Biographie
Zao
Au milieu des années 1980, alors que la république du Congo vit sous un régime marxiste qui distribue slogans et disettes, une voix s’élève dans les bars de Brazzaville : un homme en uniforme décalé, debout sur scène, lance d’une voix traînante le récit burlesque d’un soldat qui énumère ses exploits imaginaires1. Ce morceau s’appelle Ancien combattant, et il devient l’hymne antimilitariste le plus populaire d’Afrique francophone. L’homme, c’est Casimir Zoba, surnommé Zao, puisé dans la tradition du Congo pour en tirer un humour qui soigne les maux du continent.
En bref
| Nom complet | Casimir Zoba |
| Nom de scène | Zao (acronyme de Zéro-Admis-Omniprésent) |
| Naissance | 24 mars 1953, Goma Tsé-Tsé (république du Congo) |
| Domaine | musique africaine, humour engagé |
| Langues | français, lingala, lari |
| Œuvres emblématiques | Ancien combattant, Corbillard, Soulard |
| Distinctions | Prix RFI Découvertes 1982, Commandeur de l’ordre du mérite congolais (2017) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1953 | Naissance à Goma Tsé-Tsé, quartier de Brazzaville |
| 1965 | Début dans des chorales religieuses et des ballets traditionnels |
| 1978 | Intégration de l’École normale des instituteurs |
| 1982 | Prix Découvertes de RFI avec Sorcier ensorcelé |
| 1984 | Sortie de l’album Ancien combattant, premier grand succès |
| 1988 | Participation au film Camp de Thiaroye d’Ousmane Sembène |
| 1998 | Son fils meurt lors de la guerre civile congolaise |
| 2006 | Retour avec L’aiguille, produit par Lusafrica |
| 2015 | Surprise au concert de Stromae à Brazzaville : il chante Soulard, la chanson qui a inspiré Formidable |
| 2017 | Élevé au grade de commandeur de l’ordre du mérite congolais |
| 2021 | Sortie de Kwiti Kwiti |
Du clavier à la scène : origines et révélation
Casimir Zoba grandît à Goma Tsé-Tsé, un quartier populaire de Brazzaville, au sein d’une famille où la musique occupe une place centrale. Son père est un grand amateur de sanza, ce petit piano à touches métalliques qu’on fait chanter entre les pouces. Dès l’âge de douze ans, Casimir fait son éducation musicale dans les chorales religieuses et les ballets traditionnels. Au lycée, il rejoint plusieurs groupes, les Adhérents et les Gloria, mais ses parents constatent que ses études souffrent de cette passion et le renvoie à la chorale chrétienne de l’église des Trois Martyrs, où il chante entre 1973 et 19752.
En parallèle, il est recruté comme percussionniste par l’ensemble Les Anges, l’un des orchestres les plus renommés de l’époque. Sous le régime marxiste-léniniste, les groupes vedettes congolais sont envoyés chanter dans les pays « frères » — URSS, Cuba, RDA. Zao parcourt le continent et l’Europe tout en poursuivant sa formation d’instituteur à l’École normale, qu’il intègre en 1978. Pendant quelques années, il mène une double vie : instituteur le jour, musicien la nuit.
Au début des années 1980, Zao se lance dans une carrière solo. Son style est immédiatement identifiable : un second degré implacable qui habille des sujets sensibles, voire tabous en Afrique. Sa carrière explose avec Ancien combattant, paru en 1984. Le titre devient un phénomène culturel : 50 000 exemplaires vendus officiellement, des centaines de milliers de copies cassettes diffusées dans tout le continent. La chanson raconte l’histoire d’un ancien soldat qui énumère, avec une verve inépuisable, les butins et les combats imaginaires3. Antimilitariste et provocateur, le morceau frappe juste sous le régime de Denis Sassou N’Guesso.
Corbillard remporte le prix de la meilleure chanson au Festival des musiques d’Afrique centrale. Le texte décrit un mort qui refuse catégoriquement d’aller au cimetière4. Barclay signe Zao l’année d’après, et la série d’albums s’enchaîne : Soulard (1985), Moustique (1988), Patron (1989).
Tournants, épreuves et résilience
La guerre civile congolaise de 1997-1998 frappe Zao de plein fouet2. En 1998, il doit fuir avec sa famille le quartier de Makélékélé à Brazzaville, se réfugiant dans les forêts du sud pendant plus de huit mois. Son fils de quatre ans perd la vie dans ces conditions tragiques. Le musicien reprendra la route bien plus tard, mais cette blessure traverse ses créations ultérieures.
Malgré le succès, la guerre lui coûte aussi son studio de Brazzaville. Il produit alors des artistes plus traditionnels et tente un retour en 2006 avec L’aiguille, un album enregistré à Brazzaville et sorti chez Lusafrica5. Les thèmes y sont graves (L’aiguille, Mon enfant), mais l’humour légendaire persiste (Elle a deux diables, Ze t’aime).
Zao continue de tourner à travers l’Afrique francophone et en Europe. En 2015, il réalise un moment singulier lors de la venue de Stromae à Brazzaville6. Il monte sur scène et chante Soulard devant l’artiste belge, qui cite souvent Zao parmi ses références, reconnaissant dans cette chanson la source d’inspiration de Formidable.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Ancien combattant | 1984 | Hymne antimilitariste qui définit le style Zao et conquiert l’Afrique francophone |
| Corbillard | 1986 | Humour noir sur la mort, prix au Festival des musiques d’Afrique centrale |
| Soulard | 1985 | Pilier du répertoire, inspirera le tube Formidable de Stromae |
| Pierre de Paris | 1984 | Précurseur du spoken word et du rap congolais, métisse jazz, funk et traditions |
| L’aiguille | 2006 | Retour après la guerre civile, thèmes graves mais verve intacte |
Héritage
Zao a passé la quarantaine de sa carrière en transformant l’injure politique en rigole collective1. Son surnom Monsieur Cadavéré n’est pas anodin : il résume la capacité de cet artiste à faire rire avec les sujets les plus sombres. Plus de soixante-dix ans après sa naissance, Zao n’a pas fini de faire danser et réfléchir l’Afrique.
Sources et références
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Adiac-Congo, Les immortelles chansons d’Afrique : Ancien combattant de Zao, 2023. ↩︎ ↩︎
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Wikipédia, Zao (chanteur), article consulté le 30 octobre 2026. ↩︎ ↩︎
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Lyombe S. Eko, Zao et le socialisme du champagne, Bibliolore / RILM, 2020. ↩︎
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Adiac-Congo, Les immortelles chansons d’Afrique : Pierre de Paris de Zao, 2024. ↩︎
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Frank Bessem, Zao (Congo-Brazzaville), Musiques d’Afrique, consulté le 30 octobre 2026. ↩︎
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RFI Musique, Zao, biographie officielle, consulté le 30 octobre 2026. ↩︎







