Sonny Okosuns

Sonny Okosuns

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Biographie

Sonny Okosuns : la musique comme arme de libération

En 1977, à Londres, Sonny Okosuns enregistre “Fire in Soweto”. Ce cri contre l’apartheid, mêlant reggae, highlife et funk, devient un hymne clandestin dans les townships sud-africains. Le guitariste autodidacte — fils de choriste cathédrale, ancien comédien — n’avait qu’un objectif : chanter la dignité des peuples noirs.

En bref

Nom complet Francis Sonny Okosun (ajout du « s » à l’âge adulte)
Naissance 1 janvier 1947, Benin City, État d’Edo, Nigeria
Décès 24 mai 2008 (61 ans), Howard University Hospital, Washington DC
Domaine Highlife, reggae, afro-funk, gospel
Instruments Guitare électrique, flute, saxophone, piano électrique, percussions, chant
Œuvres emblématiques “Fire in Soweto”, “Papa’s Land”, Liberation, Songs of Praise
Distinctions Album Sun City (1985) ; président de la PMAN (1994)

Dates clés

Année Événement
1947 Naissance à Benin City, famille Esan de chrétiens pratiquants
1965 Représente le Nigéria au Commonwealth Arts Festival à Londres
1969 Rejoint les Maestros de Victor Uwaifo, tourne au Japon et en Europe
1977 “Fire in Soweto” : hymne anti-apartheid best-seller
1985 Sun City, album anti-apartheid de Artists United Against Apartheid
1994 Songs of Praise : 500 000 copies vendues
2008 Décès à Washington DC, inhumé à Lagos

Parcours, engagement et reconversion

Né Francis Sonny Okosun le 1er janvier 1947 à Benin City, le jeune homme grandit dans une pauvreté extrême. « On ne mangeait du riz que quatre fois par an », a-t-il raconté à l’Africa News Service. Ses parents, membres de l’Église Pentecôtiste des Chérubins et Séraphins, étaient tous deux musiciens traditionnels et chantres à la cathédrale du Saint-Esprit. C’est là que sa vocation musicale prend racine — bien avant que le rock’n’roll ne l’en détournât.

Autodidacte, Okosuns apprend la guitare en reproduisant Elvis Presley, les Beatles et Cliff Richard. En 1964, à dix-sept ans, il fonde les Postmen, un groupe de reprises de la British Invasion. L’année suivante, il représente le Nigéria au Commonwealth Arts Festival à Londres, où il assiste aux concerts des Rolling Stones et des Who, expériences qui marqueront son esthétique.

Après son retour, il joue dans des sketchs à la télévision de l’Est du Nigéria et fréquente le Mbari Club, cercle d’artistes tenu par Wole Soyinka et J.P. Clark. La guerre du Biafra (1967-1970) le force à fuir vers Lagos. Il y rejoint en 1969 les Maestros de Victor Uwaifo, guitariste visionnaire inventant un highlife psychédélique. La tournée au Japon et en Europe lui permet de fusionner rythmes africains et rock occidental.

En 1972, il fonde son propre groupe, Paperback Ltd., qu’il renomme Ozzidi en 1973. Le nom vient d’un mot igbo signifiant « message ». Okosuns invente ainsi le ziddisme (ou Ozzidism), philosophie pan-africaine devenant le fil rouge de sa carrière. « Tous mes copains chantaient des chansons d’amour », lance-t-il dans une déclaration rapportée par The Independent. « Je cherchais à parler de ce qui arrivait aux Noirs. »

“Fire in Soweto” (1977), enregistré aux Abbey Road Studios de Londres, dénonce l’apartheid et devient un best-seller underground. “Papa’s Land” (1977) et “Holy Wars” (1978) poursuivent sur cette lancée. À l’époque, Okosuns vend chaque album à plus de 100 000 exemplaires et parfois quatre disques par an. En 1981, il signe avec l’éditeur londonien Oti.

