Biographie
Barbarito Diez : la voix d’or du danzón
Alors que le mambo explosait dans les cabarets de La Havane, une voix d’une clarté cristalline s’imposait sans chercher la ruée médiatique. Debout, costumé, immobile, Barbarito Diez livrait chaque note avec une précision qui rendait superflus les gestes inutiles1.
En bref
| Nom complet | Bárbaro Diez Junco |
| Naissance | 4 décembre 1909, Bolondrón, Matanzas, Cuba |
| Décès | 6 mai 1995, La Havane, Cuba |
| Surnom | « La Voz de Oro del Danzón » |
| Domaine | Danzón et bolero cubain |
| Instrument | Voix de ténor |
| Labels | Panart, EGrem |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1909 | Naissance à Bolondrón, village de canne à sucre |
| 1913 | La famille s’installe à Manatí, dans l’Est cubain |
| 1927 | Débuts au trío Los Gracianos |
| 1935 | Intégration de l’orchestre d’Antonio María Romeu |
| 1955 | Direction de l’orchestre après la mort de Romeu |
| 1977-1980 | Albums Barbarito Díez canta a Venezuela |
| 1990 | Retraite pour raisons de santé |
| 1995 | Décès à La Havane |
Du sucre à la gloire
Bárbaro Diez Junco naît le 4 décembre 1909. Dans un hameau de canne à sucre, Bolondrón, en province de Matanzas, il est le seul enfant d’Eugenio Diez et Salustiana del Junco. À quatre ans, la famille s’installe au central Manatí. Le jeune Bárbaro y découvre la musique intuitivement, chantant les titres du Trio Matamoros. Dès l’école primaire, un professeur repère sa voix. Son père voulait en faire un tailleur2.
La destinée se noue lorsqu’un guitariste de passage, Carlos Benedelli, recherche un chanteur. Barbarito se produit au théâtre de Manatí et au port. À quatorze ans, il est déjà un artiste reconnu. En 1930, il part pour La Havane comme ouvrier du bâtiment. Un ami le présente à Graciano Gómez, qui l’intègre au trío Los Gracianos2. C’est le début de la vie professionnelle.
Le café Vista Alegre, sur l’angle de San Lázaro et Belascoaín, devient leur quartier général. Antonio María Romeu, surnommé « El Mago de las Teclas », les remarque. Romeu vient de perdre son chanteur Fernando Collazo. Graciano recommande Barbarito. L’audition est convaincante3. En 1936, à vingt-sept ans, il entre dans l’orchestre de Romeu.
Le danzón — né à Matanzas au XIXe siècle à partir de Las Alturas de Simpson de Miguel Failde — est alors principalement un rythme instrumental. Barbarito introduit la voix comme protagoniste, transformant le danzón en une expérience plus intime. Il fait sa première prise en 1937. L’orchestre Panart publiera une série de neuf volumes intitulée Así Cantaba Cuba, qui documente l’essentiel de son répertoire2.
Consécration et héritage
Sa réputation de « Voz de Oro del Danzón » dépasse les frontières cubaines. Il se produit en République dominicaine, au Mexique, à Porto Rico, aux États-Unis et au Venezuela, où il conquiert un public immense. Un de ses disques se vend à 30 000 exemplaires au Venezuela. En 1977 et 1980, il publie deux volumes Barbarito Díez canta a Venezuela, entièrement dédiés à des mélodies vénézuéliennes. Son unique album de boleros, avec la Rondalla Venezolana en 1984, inclut “Frenesí” et “Idolatría”2.
Les frictions internes poussent Barbarito à dissoudre son orchestre dans les années 1980. Le diabète s’installe et le contraint à arrêter. En 1988, on lui décerne l’ordre Félix Varela de 1re classe. Il s’éteint le 6 mai 19951.
Chaque année, le festival Barbarito Diez se tient à Manatí. Pablo Diez, son fils médecin, dirige l’Orquesta Barbarito Diez. « Aun después de muerto, Barbarito continúa siendo la voz del danzón ». Un homme sans formation académique, issu du peuple de la canne à sucre, qui par son talent pur et sa discipline a conquis Cuba, le Venezuela et les États-Unis2.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Así Cantaba Cuba (Panart, 9 vol.) | 1937-1970 | Le catalogue de référence du danzón cubain |
| Barbarito Díez canta a Venezuela Vol. 1 | 1977 | Hommage à un public qui l’a acclamé |
| Barbarito Díez con La Rondalla Venezolana | 1984 | Son unique album de boleros |
| “Las perlas de tu boca” | ~1940 | Classique immortel du cancionero cubain |
| “Lágrimas negras” | ~1940 | Chef-d’œuvre de Matamoros dans sa version |
Héritage
Barbarito Diez a changé le danzón en lui donnant une voix. Ce genre, né à Matanzas à la fin du XIXe siècle comme rythme de danse instrumental, est devenu avec lui une musique chantée et intime. Son style a influencé les interprètes cubaines suivantes. Son exemple reste celui d’un artiste populaire cubain par excellence.

