The Abyssinians

The Abyssinians

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Biographie

The Abyssinians : trois voix, un hymne

En mars 1969, dans l’étouffante chaleur de Kingston, trois jeunes hommes pénétrèrent dans le mythique Studio One et enregistrèrent un morceau qui fit frémir les sound systems de l’île. Le producteur Clement « Coxsone » Dodd refusa de publier ce trio de Jones Town, y voyant une œuvre jugée trop subversive sur le plan culturel. Trente ans plus tard, “Satta Massagana” est l’hymne du reggae — un cantique rastafari en amarique et anglais.

En bref

Origine Jones Town, Kingston (Jamaïque)
Formation 1968 par Bernard Collins, Donald Manning et Lynford « Linford » Manning
Domaine Roots reggae — trio vocal à harmonies serrées
Œuvres emblématiques “Satta Massagana”, Satta Massagana, Arise

Dates clés

Année Événement
1968 Formation à Jones Town par Bernard Collins, Donald Manning et son frère Lynford
1969–1971 “Satta Massagana” enregistré au Studio One, publié sur le label Clinch du groupe
1970 “Declaration of Rights” — second tube largement repris
1976 Album Satta Massagana / Forward on to Zion, production Clive Hunt et Geoffrey Chung
1978 Album Arise ; tensions internes, Bernard Collins quitte le groupe
1979 Performance au festival Reggae Sunsplash
1998 Album Reunion avec le matériel nouveau “African Princess”, “Swing Low”
2004 David Morrison rejoint la formation

Du Studio One à l’héritage du roots vocal — l’histoire d’un trio rastafari

Le nom des Abyssinians renvoie à l’Abyssinie, ancien nom de l’Éthiopie — patrie spirituelle en croyance rastafari. Bernard Collins et Donald Manning sont des amis d’enfance ; Lynford, frère de Donald issu du groupe Carlton and The Shoes, rejoint peu après. La mélodie de “Satta Massagana” combine un vers de Collins, There is a land far, far away, des phrases amariques apportées par Manning et la progression harmonique de “Happy Land” de Carlton and The Shoes. Le trio enregistre le morceau au Studio One de Coxsone Dodd en mars 1969, mais ce dernier refuse la publication. Les trois frères rachètent leur bande maître pour 90 livres, lancent le single sur leur label Clinch et font une promotion âpre : ils roulent à vélo dans Kingston, glissant leurs disques dans les sound systems. Le tube prend ensuite son essor et devient ce que certains Jamaïcains décrivent comme un hymne national non officiel, chanté dans les dancehalls, à la radio et dans les églises.

Le groupe multiplie les titres dans la même veine, attirant les plus grands musiciens de session — Sly and Robbie, Tony Chin, Tommy McCook — et inscrivant son héritage dans une discographie dense. L’album Satta Massagana / Forward on to Zion, sorti en 1976 sous la production de Clive Hunt et Geoffrey Chung, est considéré comme un classique fondateur du roots reggae vocal. Son successeur, Arise (1978), enregistre dans des conditions de tension interne ; Collins part et est remplacé par Carlton Manning. La formation se produit au Reggae Sunsplash 1979 avant de se fragmenter. La décennie 1980 voit deux versions concurrentes tourner simultanément (l’une porte le nom de Collins, l’autre celui des Manning), Donald Manning poursuit une carrière solo sous le nom “Donald Abyssinian”. Lynford Manning délaisse progressivement la musique profane, chrétien convaincu vivant en Floride depuis plus de trente ans. En 1989, Collins et les Manning retrouvent le studio ensemble ; Reunion (1998) en est le fruit, avec “African Princess” et “Swing Low”. Lynford Manning décède le 25 juin 2024 à Miramar, Floride. La formation continue de tourner sous différentes configurations, le riddim de “Satta Massagana” restant l’un des plus versionnés de toute l’histoire du reggae.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
“Satta Massagana” (single) 1971 L’hymne rastafari, l’un des rhythms les plus versionnés de l’histoire du reggae
Satta Massagana / Forward on to Zion (album) 1976 Classique fondateur du roots vocal, production de Clive Hunt et Geoffrey Chung
“Declaration of Rights” (single) 1970–1971 Cri militant en faveur des droits de la diaspora, repris par de nombreux artistes
Arise (album) 1978 Deuxième album, la star band de Jamaïque (Sly & Robbie, Tony Chin) en session
“Y Mas Gan” (single) 1973 Poursuite de la veine spirituelle en amarique, suivant les pas de “Satta”

Héritage et influence

Le riddim de “Satta Massagana” est sans doute le plus versionné de toute l’histoire du reggae : des centaines d’artistes ont posé leurs propres mélodies sur la piste originale, de Big Youth et Dillinger aux versions modernes. Third World le reprend dès son premier album (1976) ; Sade utilise un sample de “African Race” sur Lovers Live (2002). Déjà présent dans les documentaires Roots Rock Reggae (1976) et Rockers (1978), le morceau reste un monument vivant dont l’écho ne faiblit pas.

Sources et références

  1. « Satta Massagana, the sufferer’s song — Initially called Far, Far Away », Jamaica Gleaner, https://jamaica-gleaner.com/gleaner/20120325/ent/ent6.html, interview de Bernard Collins, consulté le 3 novembre 2026.
  2. « Founding Abyssinian Lynford dies », Jamaica Observer, https://www.jamaicaobserver.com/2024/07/05/founding-abyssinian-lynford-dies, 5 juillet 2024.
  3. « The Abyssinians », World of Jamaican Music, https://worldofjamaicanmusic.com/abyssinians, consulté le 3 novembre 2026.
  4. « The Abyssinians — Biography, Discography », AllMusic, https://www.allmusic.com/artist/the-abyssinians-mn0000588943.
  5. « Abyssinians’s Profile », ReggaeCollector, https://reggaecollector.com/en/feature/artist.php?artist_id=714.
  6. « The Abyssinians », Wikipédia (EN), https://en.wikipedia.org/wiki/The_Abyssinians.
  7. « Linford Manning », Discogs, https://discogs.com/artist/284417.