Clément Masdongar

Clément Masdongar

Individu

Origine

Biographie

Clément Masdongar : l’homme aux mille visages du Tchad à l’international

En 1982, dans la carrière de pierre près d’Avignon, un Tchadien de vingt-quatre ans incarne l’Ange de la mort dans L’Os de Birago Diop, mis en scène par Peter Brook. L’année suivante, Brook l’appelle pour le Mahabharata, cette œuvre monumentale de neuf heures qui fera le tour du monde. Ce jeune danseur au saroual troqué contre un collant va bientôt devenir une figure singulière de la scène francophone — auteur-compositeur, pianiste, balafoniste, peintre, acteur — un homme dont le destin semble tracé à la croisée de l’Afrique et de l’Europe.

En bref

Nom complet Clément N’Gar Ygam Masdongar
Naissance 1955 ou 1958, Fort-Lamy (aujourd’hui Ndjamena, Tchad)
Domaine Musique (folk tchadien, world music, folk rock), danse, théâtre, peinture
Instruments Balafon, piano, batterie
Œuvres emblématiques Mariam (1988), Anastasia (1990), Let The Sunshine (2001)
Distinctions Prix Découvertes RFI (1983, 1987), Prix des auditeurs RFI, Maracas d’Or, Prix Euro-Asie (Kazakhstan)

Dates clés

Année Événement
~1967 Engagé comme chanteur dans l’Orchestre National du Tchad (moins de dix ans)
~1970 Intègre le Ballet National ; tourne dans tout le pays
1977 Maurice Béjart le sélectionne pour New York Blues
1981 S’installe en France sur un contrat de danse avec Béjart
1982 Joue dans L’Os de Birago Diop adapté par Peter Brook
1985-1989 Participe au Mahabharata de Brook (pièce puis film)
1988 Sortie de Mariam ; prix RFI des auditeurs
1990 Anastasia, album phare avec Remy Walter
1995 Sept en attente
2001 Let The Sunshine, version remixée de Siya
2014 Ouest Foire, dernier album identifié

Parcours

Clément N’Gar Ygam Masdongar grandit à Fort-Lamy — la capitale qui deviendra Ndjamena. Les années 1960 et 1970 voient le Tchad basculer dans des conflits qui déchireront le pays. Sylvie Clerfeuille rapporte dans Afrisson qu’il se réfugie dans les égouts lorsque les combats se déchaînent. Mais la musique prévaut : à moins de dix ans, il est intégré à l’Orchestre National du Tchad comme chanteur. Il reçoit des cours de batterie et compose « Adama chili saba » (« Adama prend patience » en arabe-choa, une langue du Tchad).

À douze ans, il intègre le Ballet National et parcourt le pays. En 1977, Maurice Béjart le sélectionne pour New York Blues, où il incarne Cab Calloway. Au Mudra de Dakar — l’école de Béjart et Germaine Acogny — il s’initie au piano. En 1981, il s’installe en France. Béjart, dit-il, « c’est un grand maître ».

Sa carrière théâtrale décolle en 1982 avec L’Os de Birago Diop, adapté par Peter Brook. Trois ans après, Brook l’intègre au Mahabharata, la fresque de neuf heures montée près d’Avignon. « C’était passionnant mais harassant », confie-t-il. « Peter Brook répétait qu’il fallait s’investir dans la pièce, ne pas se disperser. Or, mon tempérament me pousse au contraire à mener plusieurs activités artistiques de front. C’est pourquoi je suis parti. » (RFI Musique, 2001)

Si le théâtre constitue sa porte d’entrée vers l’international, c’est la musique qui fait son nom. Rabina, son premier single (1983), est porté par un piano et un saxophone qui annoncent ses fusions. Mariam (1988) est enregistré au Kilimanjaro International Records — Washington puis Paris, un trajet imposé aux artistes africains de l’époque — et lui vaut le Prix des auditeurs RFI, le Maracas d’Or et le Prix Euro-Asie au Kazakhstan.

En 1990, Anastasia, produit par le label Wanted et coécrit avec Remy Walter de Guesh Patti, mêle folk tchadien et arrangements rock. « Anastasia, c’est aussi l’évocation de nombre de thèmes chers à l’auteur comme l’alcoolisme, les femmes, Dieu et la réconciliation nationale du peuple tchadien », explique-t-il (RFI). Cet album, distribué en Europe, établit Masdongar comme l’une des voix les plus authentiques de la world music francophone.

Les années 1990 voient paraître Le cercle de minuit (1992) et Sept en attente (1995). Aucune œuvre n’atteint la résonance d’Anastasia. En 2000, la faillite de son label Wanted plonge sa carrière dans un silence. Siya (1995), déçu, ressort en 2001 sous le titre Let The Sunshine, remixé avec deux nouveaux titres. « Pour moi ces différentes disciplines sont complémentaires », déclare-t-il. « La musique, la danse, la comédie et la peinture sont mes passions favorites. Je suis un arbre où il y a plusieurs branches. » En 2014, Ouest Foire paraît — dernier album identifié. La carrière n’a jamais été close, mais le silence a repris.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Rabina (single) 1983 Premier enregistrement ; piano et saxophone annoncent les fusions
Mariam 1988 Premier album, prix RFI ; enregistré à Washington et Paris
Anastasia 1990 Album phare ; fusion folk tchadien-rock ; reconnaissance internationale
Sept en attente 1995 Dernier album avant la faillite du label

Héritage

Clément Masdongar reste une figure singulière de la diaspora africaine. Son parcours — du Ballet National du Tchad aux planches de Peter Brook, du balafon au piano, du théâtre à la chanson — illustre une liberté artistique que peu d’artistes de sa génération ont osée poursuivre avec constance. Anastasia demeure une référence dans le paysage de la world music française. Même à l’ombre de son silence, Masdongar continue d’être cité dans les histoires de la musique tchadienne comme l’un des visages les plus attachants d’un pays dont la musique est restée, malgré les tourments politiques, une voix de paix.

Sources et références

  1. Sylvie Clerfeuille et Nago Seck Mis, « Clément Masdongar », Afrisson, 7 mai 2007, mis à jour le 29 août 2022, https://www.afrisson.com/clement-masdongar-148/, consulté le 24 octobre 2026.
  2. Patrick Labesse, « Clément Masdongar », RFI Musique, 4 janvier 2001, https://musique.rfi.fr/musique/20010104-clement-masdongar.html, consulté le 24 octobre 2026.
  3. « Clément Masdongar », RFI Musique, 12 novembre 2007, https://musique.rfi.fr/musique/20071112-clement-masdongar.html, consulté le 24 octobre 2026.
  4. « Clément Masdongar », Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_Masdongar, consulté le 24 octobre 2026.
  5. « Music of Chad », Wikipedia (EN), https://en.wikipedia.org/wiki/Music_of_Chad, consulté le 24 octobre 2026.
  6. « The Mahabharata (1989 film) », Wikipedia (EN), https://en.wikipedia.org/wiki/The_Mahabharata_(1989_film), consulté le 24 octobre 2026.
  7. « The Mahabharata (play) », Wikipedia (EN), https://en.wikipedia.org/wiki/The_Mahabharata_(play), consulté le 24 octobre 2026.
  8. « Recording industry in Chad », Music in Africa, https://musicinafrica.net/magazine/recording-industry-chad, consulté le 24 octobre 2026.
  9. « Clément Masdongar », WorldCat / EMI, https://worldcat.org/identities/viaf-126847008, consulté le 24 octobre 2026.