Biographie
Orchestra Baobab : le baobab qui repousse après la coupe
En 1970, six musiciens quittent le Star Band de Dakar pour fonder la maison musicale du tout-neuf Club Baobab, baptisé du nom de l’arbre ancestral sénégalais. Ce groupe va devenir, en quelques années, la formation la plus cosmopolite et la plus distinctive de la musique africaine — un orchestre où le son cubano, ce style cubain de dansée importé par les marins depuis les années 1940, côtoie les harmonies de Casamance, les mélopées wolof et les arpèges d’un guitariste togolais autodidacte.
En bref
| Nom | Orchestra Baobab (alias Gouye Guy de Dakar) |
| Origine | Dakar, Sénégal |
| Genres | Son cubano, musique wolof, traditions mandingues, jazz afro-cubain |
| Période d’activité | 1970–1987, 2001–présent |
| Membres fondateurs | Balla Sidibé (chant, timbales), Rudy Gomis (chant, percussions), Barthélémy Attisso (guitare), Issa Cissoko (saxophone), Baro N’Diaye (saxophone), Latfi Benjeloum (guitare rythmique) |
| Œuvres emblématiques | Specialist in All Styles, Pirates Choice, Made in Dakar, “On verra ça” |
| Distinctions | BBC Radio 3 Awards for World Music (2003) ; nomination Grammy Awards |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1970 | Formation au Club Baobab de Dakar ; enregistrement des deux premiers albums |
| 1974 | Décès de Laye M’Boup, premier chanteur wolof griot |
| 1975–79 | Sommet de la popularité au Sénégal ; fermeture du Club Baobab |
| 1982 | Session légendaire de Ken Dou Werente (publiée en 1989 sous le titre Pirates Choice) |
| 1987 | Dislocation face à l’essor du mbalax — un genre inspiré du funk porté par Youssou N’Dour |
| 2002 | Parution de Specialist in All Styles, produit avec Youssou N’Dour |
| 2003 | Deux BBC Awards et nomination Grammy |
| 2005 | Concert au Live 8 de Johannesburg |
| 2007 | Sortie de Made in Dakar |
| 2016 | Décès de Ndiouga Dieng ; Tribute to Ndiouga Dieng (2017) |
| 2019–20 | Mort d’Issa Cissoko et de Balla Sidibé ; Thierno Koité reprend la direction |
Métissage, métamorphose et renaissance
Le son cubano — la musique issue des rythmes cubains de dansée, popularisé en Afrique de l’Ouest depuis les années 1940 — avait déjà nourri plusieurs formations sénégalaises. Orchestra Baobab a fait autre chose : elle a pris cette base cubaine et l’a mariée aux traditions les plus diverses de son propre continent. « Tradition n’entrait pas trop dans le Star Band, qui était vif et moderne. Expérimenter avec le traditionnel, comme Baobab l’a fait, c’était unique à l’époque », expliqua plus tard Barthélémy Attisso (traduit de l’anglais).
Cette ambition métisse s’incarnait dans la composition même du groupe. Laye M’Boup, griot wolof, chantait la tradition du nord ; Balla Sidibé et Rudy Gomis, originaires de Casamance (le sud culturel du Sénégal), y apportaient les harmonies et les percussions jola et balanta. Le guitariste togolais Attisso, autodidacte et ancien étudiant en droit, tressait des arpèges d’une précision cristalline. Le saxophoniste malien Issa Cissoko et le contrebassiste casamançais Charlie N’Diaye complétaient ce tableau.
Ce mélange fit d’eux, dès 1970, la formation la plus écoutée de Dakar. Leur hit “On verra ça”, composé par Balla Sidibé, devenait l’hymne des soirées sénégalaises. Mais la mort tragique de Laye M’Boup, fauché dans un accident en 1974, marqua un tournant. Le groupe se réorganisa autour de nouvelles voix — Ndiouga Dieng, griot wolof, et Thione Seck, qui deviendra plus tard une star solo.
Au début des années 1980, le mbalax — ce style nerveux mêlant les tambours sabar aux influences du funk et de la soul — envahit les nuits de Dakar. Le son lent de Baobab parut dépassé. En 1987, le groupe se sépara. Attisso retourna au Togo pour pratiquer le droit. Mais l’histoire n’était pas achevée. Alors que le mouvement world music prenait de l’ampleur en Europe, le label britannique World Circuit découvrit les enregistrements. Ken Dou Werente, enregistré en 1982, fut publié en 1989 sous le titre Pirates Choice. La presse spécialisée le trouva « subtil, moelleux, doux comme du velours » (DJ Charlie Gillett, Songlines). Parmi les connaisseurs, il atteignit un statut de culte.
Dès 2001, Nick Gold, directeur de World Circuit, persuada les anciens membres de se retrouver. Ironie de l’histoire, Youssou N’Dour — dont le mbalax avait contribué au déclin de Baobab — participa à la renaissance en co-produisant Specialist in All Styles, publié en 2002 et enregistré à Londres en dix jours. L’album reçut un accueil unanime, décrocha deux BBC Awards, et fut nommé Grammy. « On ne peut pas détruire un baobab. Coupez-le, il repousse. Ce groupe a été coupé et il a repoussé de la même racine », confiait Attisso (traduit de l’anglais). Made in Dakar (2007) réinterprétait les classiques. L’album Tribute to Ndiouga Dieng (2017) rendit hommage au chanteur disparu un an plus tôt. Thierno Koité, saxophoniste de longue date, continue de diriger le groupe qui ne cesse de tourner à travers le monde.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Pirates Choice (Ken Dou Werente) | 1989 | Réédition qui révéla le groupe au monde — statut de culte chez les connaisseurs |
| Specialist in All Styles | 2002 | Comeback triomphal ; deux BBC Awards et nomination Grammy |
| Made in Dakar | 2007 | Réinterprétation magistrale des classiques ; confirmation de la vigueur du groupe |
| “On verra ça” | 1975 | Hymne du répertoire, illustrant la fusion wolof-cubano-casamançaise |
Héritage
Orchestra Baobab reste la preuve vivante que le métissage est une forme d’excellence. Leur son — mêlant la base cubano aux traditions les plus diverses du Sénégal — a ouvert la voie à des générations d’artistes africains. Plus de quarante ans après leurs débuts, le groupe continue de se produire sur les scènes mondiales, porté par une nouvelle génération de chanteurs qui connaissent l’intégralité du répertoire.
Sources et références
- « Orchestra Baobab », World Circuit Records, https://worldcircuit.co.uk/artists/orchestra-baobab, consulté le 21 octobre 2026.
- « Orchestra Baobab », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Orchestra_Baobab, consulté le 21 octobre 2026.
- « Orchestra Baobab Explains Their Hits », Afropop Worldwide, https://www.afropop.org/articles/orchestra-baobab-explains-their-hits, consulté le 21 octobre 2026.
- « Orchestra Baobab », Last.fm, https://last.fm/music/Orchestra+Baobab/+wiki, consulté le 21 octobre 2026.
- « Orchestra Baobab », Encyclopedia.com (Contemporary Musicians), https://www.encyclopedia.com/education/news-wires-white-papers-and-books/orchestra-baobab, consulté le 21 octobre 2026.
- « Orchestra Baobab, une autre histoire du Sénégal », France TV Pro, https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/14422820, consulté le 21 octobre 2026.































