Biographie
D’Gary : le magicien de la guitare malgache
Sur une scène bondée de Hyde Park, à Londres, en juin 2008, un homme se tient seul avec sa guitare acoustique. Quarante-six mille personnes l’attendent pour le concert 46664, l’hommage à Nelson Mandela, au milieu d’artistes comme Joan Baez et Amy Winehouse. Il s’avance, accorde ses cordes d’une manière qui défie toute logique, et laisse éclater des mélodies que personne n’a jamais entendues. Ce guitariste est D’Gary, et pour les amateurs de guitare du monde entier, il est un magicien1.
En bref
| Nom complet | Ernest Randrianasolo |
| Nom de scène | D’Gary |
| Naissance | 22 octobre 1961, Antananarivo, Madagascar |
| Domaine | Guitare acoustique, chant |
| Style(s) | Tsapiky, musique malgache |
| Œuvres emblématiques | Malagasy Guitar, Horombe, Akata Meso |
| Distinctions | Concert 46664 (Nelson Mandela, Hyde Park, 2008) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1961 | Naissance à Antananarivo, d’ethnie Bara |
| 1978 | Découverte des funérailles Bara à Betroka |
| 1979 | Premier 45 tours avec Discomad |
| 1988 | Mécénat de Dida, qui le loge et lui prête une guitare |
| 1991 | Malagasy Guitar enregistré avec Lindley et Kaiser |
| 1993 | Festival de Louisiane ; sortie de Malagasy Guitar |
| 1996 | Horombe avec le groupe Jihe |
| 2002 | Akata Meso sur Label Bleu / Indigo |
| 2007 | International Guitar Night, 40 dates en Amérique du Nord |
| 2008 | Concert 46664, Hyde Park, pour les 90 ans de Mandela |
| 2009 | Tournée américaine avec Béla Fleck |
| 2017 | Toko Telo, trio avec Monika Njava et Joel Rabesolo |
Du havoria à la scène internationale
D’Gary, de son vrai nom Ernest Randrianasolo, appartient à l’ethnie Bara, ces gardiens de zébus qui parcourent les vastes plaines du centre-sud de Madagascar. À huit ans, sa famille quitte Antananarivo pour Tuléar. Les répétitions de son frère aîné, bassiste, attirent l’adolescent curieux qui se fabrique une guitare artisanale à treize ans. En 1978, sa famille retourne à Betroka. Un mois après le décès de son père, les funérailles Bara réunissent des musiciens payés en zébus. Pendant le havoria, dernière phase de la cérémonie, D’Gary entend les femmes chanter et pleurer en même temps — un moment fondateur dont toute sa musique future tirera son inspiration2.
En 1979, Discomad, la seule maison de disques de Madagascar, signe un premier 45 tours. En 1988, Dida, figure influente du monde musical malgache, le loge, le nourrit et lui prête une guitare. D’Gary abandonne son activité de musicien mercenaire pour se consacrer à son style propre. En 1991, les Américains David Lindley et Henry Kaiser l’entendent et veulent l’enregistrer. En une heure, il joue treize morceaux d’affilée. Le résultat est Malagasy Guitar – The Music from Madagascar, publié par Shanachie en 1993. Lindley le décrit comme « un guitariste monstre », tandis que Kaiser confie : « Je doutais de mes oreilles et de mes yeux. »2.
D’Gary devient l’artiste malgache le plus demandé sur le circuit international3. Avec Jihe, il publie Horombe (1996, Stern’s) où ses accords ouverts se mêlent à une orchestration riche. Akata Meso (2002, Label Bleu / Indigo) pousse plus loin l’exploration d’une guitare saturée inspirée du tsapiky. Il se produit au MASA d’Abidjan (1995), à la Cité de la musique à Paris (2001) et au Womad Singapour (2001).
En 2007, il parcourt l’Amérique du Nord avec l’International Guitar Night, un quatuor virtuose. En 2009, il tourne aux États-Unis avec Béla Fleck dans le cadre de Throw Down Your Heart. Après un retrait, il refait surface en 2017 avec Toko Telo, trio avec Monika Njava et Joel Rabesolo4.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Malagasy Guitar – The Music from Madagascar | 1993 | Premier album international ; révèle D’Gary au monde |
| Horombe (avec Jihe) | 1996 | Accords ouverts orchestrés avec richesse |
| Akata Meso | 2002 | Guitare saturée inspirée du tsapiky, solos raffinés |
| International Guitar Night II | 2007 | Quatuor éphémère, 40 concerts en Amérique du Nord |
| Toy Raha Toy | 2017 | Retour avec Toko Telo, trio mêlant tsapiky et jihe |
Héritage
D’Gary est un autodidacte absolu. Son parcours, de la cérémonie du havoria aux scènes internationales, montre comment une sensibilité ancrée dans les traditions baras peut résonner dans le monde entier. Le critique du Los Angeles Times le qualifiait en 2002 d’inventif virtuose. Derek Trucks des Tedeschi Trucks Band lui consacre un morceau et le cite comme source majeure d’inspiration. Quarante ans après ses premiers accords, D’Gary reste l’un des guitaristes les plus singuliers de la scène mondiale3.



