Biographie
Aurlus Mabélé : le roi du soukous qui a fait danser le monde
En 1989, sur la scène du club SOB’s de New York, Aurlus Mabélé saute, se tord, s’effondre sur la scène comme un comédien délirant, pendant que le guitariste Diblo Dibala enchaîne les arpèges furieux. Le public, d’abord incrédule, se lève. Cette nuit-là, le soukous – ce rythme haletant né sur les rives du Congo – vient de franchir l’Atlantique. Mabélé, le « roi », a fait son œuvre.
En bref
| Nom complet | Benoit Aurélien Miatsonama |
| Naissance | 24 octobre 1953, Poto-Poto, Brazzaville, Congo français |
| Décès | 19 mars 2020 (66 ans), Eaubonne, France |
| Domaines | Soukous, rumba congolaise |
| Instrument(s) | Chant, maracas, cloche |
| Œuvres emblématiques | Africa Mousso, Embargo, Extra Ball |
| Distinctions | Prix Maracas d’or (1986) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1953 | Naissance à Brazzaville dans le quartier de Poto-Poto |
| 1974 | Co-fondation de Les Ndimbola Lokole |
| 1981 | Installation à Paris, entrée dans la scène de la diaspora |
| 1986 | Succès d’Africa Mousso, prix Maracas d’or, fondation de Loketo avec Diblo Dibala |
| 1989 | Concert légendaire à SOB’s (New York) |
| 1991 | Rupture avec Diblo Dibala, recrutement de Dally Kimoko, album Embargo |
| 2005-2007 | Cancer de la gorge, puis accident vasculaire cérébral (AVC) |
| 2009 | Tournée réussie dans les Antilles avec Loketo |
| 2020 | Décès à Eaubonne des suites du Covid-19 |
Parcours : de Brazzaville aux scènes du monde
Issu d’une famille de musiciens, Aurélien Benoît Miatsonama, dit Aurlus Mabélé, naît le 24 octobre 1953 dans le quartier populaire de Poto-Poto à Brazzaville. Grandit bercé par les rythmes baluba, le peuple de son père, il s’engage dès son adolescence dans un ballet de danse traditionnelle, forgeant le sens du spectacle qui fera sa marque. En 1974, à vingt-et-un ans, il cofonde Les Ndimbola Lokole avec Mav Cacharel et Jean Baron. Le groupe décroche des tubes comme « Waka Waka » et « Zebola » qui font vibrer Brazzaville.
En 1981, Mabélé quitte le Congo pour Paris, où la communauté congolaise grandissante nourrit une scène musicale bouillonnante. D’abord musicien de session au légendaire Studio Caroline, il sort en 1982 son premier album Na La Vie, puis Nicoletta, Fille des Antilles en 1983. Ces disques attirent la diaspora mais restent confidentiels. Le tournant arrive en 1986 : collaborant avec le producteur Jimmy Houetinou, Mabélé publie Africa Mousso (« Femme d’Afrique »). Le tube cartonne, remporte le prix Maracas d’or et vaut à Mabélé le surnom de « roi du soukous ». Le succès pousse Mabélé à rassembler Diblo Dibala, guitariste surnommé « Machine Gun », Mav Cacharel, Jean Baron et Mack Macaire dans la formation Loketo – « les hanches » en lingala. Ensemble, ils modernisent le soukous en supprimant la lente introduction traditionnelle pour plonger d’emblée dans le sebene, ce groove haletant porté par la guitare et la percussion.
Entre 1987 et 1991, Loketo enchaîne les disques et les tournées mondiales : Paris, New York, la Caraïbe. Des albums comme Super Soukous (1989), Extra Ball (1991) et Soukous La Terreur (1989) gravent des classiques tels que « Douce Isabelle », « Femme ivoirienne » et « Liste Rouge ». En 1989, le groupe se produit à SOB’s à Manhattan, « une machine à danser aux mille facettes brillantes », écrit le critique du New York Times. En 1991, la collaboration avec Diblo Dibala se brise. Mabélé rebondit avec le guitariste Dally Kimoko et publie Embargo, album phare. Suivent Stop Arrêtez ! (1992), Génération-Wachiwa encaisse tout (1994), Dossier X (2000) et Ça va ce savoir ? (2004). Les années 2000 lui réservent des épreuves : cancer de la gorge en 2005, puis AVC. En 2009, revenu sur scène, il enchaîne les concerts aux Antilles. Son dernier album, Elephants Ambiance, paraît en 2019. Le 19 mars 2020, il meurt à Eaubonne, des suites du Covid-19. Sa fille, la rappeuse Liza Monet, annonce la nouvelle. L’éloge vient du monde entier : Dally Kimoko, Mav Cacharel, des millions de fans saluent l’homme qui a fait du soukous une musique universelle.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Africa Mousso (Femme d’Afrique) | 1986 | Le tube qui lance Mabélé et lui vaut le Maracas d’or |
| Extra Ball | 1991 | Sommet de la coopération Mabélé-Dibala avant la rupture |
| Embargo | 1991 | Après la séparation avec Dibalo, Mabélé confirme avec Dally Kimoko |
Héritage et influence
Aurlus Mabélé a été l’un des architectes du soukous moderne. En cassant les codes de l’introduction lente pour plonger dans le sebene, il a ouvert la voie à un son plus direct qui a conquis les clubs du monde entier. Ses albums circulent encore sur les scènes et les plateformes, et la musique qu’il a incarnée – ce soukous enfiévré où se croisent rumba congolaise, influences caribéennes et funk américain – reste un pilier de la musique africaine. Liza Monet, sa fille rappeuse, perpétue en outre cette tradition à travers sa propre musique.
Sources et références
- « Aurlus Mabélé », Wikipédia en français, https://fr.wikipedia.org/wiki/Aurlus_Mab%C3%A9l%C3%A9, consulté le 19 octobre 2025.
- « Aurlus Mabélé », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Aurlus_Mab%C3%A9l%C3%A9, consulté le 19 octobre 2025.
- « Aurlus Mabele, Congolese King of Soukous Music, Dies at 66 », The New York Times, https://www.nytimes.com/2020/03/23/world/africa/aurlus-mabele-dead-coronavirus.html, consulté le 19 octobre 2025.
- « Aurlus Mabele: A ‘King of Soukous’ Dies at 67 », Afropop Worldwide, https://www.afropop.org/articles/king-of-soukous-aurlus-mabele-dies-at-67, consulté le 19 octobre 2025.
- « Remembering Three Towering African Musicians », MoMA Magazine, https://www.moma.org/magazine/articles/332, consulté le 19 octobre 2025.
- « Aurlus Mabélé », SACEM Musée, https://musee.sacem.fr/index.php/Detail/entities/20161, consulté le 19 octobre 2025.
- « Manu Dibango And Aurlus Mabele, Two West African Musical Giants, Die Of COVID-19 », NPR, https://npr.org/transcripts/820957249, consulté le 19 octobre 2025.


















