Biographie
S.E. Rogie : le guitariste palm wine de Sierra Leone
En 1962, S.E. Rogie enfonce un micro dans une cuisine de Freetown et enregistre Please Go Easy with Me. Ce disque va rester endormi pendant près de soixante ans avant d’être scrabbé par Vampire Weekend en 2019. Ce guitariste autodidacte originaire de Sierra Leone a bâti un parcours unique, à la croisée du palm wine et des émigrations africaines — entre l’atelier de couture où il apprit la guitare et les scènes britanniques du folk mondial.
En bref
| Nom complet | Sooliman Ernest Rogers, dit « Rogie » |
| Naissance | 1926, Fonikoh (Pujehun District), Sierra Leone |
| Décès | 4 juillet 1994, hôpital de Lewisham (Londres) |
| Genre(s) | Palm wine, highlife |
| Œuvres emblématiques | “Please Go Easy with Me”, “My Lovely Elizabeth”, Dead Men Don’t Smoke Marijuana |
| Distinctions | Prix du Congrès et du Sénat américains, reconnaissance WOMAD |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1926 | Naissance à Fonikoh, Sierra Leone, fils d’un chef communautaire |
| 1933–1940 | Apprentissage tailleur à Freetown — découvre la guitare au contact de musiciens clients |
| 1940s | Premiers concerts gratuits le soir ; influences palm wine et Jimmie Rodgers (country yodel) |
| 1952–1966 | Employé au Accountant General’s Office ; continue à jouer le soir |
| 1962 | Enregistrement de Please Go Easy with Me dans son studio fait maison |
| 1973 | Déménage aux États-Unis (San Francisco) ; chante dans les écoles californiennes |
| 1973–1984 | Récompenses du Congrès et du Sénat pour sa mission culturelle ; reçoit les clés de Berkeley et Oakland |
| 1986 | The 60s Sounds of S.E. Rogie réédité par Cooking Vinyl — résurgence internationale |
| 1988 | Invité par le DJ Andy Kershaw, s’installe à Finchley (Londres) |
| 1989 | Festival de Cambridge Folk ; formation du Palm-Wine Tappers |
| 1994 | Dernier album, Dead Men Don’t Smoke Marijuana (Real World) ; décès après un malaise en Estonie |
Du tailleur au guitariste : une trajectoire solidaire
Sooliman Ernest Rogers grandit à Fonikoh, village du district de Pujehun. Orphelin dès sept ans, il paie son école en coupant et vendant du bois de chauffage[^1]. À Freetown, il devient apprenti tailleur — et c’est chez des clients musiciens qu’il entend pour la première fois le son de palm wine. « Je me suis couché et j’ai entendu cette musique tard dans la nuit, pensant être au paradis. En me réveillant le lendemain matin, je suis resté sur terre »[^2]. Fasciné, il apprend la guitare en autodidacte et s’inspire du yodel de Jimmie Rodgers avant d’évoluer vers un style unique qui introduit la guitare électrique au palm wine traditionnel.
Entre 1952 et 1966, il travaille au Accountant General’s Office tout en se produisant le soir dans les clubs de Freetown. Il chante en quatre langues (anglais, krio, mende, temne) et développe un répertoire de chansons narratives qui décrivent la vie quotidienne. En 1973, il quitte l’Afrique pour les États-Unis, s’installe à San Francisco et transforme Rogers en Rogie, qui lui semble plus africain[^3]. Pendant une décennie, il parcourt les écoles californiennes avec son African Folk and Cultural Show — une mission qui vaudra au Congrès de lui décerner un prix en 1984[^3].
La renaissance britannique et la reconnaissance finale
À l’invitation du DJ Andy Kershaw (BBC Radio 1), Rogie s’installe en Angleterre en 1988. « L’Angleterre est le pays idéal pour moi », plaisante-t-il[^2]. Il enregistre un set live pour la BBC le 17 mars, qui sera rediffusé sur BBC 6 Music trente ans plus tard[^1]. Au Festival de Cambridge Folk en 1989, il conquiert un public qui redécouvre le palm wine et fonde The Palm-Wine Tappers[^1]. Il meurt en juillet 1994, quelques semaines après l’enregistrement de son dernier album — Dead Men Don’t Smoke Marijuana — chez Real World Records. Un malaise sur scène en Estonie, juste après une intervention à cœur bypassé, le contraint au retour en ambulancier aérien vers Lewisham.
Œuvres majeures
| Album | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| African Lady (1975) | Premier enregistrement solo — highlife ouest-africain sur son propre label Rogiephone | |
| The 60s Sounds of S.E. Rogie (1986) | Résurgence internationale grâce à la réédition Cooking Vinyl — redécouverte de “Please Go Easy with Me” | |
| The New Sounds of S.E. Rogie (1991) | Confirmation de sa maturité vocale avec le Palm-Wine Tappers[^3] | |
| Dead Men Don’t Smoke Marijuana (1994) | Dernier album : production Real World, session avec le contrebassiste Danny Thompson[^2] |
Héritage et influence
Le guitarisme de S.E. Rogie résonne bien au-delà du palm wine. Le sample de Please Go Easy with Me intégré par Vampire Weekend sur Rich Man (2019) a introduit sa musique à une génération indie rock[^4]. Des producteurs comme Adrian Sherwood ont incorporé ses vocaux sur Never Trust a Hippy (2003). Le guitariste de blues américain Taj Mahal affirmait avoir appris les résonances acoustiques auprès de Rogie[^1]. En 2024, la sélectionneuse Val Wilmer a choisi My Lovely Elizabeth comme disque de rêve à la BBC Radio 4[^1]. Le roi du palm wine continue d’inspirer, à distance comme de voix.
Sources et références
- « S.E. Rogie », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/S._E._Rogie, consulté le 2 novembre 2025.
- « S.E. Rogie — Dead Men Don’t Smoke Marijuana », Real World Records, https://realworldrecords.com/releases/dead-men-dont-smoke-marijuana, consulté le 2 novembre 2025.
- « S.E. Rogie », Discogs, https://www.discogs.com/artist/2940344-S-E-Rogie, consulté le 2 novembre 2025.
- « How Fela Kuti introduced Ezra Koenig to world music », FarOut Magazine, https://faroutmagazine.co.uk/fela-kuti-vampire-weekend-ezra-koenig-world-music/, consulté le 2 novembre 2025.
- « S.E. Rogie », Apple Music, https://music.apple.com/us/artist/s-e-rogie/467184, consulté le 2 novembre 2025.
- « Vampire Weekend — Rich Man Sample », WhoSampled, https://www.whosampled.com/sample/645740/, consulté le 2 novembre 2025.








