Biographie
Empire Bakuba : la force électrique du soukous zaïrois
C’est un spectacle inoubliable : un géant de deux mètres dix, le chanteur Pépé Kallé, se trémousse sur scène tandis qu’un petit homme surgit de derrière ses jambes. Emoro, le danseur nain, fait des acrobaties au milieu de la frénésie des guitares. C’est ainsi qu’Empire Bakuba conquiert l’Afrique francophone dans les années quatre-vingt, imposant un son qui refuse de rester sage.
En bref
| Nom | Empire Bakuba |
| Origine | Kinshasa, Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) |
| Genres | Rumba congolaise, soukous |
| Période | 1972–1998 |
| Membres fondateurs | Pépé Kallé, Papy Tex, Dilu Dilumona |
| Œuvres emblématiques | Moyibi, Trop c’est trop, Bombe atomique |
| Surnom du leader | « L’Éléphant de la musique africaine » |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1972 | Fondation du groupe à Kinshasa par le trio Kadima (Kallé, Dilu, Matolu) |
| 1973 | Premier vrai succès avec Nazoki sur le label Vévé |
| 1980 | Intégration de Djouna Mumbafu, futur atalaku (animateur de scène) |
| 1985 | Explosion avec Bombe atomique et Trop c’est trop, rythmes tribaux et guitares explosives |
| 1988 | Moyibi, collaboration avec Nyboma, best-seller continental |
| 1992 | Décès d’Emoro, danseur emblématique, lors d’un concert au Botswana |
| 1998 | Mort de Pépé Kallé, le 29 novembre, à Kinshasa — le groupe cesse ses activités |
Des quartiers de Kinshasa au soukous punk
Empire Bakuba naît de la fusion de trois formations qui se côtoient depuis l’enfance : African Choc, un groupe de quartier, et Lipua Lipua, un orchestre de renommée nationale. Pépé Kallé (de son vrai nom Jean Kabasele Yampanya), Papy Tex (Matolu Dode) et Dilu Dilumona forment le noyau qu’ils appellent Kadima — l’acronyme de leurs prénoms. En 1972, le batteur Afrisa Seskain Molenga les sollicite pour enregistrer sous le nom de Bakuba chez le producteur Verckys. Le groupe devient Empire Bakuba, hommage au royaume Kuba de la province du Kasaï, dont le chef était un homme aussi imposant que Kallé.
Leur son se distingue des autres orchestres de l’époque : loin du soukous parisien trop lissé, Empire Bakuba enracine sa musique dans les rythmes traditionnels du Zaïre, avec des cuivres puissants et des guitares qui claquent. Surnommés soukous punk par la presse locale, ils produisent quatre ou cinq albums par an dans leurs années fastes.
La consécration et les tournants tragiques
Au milieu des années quatre-vingt, Empire Bakuba devient incontournable. Bombe atomique (1985) et Trop c’est trop cristallisent un style qui va faire école : le kwassa kwasa, une danse que le groupe popularise et qui sera ensuite adoptée par des légendes comme Kanda Bongo Man et Koffi Olomide. Leurs prestations live sont des spectacles — Kallé, imposant et charismatique, commande une foule, tandis que Djouna Mumbafu, l’atalaku, improvise des chants en direct pour exciter la salle.
Mais le succès cache des drames. En 1992, Emoro s’éteint d’une crise cardiaque sur scène au Botswana. Le groupe lui rend hommage avec la chanson Mamie. La mort de Pépé Kallé, le 29 novembre 1998, dans sa clinique de Ngaliema, sonne le glas. Papy Tex, grièvement blessé dans un accident de voiture à Bruxelles quelques semaines plus tard, ne parvient pas à relancer le groupe. Il reste alité pendant un an et, lorsque ses forces reviennent, il est déjà trop tard pour sauver l’Empire.
Discographie essentielle
| Album | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Bombe atomique | 1985 | L’album qui définit le son soukous d’Empire Bakuba — rythmes tribaux, guitares explosives |
| Trop c’est trop | 1985 | Le succès populaire qui lance le kwassa kwasa comme phénomène culturel |
| Moyibi (avec Nyboma) | 1988 | Collaboration mythique, best-seller traversant tout le continent |
| Gigantafrique | 1990 | Preuve que le groupe maîtrise aussi les tournées internationales, de l’Europe aux États-Unis |
| Savoir vivre | 1995 | Dernier grand album du classic empire, un condensé de leur maturité artistique |
Héritage et influence
Empire Bakuba a ouvert la voie à tout un pan de la rumba congolaise moderne. Le kwassa kwasa, inventé par leurs guitaristes, est devenu une danse africaine universelle. Le souffle punk du groupe — cette volonté de dévorer la rumba traditionnelle à une vitesse jamais atteinte — a directement inspiré les générations suivantes, de Kanda Bongo Man aux artistes de soukous actuels. Aujourd’hui encore, des rééditions de leurs albums circulent et de jeunes producteurs congolais s’identifient à leur audace.
Sources et références
- « Empire Bakuba », Wikipédia (français), https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_Bakuba, consulté le 19 octobre 2026.
- « Empire Bakuba », Wikipedia (English), https://en.wikipedia.org/wiki/Empire_Bakuba, consulté le 19 octobre 2026.
- Frank Bessem, « Empire Bakuba & Pepé Kallé », Musiques d’Afrique, https://www.musiques-afrique.net/rdc/art-bakuba.html, consulté le 19 octobre 2026.
- « Biography of Empire Bakuba », Jabulani Radio, https://www.jabulaniradio.com/news/biography-of-empire-bakuba-102, consulté le 19 octobre 2026.
- Jacobs Odongo Seaman, « 20 years after Pepe Kalle’s death, where are Empire Bakuba stars? », The Monitor (Uganda), https://www.monitor.co.ug/uganda/lifestyle/entertainment/20-years-after-pepe-kalle-s-death-where-are-empire-bakuba-stars--1797774, consulté le 19 octobre 2026.
- « Empire Bakuba », AllMusic, https://www.allmusic.com/artist/empire-bakuba-mn0001176880, consulté le 19 octobre 2026.

























