Kassé Mady Diabaté

Kassé Mady Diabaté

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Kassé Mady Diabaté : la voix d’or des griots mandingues

Dans un salon de Bamako, un homme entre sans un mot. Il se tient là, droit et modeste, avant de s’asseoir et de laisser partir une voix veloutée qui semble sortir d’un autre temps. Kassé Mady Diabaté — la « voix d’or du Mali » — ne parlait guère ; il chantait. Et ce chant, baritonal et intime, portait en lui cinq décennies de musique ouest-africaine, du jeliya ancestral du mandingue aux expérimentations fusionnées de Paris.

En bref

Nom complet Kassé Mady Diabaté
Naissance 1949, Kéla (Kangaba), Mali
Décès 24 mai 2018, Bamako, Mali
Domaine Musique mandingue (chanteur, griot)
Œuvres emblématiques Kelanj Kan, Kassi Kassé, Kiriké
Distinctions Nommé aux BBC Radio 3 Awards for World Music (2003) ; nomination aux Grammy Awards (2004)

Dates clés

Année Événement
1949 Naissance à Kéla, village des griots
1970 Premier chant avec Super Mandé de Kangaba ; victoire à la Biennale
1973 Rejoint Las Maravillas de Mali, le groupe des musiciens maliens revenus de Cuba
1976 Le groupe devient le National Badéma du Mali ; succès dans toute l’Afrique de l’Ouest
1988 Part pour Paris ; enregistre son premier album solo Fodé
1990 Sortie de Kelanj Kan, album acoustique de jeliya traditionnelle
1994 Participation à Songhai 2 de Toumani Diabaté
1998 Retour au Mali ; collaboration avec Taj Mahal et Toumani Diabaté sur l’album Kulanjan
2002 Sortie de Kassi Kassé, produit par Lucy Duran et enregistré à Kéla
2004 Nomination aux Grammy Awards pour Kassi Kassé
2009 Manden Djeli Kan sur Universal France ; Chamber Music avec Ballaké Sissoko et Vincent Ségal
2014 Dernier album, Kiriké, paru sur Six Degrees Records

Du jeliya au badéma : les chemins d’un chant

Kassé Mady Diabaté naît en 1949 à Kéla, village de la région de Koulikoro, capitale des djelis — musiciens et conteurs héréditaires de l’empire mandingue. La famille Diabaté est l’une des deux plus grandes familles de djelis — musiciens et conteurs héréditaires — de l’empire mandingue. Son arrière-grand-père, Bintou ‘Amma, était un maître du ngoni ; son oncle, Siramori Diabaté, est une griotte renommée. À sept ans, des aînés de la famille incluant Siramori reconnaissent chez lui le don vocal de son aïeul et l’initient à la tradition jeliya.

En 1970, il entre comme chanteur au Super Mandé de Kangaba, orchestre régional dirigé par son frère aîné Abdoulaye Diabaté. La formation remporte la Biennale, un concours national organisé par le gouvernement malien dans le cadre de la politique d’authenticité culturelle. Sa voix attire les oreilles de Las Maravillas de Mali, groupe de musiciens formés à La Havane. En 1973, Kassé Mady les rejoint comme chanteur principal. Le groupe, renommé National Badéma du Mali à partir de 1976, fusionne le répertoire mandingue avec les rythmes cubains et triomphe dans toute l’Afrique de l’Ouest.

La quête d’un son propre : de Paris à Kéla

En 1988, Kassé Mady quitte le Mali et s’installe à Paris. Sous la production du Sénégalais Ibrahima Sylla, il publie en 1989 Fodé, album pop qui puise dans sa formation de griot. L’année suivante, Kelanj Kan revient aux sources : jeliya acoustique, ngoni, balafon, et une version épurée du thème ancestral “Kulanjan”. Ces deux disques le placent au cœur d’un nouveau son malien.

Le retour au Mali à la fin des années 1990 marque une nouvelle ère. Sur Songhai 2 (1994) de Toumani Diabaté, puis sur Kulanjan (1999) avec Taj Mahal et Toumani Diabaté, il tisse des ponts entre tradition mandingue, jazz et blues. Cet album devient l’un des favoris de Barack Obama. Son album autobiographique Kassi Kassé (2002), produit par Lucy Duran et enregistré à Kéla avec Toumani à la kora, vaut au disque une nomination aux Grammy Awards en 2004.

