Biographie
Orlando Julius : le père spirituel de l’afrobeat nigérian
En 1966, à Lagos, Super Afro Soul d’Orlando Julius frappe les esprits1. Cet homme au saxophone aux sonorités uniques venait de fusionner rhythmes traditionnels Yoruba, soul américaine et funk en un son qui a façonné la musique nigériane entière.
En bref
| Nom complet | Orlando Julius Aremu Olusanya Ekemode |
| Naissance | 22 septembre 1943, Ikole, Nigeria |
| Décès | 14 avril 2022, Ijebu-Jesa, Nigeria |
| Domaine | Saxophone, chant, direction de bandes ; afrobeat, afro-soul, highlife |
| Œuvres emblématiques | Super Afro Soul (1966), “Jagua Nana” (1965), Jaiyede Afro (2014) |
| Distinctions | Titre de chefferie Gbeluniyi (Ijebu-Jesa, 2019) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1943 | Naissance à Ikole, dans une famille commerçante d’origine Ijebu-Jesa |
| 1957 | À 14 ans, quitte l’école après le décès de son père et s’installe à Ibadan |
| 1960 | Rejoint Eddy Okonta et apprend le saxophone professionnellement |
| 1964 | Fonde les Modern Aces à Ibadan |
| 1965 | Premier tube avec “Jagua Nana” |
| 1966 | Sortie de Super Afro Soul |
| 1974 | S’installe aux États-Unis, forme Umoja, collabore avec Hugh Masekela |
| 1984 | Retour au Nigeria, enregistre Dance Afrobeat |
| 2000 | Super Afro Soul réédité par Strut Records, le révèle au public international |
| 2014 | Jaiyede Afro avec The Heliocentrics atteint la 13ᵉ place du Billboard World Albums |
Du tambour au saxophone : la formation
Orlando Julius grandit à Ikole-Ekiti dans le sud-ouest du Nigeria. Sa mère, Tinuola Dorcas, paysanne et tisseuse, lui apprend les rythmes traditionnels en chantant tandis qu’il accompagne sur les tambours2. Dès l’école primaire anglicane Saint-Pierre, il joue dans la fanfare. Mais c’est la mort de son père en 1957 qui bouleverse son destin : il abandonne l’école à quatorze ans et gagne Ibadan, alors capitale culturelle du Nigeria.
Il travaille dans une boulangerie tout en s’imprégnant de la scène musicale locale. Il commence par la batterie et le flute avec les bandes de juju3. Le juju est un style de percussion traditionnelle yoruba où la polyrythmie des tambours conversationnels — le dundun — dialogue avec les chants. Il se rapproche du guitariste brésilien Jazz Romero, en s’occupant de ses corvées pour obtenir des cours. Romero l’emmène jouer à Ondo et lui prête son premier saxophone.
Révélation et consécration au Nigeria
En 1960, Eddy Okonta invite Julius à sa formation. Il apprend le saxophone et devient chanteur highlife4. Le highlife est un genre ouest-africain né au Ghana qui fusionne les rythmes traditionnels avec le jazz américain et les guitares. Mais Julius écoute Coltrane, Otis Redding et Smokey Robinson, et veut créer sa propre musique.
Il fonde les Modern Aces en 1964 à l’hôtel Independence d’Ibadan. Le groupe fusionne rythmes Yoruba, funk et soul américains, attirant un jeune public fasciné — dont Fela Kuti5. En février 1965, “Jagua Nana” devient un tube national. L’année suivante, Super Afro Soul (1966) confirme le génie de Julius : dundun talking drums, saxophones, funk et mélodies soul forment une fusion orchestrale sans précédent.
L’Amérique et les voyages
En 1974, après la guerre civile nigériane, Julius quitte le Nigeria pour les États-Unis4. À Washington, il forme le groupe Umoja ; le trompettiste sud-africain Hugh Masekela les rejoint après une répétition. Ensemble, ils enregistrent The Boy’s Doin’ It (1975) et Colonial Man (1976), ouvrant pour Herbie Hancock et Grover Washington Jr. Il collabore aussi avec Lamont Dozier sur Going Back to My Roots, contenant une section en yoruba avec tambours dundun. En 1978, il s’installe à Oakland.
Retour et renaissance internationale
Il rentre au Nigeria en 19843. Après des décennies d’oubli relatif, la réédition de Super Afro Soul par Strut Records en 2000 provoque un électrochoc. Il se lance dans des tournées et, en 2014, collabore avec le groupe londonien The Heliocentrics. L’album Jaiyede Afro atteint la 13ᵉ place du Billboard World Albums. En 2019, il reçoit le titre de Gbeluniyi des mains d’Oba Moses Ogunsoye, souverain de sa région. Il s’éteint paisiblement le 15 avril 2022, à 78 ans.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| “Jagua Nana” | 1965 | Premier tube national, hymne au saxophone et aux rythmes Yoruba |
| Super Afro Soul | 1966 | Album fondateur de l’afrobeat, fusion orchestrale de soul et percussions traditionnelles |
| The Boy’s Doin’ It | 1975 | Co-écrit avec Hugh Masekela, scène afro-jazz en Amérique du Nord |
| Jaiyede Afro | 2014 | Renaissance internationale avec The Heliocentrics |
Héritage
Orlando Julius n’a jamais porté l’arme politique comme Fela Kuti2. Plus pacifique, plus cosmopolite, il a simplement joué — et ce qu’il a joué a changé la musique de son continent. Un musicien n’a pas besoin de choisir entre tradition et progrès. Super Afro Soul reste la pierre angulaire de l’afrobeat, selon AllMusic. Les générations se souviendront de lui comme du père spirituel de l’afrobeat.
Sources et références
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AllMusic, biographie d’Orlando Julius ↩︎
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The Conversation, Super Afro Soul: the music of Orlando Julius, titan of Nigerian music, 2022 ↩︎ ↩︎
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The Conversation, Orlando Julius, Nigeria’s Afrobeat pioneer, lived for his art, 2022 ↩︎ ↩︎
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Independent Newspaper, FG Eulogises Late Orlando Julius, Consoles Family, 15 avril 2022 ↩︎ ↩︎
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The Guardian, Orlando Julius obituary, 26 avril 2022 ↩︎










