de musique et une école Braille à Douala. En 2024, il a fêté ses 55 ans de carrière scénique par deux concerts à Douala et Yaoundé.
Sources et références
- « Bio – Andre Marie Tala », andremarietala.com, https://andremarietala.com/bio, consulté le 18 octobre 2026.
- « André-Marie Tala », Wikipédia en français, https://fr.wikipedia.org/wiki/André-Marie_Tala, consulté le 18 octobre 2026.
- « André-Marie Tala », Musiques d’Afrique (Frank Bessem), https://musiques-afrique.net/cameroon/art-tala.html, consulté le 18 octobre 2026.
- « André-Marie Tala : Mon dernier Koki avec James Brown », CAMERFEELING, https://camerfeeling.fr.fo/fr/272/, consulté le 18 octobre 2026.
- « Plagiat musical – Les Africains ne baissent plus les bras », RFI Musique, https://musique.rfi.fr/musique/19980612-plagiat-musical.html, consulté le 18 octobre 2026.
- « Quand James Brown s’inspire sans vergogne d’André-Marie Tala », Jeune Afrique, https://www.jeuneafrique.com/1626799/culture/quand-james-brown-sinspire-sans-vergogne-dandre-marie-tala/, consulté le 18 octobre 2026.
- « Tala André Marie », Discogs, https://discogs.com/artist/748592-Tala-André-Marie, consulté le 18 octobre 2026.
- « André Marie Tala - Bibliography », Afro Video, https://afro.video/en/artist/andre-marie-tala, consulté le 18 octobre 2026.














