Biographie

Mayra Andrade : la voix cosmopolite du Cap-Vert

À seize ans, Mayra Andrade remporte la médaille d’or au concours d’écriture de chansons des Jeux de la Francophonie à Ottawa. Vingt ans plus tard, elle se produit à l’Union Chapel de Londres, devant un public conquis par une musique qui refuse toute frontière. Née à La Havane, élevée entre le Sénégal, l’Angola et l’Allemagne, installée d’abord à Paris puis à Lisbonne, la chanteuse capverdienne incarne une génération nomade qui fait de l’océan son pont plutôt que sa prison1.

En bref

Nom complet Mayra Andrade
Naissance 13 février 1985, La Havane (Cuba)
Nationalité cap-verdienne
Genre(s) Morna, funaná, batuque, jazz, musique du monde
Instrument(s) chant, guitare
Langues créole capverdien, portugais, français, anglais
Distinctions Ordre du Volcan (1re classe, 2010), BBC Radio 3 World Music Awards (Newcomer, 2008)

Dates clés

Année Événement
1985 Naissance à La Havane, Cuba, de parents capverdiens
1990-2001 Enfance nomade : Sénégal, Angola, Allemagne
2001 Médaille d’or au concours des Jeux de la Francophonie à Ottawa
2002 Installation à Paris à 17 ans ; débute les cours de chant
2006 Sortie du premier album Navega
2008 Prix Newcomer aux BBC Radio 3 World Music Awards
2010 Album live Studio 105 ; Ordre du Volcan (1re classe)
2013 Lovely Difficult, album plus pop, nommé aux Victoires de la Musique
2016 Installation à Lisbonne
2019 Cinquième album, Manga
2024 reEncanto, album live enregistré à l’Union Chapel de Londres

Les racines, les genres et l’engagement

L’univers musical de Mayra Andrade s’est forgé bien avant son premier album. Son père, militaire engagé dans la guerre d’indépendance du Cap-Vert, avait obtenu que sa mère accouche à La Havane pour des raisons médicales. De retour au Cap-Vert, Mayra grandit sur l’île de Santiago, où elle passe environ deux mois par an2. Cette île est le fief du funaná et du batuque, deux styles percussifs et africains que l’élite coloniale dédaignait. C’est précisément cette musique-là qui captive la jeune femme.

Par le hasard des migrations, elle entend pour la première fois Césaria Évora à l’âge de douze ans. La « diva aux pieds nus » devient son mentor. « C’est le public qui décide s’il te met en haut ou s’il te laisse tomber », lui conseille-t-elle3. Mayra n’oubliera jamais. Plus tard, elle rencontrera Orlando Pantera, compositeur novateur qui renouvelait la musique capverdienne en fusionnant rythmes africains et mélodies portugaises. Quand Pantera meurt en 2001 à trente-trois ans, il n’a encore publié aucun album. Mayra choisit alors de chanter ses titres pour porter son héritage.

Son premier album, Navega, arrive en 2006. Acoustique et brut, il est enregistré au rythme de trois chansons par jour, chanté en créole capverdien avec une seule incursion en français, Comme s’il en pleuvait, écrit par le compositeur brésilien Tété. Le deuxième album, Stória, stória…, sorti en 2009, réunit une équipe de musiciens cosmopolite à Paris. Le Guinéen Djeli Moussa Diawara à la kora, le Camerounais Étienne M’Bappé à la basse, le Brésilien Marcos Suzano aux percussions. Il reçoit le prix de la Deutsche Schallplattenkritik et consolide la réputation internationale de Mayra. L’album live Studio 105 est enregistré en public à la Maison de la Radio de Paris en 20104.

Mais c’est avec Lovely Difficult (2013) que Mayra Andrade assume pleinement son métissage. Benjamin Biolay et Tété écrivent des textes pour elle ; Yael Naim, Piers Faccini et Hugh Coltman figurent parmi les invités5. L’album alterne créole, portugais, français et anglais. Il reçoit une nomination aux Victoires de la Musique dans la catégorie musique du monde.

Installée à Lisbonne depuis 2016, Mayra Andrade publie Manga en 2019, enregistré entre Abidjan et Paris, mêlant afrobeats, musique urbaine et rythmes traditionnels capverdiens. En 2024, reEncanto, enregistré en live à l’Union Chapel de Londres, rassemble vingt ans de carrière dans un projet intimiste à la guitare et à la voix, avec pour ambition de laisser une trace durable. « Si je devais disparaître aujourd’hui, je voudrais qu’on me découvre à travers cet album », confie-t-elle6.

Mayra Andrade n’est pas seulement une artiste : elle est une ambassadrice7. Depuis 2015, elle est marraine de la campagne « Free and Equal » des Nations Unies pour les droits LGBT au Cap-Vert, premier pays africain à lancer cette initiative. « L’homosexualité n’est pas criminalisée au Cap-Vert, mais il faut criminaliser la discrimination et l’homophobie », a-t-elle déclaré à la Radio ONU. Sa musique, en constante évolution, refuse les catégories et les frontières. Elle a collaboré avec Angelique Kidjo, Youssou N’Dour et l’Ivoirien 2B, et s’est produite au Barbican de Londres en ouverture du spectacle de Gilberto Gil. Mais son engagement le plus profond reste ancré dans sa langue et sa terre. « Je fais de la musique pour moi », dit-elle. « Je dois me surprendre moi-même sinon c’est ennuyeux. »

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Navega 2006 Premier album acoustique, roots capverdiens, titre de lancement
Stória, stória… 2009 Orchestre cosmopolite, prix Deutsche Schallplattenkritik
Studio 105 2010 Concert enregistré live à la Maison de la Radio de Paris
Lovely Difficult 2013 Tournant pop, Biolar et Tété, nomination aux Victoires
Manga 2019 Afrobeats et rythme urbain, mixage Abidjan-Paris
reEncanto 2024 Rétrospective en live, guitare et voix seule

Sources et références


  1. Wonderland Magazine, Mayra Andrade Talks reEncanto (Live at Union Chapel), 2024, consulté le 31 octobre 2024. ↩︎

  2. Wikipedia contributors, Mayra Andrade, Wikipédia, version du 23 septembre 2024, consulté le 31 octobre 2024. ↩︎

  3. Franceinfo, Mayra Andrade, la voix du Cap-Vert, 2013, consulté le 31 octobre 2024. ↩︎

  4. Wikipedia contributors, Mayra Andrade, Wikipédia en français, 13 février 2024, consulté le 31 octobre 2024. ↩︎

  5. The Sunday Times, Maya Jaggi, Mayra Andrade, voice of Cape Verde, 16 mars 2008, consulté le 31 octobre 2024. ↩︎

  6. RTS, Mayra Andrade, le renouveau solaire de la musique capverdienne, 2019, consulté le 31 octobre 2024. ↩︎

  7. ONU News, Mayra Andrade, Cabo Verde e direitos Lgbt, 11 décembre 2015, consulté le 31 octobre 2024. ↩︎

Vidéos