Winston McAnuff

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Biographie

Winston McAnuff

En 1986, Winston McAnuff sort son troisième album en Jamaïque, puis disparaît des radar. Personne n’entend plus parler de lui pendant quinze ans. Puis le label français Makasound exhume ses enregistrements, et c’est le coup de tonnerre : le public européen découvre une voix unique, un chanteur qui a traversé les décennies sans jamais se plier aux codes du reggae conventionnel. Son histoire, c’est celle d’un artiste qui n’a jamais cherché la gloire — mais qui, lorsqu’il l’a trouvée, a refusé de la laisser emporter par un mouvement qu’il avait lui-même contribué à bâtir.

En bref

Nom complet Winston Boyd McAnuff
Nom de scène Electric Dread
Naissance 1957, Manchester Parish, Jamaïque
Domaine Reggae, dub, funk
Instruments Voix, guitare, percussions
Œuvres emblématiques “Malcolm X”, Pick Hits to Click, Paris Rockin'
Discographie française 2002, Makasound

Dates clés

Année Événement
1957 Naissance à Mandeville (Manchester Parish), dans une famille de prédicateurs
1978 Premier album, Pick Hits to Click, produit par Derrick Harriott
1980 Sortie de What the Man “a” Deal Wid, son œuvre la plus célébrée en Europe
1986 Album Electric Dread, dernier enregistrement jamaïcain de la décennie
2002 Découverte par le label Makasound ; sortie européenne de ses albums des années 70-80
2005 Collaboration avec le claviériste français Camille Bazbaz (A Drop)
2006 Paris Rockin’, l’album qui le révèle au grand public français, avec Java et les Congos
2008 Nostradamus, un album-concept mystique produit par Clive Hunt
2017 Rabbi Son, en collaboration avec Bost & Bim

De l’église aux studios Federal

Winston McAnuff grandit dans les harmonies gospel des églises jamaïcaines. Son père et sa mère sont prédicateurs ; son grand-père paternel est d’origine écossaise. La musique, pour lui, n’est pas un choix — c’est un héritage familial qu’il porte comme une évidence. Quand son père meurt en 1972, la famille se réorganise : Winston déménage à Kingston pour vivre avec sa sœur, et c’est là qu’il côtoie les futurs géants du reggae. Il partage le même quartier qu’Hugh Mundell et Wayne Wade, et va au même lycée qu’Earl Sixteen.

« Je composais beaucoup à l’époque », raconte-t-il. « Earl Sixteen était un bien meilleur chanteur que moi, alors je lui apportais mes chansons pour les chanter. » Mais un jour, au studio Federal, les musiciens insistent : lui aussi devrait chanter. Sa première chanson professionnelle est “Ugly Days”. Quelques mois plus tard, il frappe à la porte de Derrick Harriott — ce qu’il nomme son mentor — et lui joue ses compositions sur sa guitare. Harriott, réputé pour son oreille affûtée des talents naissants, lance le projet.

En 1978, Pick Hits to Click paraît — suivi deux ans plus tard par What the Man “a” Deal Wid, un album que les critiques français placeront plus tard parmi les cinquante plus grands disques de reggae. Parmi ses titres, “Malcolm X” se détache : une chanson qui sera reprise par Earl Sixteen puis, plus tristement, par Dennis Brown, ce qui déclenchera en 2013 un contentieux juridique avec le label Greensleeves Records.

Malgré cette reconnaissance en Jamaïque, aucun de ses disques ne circule en Europe. Sa carrière jamaïcaine reste cantonnée à l’île — jusqu’à ce que le destin intervienne à sa manière.

Le renouveau français

Tout bascule en 2002. Le label Makasound, jeune structure française, exhume les enregistrements de McAnuff sous le titre Diary of the Silent Years. « Ils ont piraté mon album pendant cinq ans », se souvient-il, avant de préciser avec ironie : « J’ai pris un avocat et j’ai fait en sorte qu’on me rende le disque pour le sortir ici. » Le procès est gagné ; Makasound publie enfin Pick Hits to Click et What the Man “a” Deal Wid pour le monde entier.

