Michel Alibo

Michel Alibo

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Michel Alibo : la basse au carrefour des mondes

À Paris, en 1975, sur une scène africaine loin de son berceau martiniquais, un adolescent de seize ans tient sa première vraie tournée professionnelle en tant que bassiste. Il s’appelle Michel Alibo, et ce soir-là, il ne sait pas encore qu’il passe les quarante-cinq prochaines années à traverser les genres — jazz, zouk, funk, afro-soul, musique caraïbe — avec une basse qu’il baptisera bientôt « Alibo-Bass Machine », créant des ponts sonores entre les mondes que l’industrie musicale avait du mal à ranger dans une case.

En bref

Nom complet Michel Alibo
Naissance 14 avril 1959, Paris (France) ; d’origine martiniquaise
Domaine Jazz fusion, musique caraïbe (zouk, beguine), funk, afro-soul
Instrument Basse électrique (et contrebasse)
Groupes marquants Sixun, Sakiyo, Sakésho
Œuvres emblématiques Alibo (1986), Kintetik (1991)
Collaborations notoires Salif Keïta, Angélique Kidjo, Youssou N’Dour, Kassav, Michel Jonasz

Dates clés

Année Événement
1959 Naissance à Paris, d’origine martiniquaise
~1975 Tournée en Afrique avec Manu Dibango à seize ans
1983 Rencontre Mario Canonge à Paris ; début de collaboration durable
1985 Cofondation du groupe Sixun avec Paco Sery et Louis Winsberg
1988 Cofondation de Sakiyo avec Mario Canonge, pionnier du zouk fusion
1986 Premier album solo Alibo (Blue Silver)
~1998-2002 Cofondation du groupe Sakésho avec Mario Canonge, Andy Narell et Jean-Philippe Fanfant
2025-2026 Sortie de Poets of Forest et concert au New Morning pour 50 ans de carrière

Des origines martiniquaises à la scène parisienne

Michel Alibo voit le jour à Paris le 14 avril 1959 dans une famille d’origine martiniquaise. Grandissant dans le quartier latin de la capitale, il découvre très tôt les musiques qui traversent Paris : zouk, jazz, funk et musiques africaines. Il apprend la basse en autodidacte avec l’aide du guitariste Frank Curier, un apprentissage qui lui donnera plus tard cette fluidité remarquable à travers les styles — jazz, latino, caraïbe, africain.

Sa passion le propulse hors de Paris très tôt : à seize ans, il embarque pour une tournée en Afrique avec le saxophoniste camerounais Manu Dibango. Cette expérience africaine marque profondément son écoute et sa pratique instrumentale, lui ouvrant la porte du studio par les petits chantiers. Les années 1980 s’enchaînent, ses séances en studio se multiplient, et il côtoie les plus grandes scènes parisiennes.

En 1983, sa vie musicale bascule : il rencontre Mario Canonge à Paris. Les deux Martiniquais partagent la même passion pour les rythmes caraïbes, le jazz et la fusion. Cette rencontre fondera des décennies de collaboration commune, entre les deux artistes comme au sein de multiples projets.

Sixun et la révolution caraïbe-jazz

En 1985, Michel Alibo co-fonde le groupe Sixun avec le batteur Paco Sery et le guitariste Louis Winsberg, aux côtés du pianiste italien Jean-Pierre Como. Le groupe devient rapidement la formation jazz-fusion européenne la plus marquante de sa génération, parcourant les festivals du monde entier (à l’exception des États-Unis) pendant quatorze années et neuf albums. L’influence d’Alibo est décisive dans ce son : sa basse à la fois rythmique et mélodique, sa technique de pouce athlétique et de slap qu’il appelle « Alibass », créent un groove hypnotique qui fascine les mélomanes.

C’est aussi la période où il introduit son style funky et jazzy dans les grooves africains et le nouveau zouk antillais. En 1988, il cofonde avec Mario Canonge le groupe Sakiyo, qui innove sur la scène du zouk en y intégrant une dimension jazz fusion, et qui ouvre la voie à une nouvelle génération de musiciens antillais.

Après le démembrement de Sixun en 1998, Alibo multiplie les collaborations et projets. Il est l’un des bassistes de studio les plus sollicités à Paris, avec plus de 549 crédits Discogs — des apparitions chez Salif Keïta, Angélique Kidjo, Youssou N’Dour, Toure Kunda, Cheb Mami et bien d’autres. En 2002, il co-fonde Sakésho avec Mario Canonge, le steel-paniste nord-américain Andy Narell et le batteur Jean-Philippe Fanfant, publiant deux albums chez Heads Up International.

Œuvres majeures

Album Année Pourquoi c’est essentiel
Alibo 1986 Premières signatures du « Alibass » : groove funk-caraïbe qui préfigure sa carrière
Kintetik 1991 Fusion afro-latino-caraïbe — un album charnière dans sa trajectoire solo
Michel Alibo & New Sakiyo Corporation 1996 La maturité du son zouk-jazz, entre Sakiyo et Sixun
Sakésho (Sakesho) 2002 Le mariage du beguine avec le jazz et le steel pan — deux albums chez Heads Up

Héritage et influence

Michel Alibo demeure l’un des bassistes les plus influents mais aussi les plus sous-estimés du jazz et de la musique du monde. La presse spécialisée cite ses techniques dans l’évolution de la basse électrique, et des générations entières de bassistes jouent ses grooves sans nécessairement connaître son nom. En 2026, à l’occasion de ses cinquante ans de carrière professionnelle, Le Monde souligne son parcours atypique entre jazz, musiques afro-caribéennes et variété, tandis qu’il s’impose encore sur les scènes festivalières européennes — son album Poets of Forest avec Arnaud Dolmen (2025) et sa discographie récente attestent d’un musicien toujours en mouvement, passant des rythmes nord-africains aux styles de sa Martinique natale avec une curiosité insatiable.

Sources et références

  1. « Le bassiste Michel Alibo fête ses 50 ans de carrière au New Morning », Le Monde, https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/10/07/le-bassiste-michel-alibo-fete-ses-50-ans-de-carriere-au-new-morning_6789588_3246.html, consulté le 31 octobre 2026.
  2. « Michel Alibo — The Bassic Personification of World Fusion », All About Jazz, https://www.allaboutjazz.com/michel-alibo-the-bassic-personification-of-world-fusion-by-phil-dipietro, consulté le 31 octobre 2026.
  3. « Michel Alibo », Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Alibo, consulté le 31 octobre 2026.
  4. « Michel Alibo », Kribbean, https://www.kribbean.com/en/artists/michel-alibo, consulté le 31 octobre 2026.
  5. « Michel Alibo Artist », Discogs, https://discogs.com/artist/190453-Michel-Alibo, consulté le 31 octobre 2026.
  6. « Michel Alibo », Apple Music, https://music.apple.com/fr/artist/michel-alibo/55436722, consulté le 31 octobre 2026.