Biographie
Baco : le rasta de Mayotte qui a fait vibrer l’océan Indien
En 1977, à Mayotte, un garçon de dix ans s’arrête devant une affiche de Bob Marley1. Trente ans plus tard, Baco Mourchid est l’un des visages les plus singuliers du reggae francophone, chantant en quatre langues et mêlant la guitare gabousy aux accords jamaïcains. De Moroni à Paris, du métro aux studios, cet artiste est un nomade culturel qui a renoué les fils entre l’océan Indien et le monde.
En bref
| Nom complet | Baco Mourchid, dit « Baco » |
| Naissance | 1er janvier 1966, Bandrélé, Mayotte2 |
| Origines | Père mahorais vendeur de cordes, mère malgache3 |
| Domaine | Reggae, ska, blues, mgodro4 |
| Instruments | Guitare, gabusi (variante comorienne du qanbüs), chant |
| Œuvres emblématiques | Martyr’s Blues, Kinky Station, Rocking My Roots |
| Distinctions | Ambassadeur de la musique comorienne en France |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1966 | Naissance à Bandrélé, Mayotte |
| 1977 | Découverte de Bob Marley à dix ans |
| 1979 | Départ pour Ngazidja (Grande Comore) après le décès de son père |
| 1985 | Arrive en France, chante dans le métro parisien |
| 1990 | S’installe à Paris, rencontre Manjul |
| 1998 | Sortie de Karakalala, premier album solo |
| 2003 | Martyr’s Blues avec Manjul, affirmation du reggae océan Indien |
| 2006 | Hadisi, septième album dédié à l’identité océan Indien |
| 2010 | Kinky Station, album du Baco Hiriz Band inspiré du métro |
| 2020 | Rocking My Roots, triptyque fusion rock-reggae-rap |
De Mayotte à Paris : les racines d’un rebelle
Baco Mourchid naît le 1er janvier 1966 à Bandrélé, sur l’île de Mayotte. Son père mahorais est vendeur de cordes et sa mère malgache lui transmet la culture bantoue. Il grandit bercé par les influences swahili, arabes et malgaches qui ont façonné l’identité comorienne. À dix ans, il découvre Bob Marley sur une affiche5. Le reggae entre dans le répertoire des bals locaux, et Baco s’empare d’une guitare chaque fois qu’il le peut.
En 1979, à treize ans, il quitte Mayotte pour Ngazidja (Grande Comore) après le décès de son père. Sa vie à Moroni est rude : il abandonne sa scolarité, vend de l’eau chez les bourgeois6. Au Rotary Club de Moroni, il joue Marley avec la formation du directeur des impôts, fréquenté par les coopérants kenyans et tanzaniens. Ce lieu lui ouvre aussi l’anglais et un nouvel univers musical. Après une année à La Réunion, il arrive en France en 1985 et chante dans le métro parisien. En 1990, il s’y installe définitivement et y rencontre Manjul, enfant de Barbès qui deviendra son complice musical.
Construire son empire musical
Baco publie Karakalala en 1998, puis Questions en 2000. Ces albums afro-blues révèlent un artiste inspiré par les forêts de Comores et la ville de Paris, mais le reggae y est discret — quatre titres à contre-cœur par la maison de disques Cobalt. En 2003, Baco et Manjul libèrent leur jardin secret avec Martyr’s Blues, un album au son roots profond7.
Mais Baco ne se contente pas de chanter. Il se forme comme ingénieur du son à l’Opéra de Paris, apprend la production assistée par ordinateur. En 2004, il fonde son label Hiriz Records8. Il signe plusieurs artistes et produit des enregistrements qui rayonnent dans tout l’océan Indien.
Le septième album, Hadisi (2006), est entièrement voué aux courants océan Indien9. Le titre renvoie à la palabre, au dialogue entre les îles de l’archipel. Il y joue le gabousy (petite guitare afro-arabe), le marovany (cithare malgache) et le ngoma (tambour), tout en invitant des artistes comme Keziah Jones, Yungchen Lhamo ou Wally Badarou.
En 2010, le Baco Hiriz Band publie Kinky Station, enregistré en deux ans10. Quatorze pistes, une pour chaque ligne du métro parisien. Le reggae y rencontre les influences cosmopolites de la capitale, salué comme du « Parisian reggae » authentique.
Son projet le plus ambitieux, Rocking My Roots (2020), est un triptyque en sept ans de réflexion11. Il y fusionne rock, reggae et rap avec le tambour africain, dans une quête des racines qui « ramène Chuck Berry chez lui » et « ramène Afrika Bambaataa en Afrique ».
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Karakalala | 1998 | Premier album solo, afro-blues ancré dans les traditions comoriennes |
| Questions | 2000 | Révélation publique, mêle culture insulaire et protest song |
| Martyr’s Blues | 2003 | Collaboration avec Manjul, affirmation du reggae océan Indien |
| Hadisi | 2006 | Album tout entier dédié à l’identité océan Indien |
| Kinky Station | 2010 | Album du Baco Hiriz Band, reggae parisien et métro comme métaphore |
| Rocking My Roots | 2020 | Triptyque monumental, fusion rock-reggae-rap et tambour africain |
Héritage
Baco est devenu un nom de référence pour la musique comorienne en France12. Son engagement à former les jeunes artistes et à fonder son propre label en font un modèle pour toute une génération. La « voix caverneuse » qui résonnait dans les couloirs du métro parisien habite aujourd’hui des albums salués de Paris à Mayotte.
Son répertoire, plurilingue, continue de célébrer le métissage qui est la force des îles de l’océan Indien. L’artiste « enfant de pirates », comme il aime à se définir, n’a cessé de traverser les mers musicales.
Sources et références
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Baco Mourchid, Wikidata Q2878445, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎
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Baco (chanteur), Wikipédia français, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎
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RateYourMusic, Baco — Comorian Music / Reggae, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎
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Discogs, Mourchid Baco profile, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎
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RFI Musique, Baco, de Mayotte au reggae, par Bertrand Lavaine, 12 janvier 2004 ↩︎
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Music In Africa, Baco and Urban Plant to release triple album, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎
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RFI Musique, Baco, le rasta de Mayotte, par Daniel Lieuze, 13 décembre 2006 ↩︎
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RFI Musique, Baco organise le rapatriement musical, 24 août 2020 ↩︎
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France Inter, Mayotte : rencontre avec Baco, L’Heure Ultramarine, 22 juillet 2011 ↩︎
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Hiriz Records, label fondé par Baco en 2004, site officiel ↩︎
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La 1ère France Info, Le chanteur Baco à Mayotte présente Rocking my Roots, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎
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France Inter, Mayotte : rencontre avec Baco, L’Heure Ultramarine, 22 juillet 2011 ↩︎