En 1985, il atteint l’apogée de sa notoriété internationale : seul artiste africain à participer à Sun City, l’album bénéfice d’Artists United Against Apartheid, aux côtés de Bruce Springsteen, Miles Davis, Bob Dylan et Run-D.M.C. Il y joue du talking drum. Jon Pareles, du New York Times, note qu’il livrait ses chants de liberté « avec l’urgence rauque d’un chanteur soul ».

Mais dès la fin des années 1980, sa popularité décline. En 1993, il s’oriente vers le gospel. Sous le nom « Evangelist Sonny Okosuns », il publie Songs of Praise (1994), qui se vend à 500 000 exemplaires. En 1998, il fonde la House of Prayer Ministries à Ikeja, Lagos. En janvier 2008, il voyage à New York pour la remise d’un diplôme à sa fille Adesuwa, diplômée de Pace University. Déjà malade d’un cancer colorectal, sa santé se détériore. Il meurt le 24 mai 2008 à l’hôpital de l’Université Howard, à Washington DC, à 61 ans. Inhumé à Lagos, il laisse une discographie de près de quarante albums enregistrés au Nigeria, en France, en Angleterre et aux États-Unis.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
“Fire in Soweto” 1977 Hymne anti-apartheid best-seller underground ; enregistré aux Abbey Road Studios
“Papa’s Land” 1977 Dénonce les abus de l’apartheid ; mixé par Eddy Grant
“Holy Wars” 1978 Lutte d’indépendance en Afrique australe, dont le Mozambique
Liberation 1984 Premier album américain (Shanachie) ; compilation de tubes politiques
Sun City (Artists United Against Apartheid) 1985 Unique artiste africain sur cet album bénéfice
Songs of Praise 1994 Comeback gospel ; 500 000 copies vendues

Héritage

Sonny Okosuns a ouvert la voie à une génération d’artistes nigérians qui ont compris que la musique pouvait être un instrument de dignité politique. Contrairement à Fela Kuti, dont le message était plus radical, Okosuns privilégiait l’unité africaine et la fierté noire. Son style — fusion de funk occidental, de reggae jamaïcain et de mélodies traditionnelles — anticipait ce qu’on appellerait plus tard la world music. L’Africa News Service soulignait qu’« aux siens de l’État d’Edo, il était un fils digne qui n’hésitait pas à emprunter à la culture locale pour en propager les contes et proverbes devant un public plus large. »

Sources et références

  1. « Sonny Okosuns, 61, Musician With Message, Is Dead », The New York Times, https://www.nytimes.com/2008/06/25/arts/music/25okosuns.html, consulté le 24 octobre 2026.
  2. « Sonny Okosuns », The Guardian, https://www.theguardian.com/music/2008/aug/04/popandrock.nigeria, consulté le 24 octobre 2026.
  3. « Okosuns, Sonny », Encyclopedia.com (Contemporary Black Biography), https://www.encyclopedia.com/education/news-wires-white-papers-and-books/okosuns-sonny, consulté le 24 octobre 2026.
  4. Sonny Okosun — Biography, AllMusic, https://www.allmusic.com/artist/sonny-okosun-mn0000039654, consulté le 24 octobre 2026.
  5. « Sonny Okosun », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Sonny_Okosun, consulté le 24 octobre 2026.
  6. « Music Icon, Sonny Okosun, Dies At 61 », Leadership (Nigeria), https://allafrica.com/stories/200805261326.html, consulté le 24 octobre 2026.
  7. « Remembering Sunny Okosun, the Ozziddi exponent », Vanguard (Nigeria), https://www.vanguardngr.com/2015/07/remembering-sunny-okosun-the-ozziddi-exponent/, consulté le 24 octobre 2026.
  8. « Sonny Okosun: A Pan-African Reggae Maestro », African and Black History, https://web.archive.org/web/20210712160948/https://africanandblackhistory.net/sonny-okosun-a-pan-african-reggae-maestro/, consulté le 24 octobre 2026.