Lucky Dube

Lucky Dube

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Biographie

Lucky Dube : le reggae comme arme contre l’apartheid

Le 18 octobre 2007, à vingt heures, Lucky Dube sort de la voiture dans un quartier de Johannesbourg. Deux hommes lui barrent la route, exigent son Chrysler et tirent. L’artiste s’effondre sur le coup, devant les yeux effarés de ses deux enfants — seize ans et quinze ans — qu’il venait de déposer chez un oncle. En quelques secondes, l’Afrique perd sa voix reggae.

En bref

Nom complet Lucky Philip Dube
Naissance 3 août 1964, Ermelo (Transvaal, aujourd’hui Mpumalanga), Afrique du Sud
Décès 18 octobre 2007, Rosettenville (Johannesbourg), Afrique du Sud
Domaine Reggae, mbaqanga — la musique urbaine zouloue
Œuvres emblématiques Think About the Children, Slave, Prisoner, Respect
Distinctions Meilleur artiste africain aux World Music Awards 1996, International Artist of the Year aux Ghana Music Awards 2008

Dates clés

Année Événement
1964 Naissance à Ermelo, élevé par sa mère et sa grand-mère dans la pauvreté
1984 Rastas Never Die : premier virage reggae, censuré par l’apartheid
1985 Think About the Children : disque de platine, succès national
1987 Slave : 500 000 ventes mondiales
1993 Victims : premier million d’exemplaires
1995 Premier Sud-Africain signé chez Motown/Tabu Records
1996 World Music Awards à Monte-Carlo
2005 Concert au Live 8 de Johannesbourg
2007 Assassinat à Johannesbourg ; cinq inculpés condamnés à la prison à vie

Un reggae qui dit non à l’apartheid

Lucky Philip Dube naît le 3 août 1964 dans un hameau près d’Ermelo. Ses parents se séparent avant sa naissance ; sa mère Sarah confie le petit Lucky et ses deux frères à sa grand-mère, Sarah senior, figure tutélaire de son enfance. Elle l’appelle Lucky, la chance, car il a survécu à une grave maladie dans ses premiers mois. En zoulou, Dube signifie zèbre.

Lucky travaille comme jardinier avant même d’aller à l’école. Quand il entre enfin à l’école, il découvre la chorale, puis forme avec des amis le Skyway Band. À dix-huit ans, il intègre les Love Brothers, le groupe de son cousin Richard Siluma, qui jouent du mbaqanga — la musique pop zouloue dansante des townships. Ils signent chez Teal Records (devenue Gallo) et enregistrent Lucky Dube and the Supersoul (1982) pendant les vacances. Il ne signe ni paroles ni compositions. Mais il apprend l’anglais et écoute Jimmy Cliff, Peter Tosh et Bob Marley.

Sa mère craignait la musique, mais Lucky persiste. Dès Abathakathi (1984), il signe ses propres textes. Écoutant le reggae jamaïcain, il perçoit le lien entre les luttes anticoloniales des années 1970 et la réalité sud-africaine de l’apartheid.

En 1984, il enregistre en solitaire Rastas Never Die, jouant tous les instruments avec l’aide du technicien Dave Segal. Le disque se vend à 4 000 exemplaires — un désastre. Le régime apartheid le bannie pour ses textes anti-régime. Ce qui aurait pu briser un artiste renforce Lucky Dube. Il continue ses titres reggae en concert. Le public acclame ces nouvelles chansons. Il décide de sortir un second album entièrement reggae, sans en informer son label : Think About the Children (1985) devient un succès — platine en Afrique du Sud, disque d’or aux États-Unis.

L’ascension est fulgurante. Slave (1987) se vend à 500 000 exemplaires ; Prisoner (1989) et House of Exile (1991) remportent chacun quatre OKTV Awards. Victims (1993) franchit le seuil d’un million de disques. En 1995, il signe chez Motown — premier Sud-Africain dans l’histoire de cette légende du disque. Trinity, publié par Tabu, marque son entrée internationale. Premier artiste sud-africain au Reggae Sunsplash de Jamaïque en 1991, il revient l’année suivante pour une ovation de vingt-cinq minutes, partageant les scènes avec Sinéad O’Connor, Peter Gabriel et Sting.

En 1996, Serious Reggae Business lui vaut le titre de meilleur artiste africain aux World Music Awards de Monte-Carlo. Les Ghana Music Awards le nomment International Artist of the Year. Il reçoit cinq South African Music Awards, dont un Lifetime Achievement Award posthume en 2008. Chantant en zoulou, anglais et afrikaans, il refusait alcool et drogue — rare dans le reggae. Dans une interview, il disait simplement qu’être rasta pour lui était une conviction, une façon saine d’être. Respect (2006), distribué en Europe par Warner, fut son dernier album. Vingt-deux albums en vingt-cinq ans : il reste le reggae le plus vendu du continent.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Rastas Never Die 1984 Premier virage reggae, censuré par l’apartheid — le geste fondateur
Think About the Children 1985 Disque de platine, passage de la scène locale au succès international
Slave 1987 500 000 ventes mondiales, la traite et l’oppression au cœur du reggae
Victims 1993 Premier million d’exemplaires, hymne à la dignité des exclus

Héritage

Lucky Dube était un pont. Son reggae, teinté de rythmes mbaqanga, a ouvert la voie à des artistes africains qui voulaient parler de leur terre sans renoncer à l’universalité de la musique. Son nom reste une référence de Lagos à Nairobi, de Dakar au Caire.

Après sa mort, un concert rassemble une centaine d’artistes à Johannesbourg. Le président Thabo Mbeki condamne le meurtre. L’ANC qualifie l’assassinat d’acte lâche. Gramps Morgan lui consacre le morceau Always & Forever. Un prix biennal de reggae en Afrique du Sud porte désormais son nom. En 2026, le département de l’éducation de Mpumalanga inaugure le Lucky Dube Secondary School of Performing Arts à Ermelo. Les jeunes générations découvrent encore ses textes : contre l’oppression, contre le racisme, pour l’unité et l’espérance.

Sources et références

  1. Lucky Philip Dube — Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucky_Dube, consulté le 19 octobre 2025.
  2. Craig Harris, « Lucky Dube » (biographie), AllMusic, https://www.allmusic.com/artist/lucky-dube-mn0000255268, consulté le 19 octobre 2025.
  3. BBC Afrique, « Afrique du sud : Assassinat de Lucky Dube », https://www.bbc.co.uk/french/news/story/2007/10/071019_lucky_dube_afrique.shtml, consulté le 19 octobre 2025.
  4. « Biographie de LUCKY DUBE (1964-2007) », Encyclopædia Universalis, https://www.universalis.fr/encyclopedie/lucky-dube/, consulté le 19 octobre 2025.
  5. « Lucky Dube, South African Reggae Artist born », African American Registry, https://aaregistry.org/story/lucky-dube-a-south-african-reggae-artist/, consulté le 19 octobre 2025.
  6. « Lucky Dube — Biography », Legacy Official (luckydubelegacy.com), https://luckydubelegacy.com/biography/, consulté le 19 octobre 2025.
  7. « Five facts about reggae star Lucky Dube », Reuters, https://www.reuters.com/article/entertainmentNews/idUSL1913845120071019, consulté le 19 octobre 2025.
  8. « S. African reggae star shot dead », BBC News, https://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/7052050.stm, consulté le 19 octobre 2025.