Mais McAnuff n’a pas vocation à rester replié sur son héritage roots. Il rencontre Camille Bazbaz, claviériste français, et ensemble ils enregistrent A Drop (2005), un disque où le reggae se marie au funk, au rock et au punk rock. « Même lorsque je travaille avec des gars comme Bazbaz, je maintiens mes racines », explique-t-il à United Reggae. « Ce que je chante, c’est le message qui compte. »

L’album suivant, Paris Rockin’ (2006), confirme cette aventure : McAnuff y collabore avec Java, l’accordéoniste Fixi Brossard, le guitariste M et, surprise, les Congos en chœurs. Paris Rockin’ m’a ouvert un monde complètement différent, dit-il. « C’est un album avec accordéon, donc naturellement il attire un public différent. Une expérience formidable qui a franchi les frontières musicales. »

L’album Nostradamus (2008), produit par Clive Hunt, devient un album-concept mystique qui s’inspire des prophéties de Nostradamus. McAnuff, qui considère les ancêtres américains — Stevie Wonder, Ray Charles, Al Green — comme autant de modèles spirituels, y affirme : « Je représente tous ces ancêtres. Mon Seigneur. »

Héritage

Winston McAnuff illustre un paradoxe rare dans le reggae : un artiste dont la carrière majeure n’a éclaté qu’à l’occasion d’une redécouverte posthume — presque. Son parcours, de l’église de Manchester Parish aux scènes françaises où il partage la scène avec Java, Celtic Social Club ou Inna De Yard, montre un musicien qui a toujours refusé de choisir entre la tradition et l’expérimentation. « Si je ne fais pas ça, je ne peux pas amener de nouvelles personnes au reggae », disait-il. « Des gens me disent : avant, je n’aimais pas le reggae, mais maintenant j’aime le reggae. » En 2026, à 69 ans, il entame une tournée française de quatorze dates pour le vingtième anniversaire de Paris Rockin’ — preuve qu’il n’a pas fini de convaincre.

Sources et références

  1. « Winston McAnuff », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Winston_McAnuff, consulté le 3 novembre 2026.
  2. Angus Taylor, « Interview : Winston McAnuff », United Reggae, https://unitedreggae.com/articles/n149/052008/interview-winston-mcanuff, mai 2008, consulté le 3 novembre 2026.
  3. Howard Campbell, « Winston McAnuff marks 20 years of ‘Paris Rockin’’ », Reggae Vibes, https://www.reggae-vibes.com/news/2026/11/winston-mcanuff-marks-20-years-of-paris-rockin/, 2 novembre 2026, consulté le 3 novembre 2026.
  4. « Winston McAnuff », World A Reggae Entertainment, https://www.worldareggae.com/artists/winston-mcanuff/, consulté le 3 novembre 2026.
  5. « Winston McAnuff », Discogs, https://www.discogs.com/artist/157566-Winston-McAnuff, consulté le 3 novembre 2026.
  6. Cecelia Campbell-Livingston, « A New Day for McAnuff », Jamaica Observer, https://www.jamaicaobserver.com/entertainment/A-New-Day-for-McAnuff_15325772, 27 octobre 2013, consulté le 3 novembre 2026.
  7. Annie Brown, « Jamaican reggae star Winston McAnuff arrives in Scotland », Daily Record, http://www.dailyrecord.co.uk/entertainment/celebrity-interviews/jamaican-reggae-star-winston-mcanuff-3099773, 1 février 2014, consulté le 3 novembre 2026.
  8. Carl Gilchrist, « Greensleeves, McAnuff Battle Over Song », Jamaica Gleaner, http://jamaica-gleaner.com/gleaner/20131103/ent/ent6.html, 3 novembre 2013, consulté le 3 novembre 2026.