Un héritage griot

Kassé Mady Diabaté meurt le 24 mai 2018 à Bamako, à l’âge de 69 ans, des suites d’un accident vasculaire cérébral. Salif Keita l’avait surnommé « le plus grand chanteur du Mali ». Sa fille Hawa Kassé Mady Diabaté poursuit la tradition dans Trio Da Kali. Son œuvre — du National Badéma fusionné à la chambre acoustique de Kiriké avec Ballaké Sissoko et Vincent Ségal — reste un pont entre l’ancien et le moderne, entre le jeliya des cours royales et la scène mondiale.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Kelanj Kan 1990 Retour aux sources jeliya ; acoustique intime avec ngoni, balafon et simbi
Kassi Kassé 2002 Album autobiographique nommé aux Grammy ; rencontre entre Kassé Mady et Toumani Diabaté
Manden Djeli Kan 2009 Salué par la presse internationale ; acoustique abouti
Kiriké 2014 Dernier album ; collaboration avec Ballaké Sissoko, Lansiné Kouyaté et Vincent Ségal

Héritage

Kassé Mady Diabaté a incarné la modernité du griot sans jamais renier ses racines. De la fusion latino-mandingue du National Badéma à l’acoustique raffiné de Kiriké, sa carrière dessine un demi-siècle de l’histoire musicale malienne. Les critiques ont célébré sa voix comme un instrument à part entière, plus douce et intime que les grands chants de louange griot traditionnels. Avec la génération de Salif Keita, il a ouvert la voie aux griots contemporains qui naviguent entre scènes africaines et festivals mondiaux. Sa fille Hawa, membre de Trio Da Kali, perpétue et réinvente cet héritage pour une nouvelle génération.

Sources et références

  1. « Le griot Kassé Mady Diabaté, “la voix d’or du Mali”, est mort », Radio France internationale, https://www.rfi.fr/afrique/20180525-mali-deces-griot-kasse-mady-diabate, consulté le 22 octobre 2025.
  2. « Disparition de Kassé Mady Diabaté, la voix d’or du Mali », Le Figaro, https://www.lefigaro.fr/musique/2018/05/25/03006-20180525ARTFIG00302-disparition-de-kasse-mady-diabate-la-voix-d-or-du-mali.php, consulté le 22 octobre 2025.
  3. « Décès de Kassé Mady Diabaté », Jeune Afrique, https://www.jeuneafrique.com/562632/culture/deces-de-kasse-mady-diabate-une-grande-voix-du-mali-sest-eteinte/, consulté le 22 octobre 2025.
  4. Banning Eyre, « Kasse Mady Diabaté Is Gone », Afropop Worldwide, https://afropop.org/articles/kasse-mady-diabat%C3%A9-is-gone, consulté le 22 octobre 2025.
  5. Ismail Akwei, « Mali mourns music icon Kassé Mady Diabaté who died aged 69 », Face2Face Africa, https://face2faceafrica.com/article/mali-mourns-music-icon-kasse-mady-diabate-who-died-aged-69, consulté le 22 octobre 2025.
  6. « Kassé Mady Diabaté », Six Degrees Records (site du label), https://sixdegreesrecords.com/kasse-mady-diabate, consulté le 22 octobre 2025.
  7. « Kassé Mady Diabaté », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Kass%C3%A9_Mady_Diabat%C3%A9, consulté le 22 octobre 2025.
  8. « Kasse Mady Diabaté », BBC News Africa, https://www.facebook.com/BBCnewsafrica/posts/acclaimed-malian-musician-kasse-mady-diabat%C3%A9-has-died-aged-69, consulté le 22 octobre 2025.
  9. Lucy Duran, « Liner notes for Kassi Kassé », World Circuit, 2002.
  10. Hawa Kassé Mady Diabaté, Trio Da Kali and the Mande Griot Tradition in the Era of the Global Griot, African Music, vol. 12, n° 1, 2015, JSTOR.

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