Oliver 'Tuku' Mutukudzi

Oliver 'Tuku' Mutukudzi

Individu

Origine

Biographie

Oliver « Tuku » Mtukudzi : le guitariste qui parlait au cœur du Zimbabwe

En 1999, à San Francisco, Oliver Mtukudzi découvre un public international. Sa guitare, grave et caressante, résonne comme un mbira — cet instrument à tiges métalliques, sorte de piano à pouces shona dont la mélodie scintillante imprègne la musique zimbabwéenne. Le style qu’il invente devient la Tuku Music, et son nom, celui d’une voix unique.

En bref

Nom complet Oliver Mtukudzi
Surnom « Tuku » (qui enrichit)
Naissance 22 septembre 1952, Highfield, Salisbury (Harare), Rhodésie du Sud
Décès 23 janvier 2019 (66 ans), Harare, Zimbabwe, des complications d’un diabète
Domaine Guitariste, chanteur, compositeur ; Afro Jazz et Tuku Music
Œuvres emblématiques Africa, Tuku Music, Neria (bande originale), Sarawoga
Distinctions Ambassadeur de bonne volonté UNICEF (2012), prix M-Net (1992), KORA Awards Lifetime Achievement (2003), trois doctorats honorifiques

Dates clés

Année Événement
1952 Naissance à Highfield, banlieue populaire de Harare, aîné de sept enfants
1975 Premier single, Stop After Orange ; apprentissage autodidacte de la guitare
1977 Rejoint le groupe Wagon Wheels, avec Thomas Mapfumo ; Dzandimomotera numéro un pendant onze semaines
1979 Part Wagon Wheels et fonde les Black Spirits ; carrière solo
1980 Sortie de Africa, bande sonore de l’indépendance du Zimbabwe
1992 Bande originale de Neria, film sur les veuves spoliées, primée M-Net
1999 Tuku Music propulse Tuku sur les circuits internationaux ; 11 semaines en tête des charts CMJ
2003 Lifetime Achievement aux KORA Awards ; ouverture du Pakare Paye Arts Centre à Norton
2012 Ambassadeur de bonne volonté UNICEF pour l’Afrique australe
2019 Décès à 66 ans

Un guitariste d’exception

Oliver Mtukudzi naît dans le township de Highfield, Salisbury, capitale de la Rhodésie du Sud. Ses deux parents chantent en chœur à l’église, mais quand il manifeste sa passion pour la musique, sa mère craint qu’il reste célibataire et brise sa première guitare, construite de ses propres mains. Oliver n’en démord pas. Il apprend seul, copiant les sons du mbira — cet instrument à tiges métalliques dont la mélodie scintillante imprègne la musique zimbabwéenne — sur les cordes de sa guitare. Selon lui, les guitaristes professionnels de l’époque se moquaient de lui, car il cherchait des sons que la guitare ne pouvait pas produire.

À vingt-trois ans, il enregistre Stop After Orange. Échec. Il postule pour un emploi, n’obtient rien. « Après l’école, je n’ai pas trouvé de travail, alors j’ai commencé à écrire sur ça », confiera-t-il à The Guardian. C’est avec les Wagon Wheels, qui abrite Thomas Mapfumo, qu’il obtient son premier succès : Dzandimomotera reste onze semaines numéro un. Il forme les Black Spirits en 1979 et publie Ndipeiwo Zano, produit par le Sud-Africain West Nkosi, qui introduit le mbaqanga — un style de township sud-africain — dans son mix.

Quand le Zimbabwe devient indépendant en 1980, Africa est la bande sonore de la victoire. Sa musique devient le miroir du pays : Todii (Que faire ?) chante le fléau du VIH-SIDA avec compassion, Neria (1992) impose le sujet tabou des veuves spoliées par le droit coutumier. Was My Child, son spectacle sur les enfants des rues en 1995, en fait aussi un metteur en scène engagé. Il refuse d’être un opposant politique. « Ma musique n’est pas pour le gouvernement, ma musique est pour le peuple », affirmera-t-il dans The Guardian de 2019. Son album Bvuma (Tolérance, 2001), avec la chanson Wasakara (Tu es vieux), fait trembler le régime de Robert Mugabe.

Dans les années 2000, Tuku Music (1999) sur le label Putumayo est le choc : onze semaines en tête des charts CMJ. Bonnie Raitt reprend Hear Me Lord sur Silver Lining (2002), il joue à la Royal Festival Hall de Londres et au WOMAD. Il collabore avec Hugh Masekela sur l’album No Borders (2017). Il cumule les honors doctoraux, fonde le Pakare Paye Arts Centre, et l’UNICEF le nomme ambassadeur de bonne volonté en 2012. Après la mort de son fils Sam dans un accident en 2010, Sarawoga (2013) devient un adieu paternel. Son dernier album, Hanya’Ga (Inquiétude, 2018), dit son angoisse pour le Zimbabwe. Il meurt à Harare le 23 janvier 2019.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Africa 1980 La bande sonore de l’indépendance ; des titres comme Zimbabwe et Madzongonyedze font l’unanimité.
Neria (bande originale) 1992 La lutte d’une veuve face au droit coutumier ; primée M-Net par le cinéma sud-africain.
Tuku Music 1999 L’album qui traverse l’Atlantique ; 11 semaines numéros un du CMJ New World.
Sarawoga 2013 Hommage paternel à son fils Sam, décédé dans un accident de voiture en 2010.

Héritage et influence

Tuku n’était pas seulement un musicien ; c’était un humaniste qui utilisait la musique comme message. Son style — mélange de mbira, mbaqanga, jit et des percussions traditionnelles Korekore — a inspiré des générations d’artistes. Plus de 67 albums, des tournées mondiales et le Pakare Paye Arts Centre qui forme encore les jeunes zimbabwéens. Sa musique circule désormais mondialement, et son héritage, qu’il appelait hunhu — humanité partagée — continue de résonner bien au-delà du Zimbabwe.

Sources et références

  1. « Oliver Mtukudzi », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Oliver_Mtukudzi, consulté le 19 octobre 2025.
  2. « Oliver Mtukudzi biography », AllMusic, https://allmusic.com/artist/oliver-mutukudzi-mn0000471887, consulté le 19 octobre 2025.
  3. « Oliver Mtukudzi obituary », The Guardian, https://www.theguardian.com/music/2019/feb/05/oliver-mtukudzi-obituary, consulté le 19 octobre 2025.
  4. « Tributes pour in for Zimbabwean Afro-jazz legend Oliver Mtukudzi », Al Jazeera, https://www.aljazeera.com/features/2019/1/24/tributes-pour-in-for-zimbabwean-afro-jazz-legend-oliver-mtukudzi, consulté le 19 octobre 2025.
  5. « Tribute to Oliver Mtukudzi – Zimbabwe’s ‘man with the talking guitar’ », The Conversation, https://theconversation.com/tribute-to-oliver-mtukudzi-zimbabwes-man-with-the-talking-guitar-110443, consulté le 19 octobre 2025.
  6. « In memoriam: Dr Oliver ‘Tuku’ Mtukudzi (1952–2019) », African Music Journal, Taylor & Francis, https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.2989/18121004.2019.1698171, consulté le 19 octobre 2025.
  7. Jennifer Kyker, « Tribute to Oliver Mtukudzi », Zimfest, https://zimfest.org/blog/2019/tribute-to-oliver-mtukudzi/, consulté le 19 octobre 2025.