Musique égyptienne
La musique égyptienne est l’une des plus influentes du monde arabe, avec une histoire qui s’étend de l’Antiquité pharaonique à la scène contemporaine. Cairo a longtemps été le centre culturel du monde arabe, et sa musique a façonné les goûts et les pratiques de toute la région.
Musique antique et médiévale
L’Égypte pharaonique possédait une riche tradition musicale attestée par les fresques tombales et les découvertes archéologiques. Les instruments incluaient la harpe (à cordes verticales), le sistra (crinète sacrée associée à la déesse Hathor), les flûtes en os et en roseau, ainsi que des trompettes métalliques utilisées pour les cérémonies religieuses1.
À l’époque gréco-romaine, la musique égyptienne influença profondément la théorie musicale grecque. Les philosophes grecs voyaient en l’Égypte le berceau de la musique et des modes (dorien, phrygien) qui allaient structurer la musique européenne médiévale2.
Le tarab et la musique arabo-classique égyptienne
Le tarab (طرب, « l’extase musicale ») est le concept central de la musique classique arabe égyptienne. Il désigne l’état d’émotion intense et de transe que provoque un chant ou une instrumentale chez l’auditeur. L’Égypte a été le laboratoire principal du tarab au XXᵉ siècle, avec un orchestre de référence : le takht3.
Le takht traditionnel égyptien comprend :
- Oud (luth fretless) — leader et soliste
- Qanun (cithare à cordes pincées) — harmonie et mélodie
- Violon — adapté aux microtons arabes
- Ney (flûte en roseau) — voix mystique et lyrique
- Rabâb (archet monocorde) — basse mélodique
- Darbouka / tabla — percussions et rythmes
La Golden Age de la musique égyptienne (années 1920-1970)
Le XXᵉ siècle égyptien a vu naître ce qu’on appelle la Golden Age de la musique arabe, centrée sur Le Caire. Trois figures incarnent cette époque :
Oum Kalsoum (أم كلثوم, c. 1898–1975) est considérée comme la plus grande chanteuse du monde arabe. Surnommée Kawkab al-Sharq (« l’Étoile du Levant »), elle a dominé la scène musicale arabe pendant plus de 50 ans. Chaque mois, sa diffusion à la radio réunissait des dizaines de millions d’auditeurs4. Sa voix puissante et ses interprétations du maqâm (mode arabe) dans les œuvres de grands compositeurs comme Mohammed Abdel Wahab et Richard El Ghazenawi ont défini le tarab égyptien.
Abdel Halim Hafez (1929–1977), surnommé Shams al-Saliq (« le Soleil du Nuage Noir »), était un chanteur et acteur charismatique qui a modernisé le chant égyptien en y intégrant des influences orchestales occidentales, tout en restant fidèle aux modes et poétiques arabes5.
Mohammed Abdel Wahab (1902–1991) était compositeur, oudiste et chanteur — le « Mozart égyptien ». Il a introduit dans la musique arabe les structures symphoniques occidentales et est le compositeur de nombreux chefs-d’œuvre d’Oum Kalsoum.
Musique folklorique et shaabi
Au-delà du tarab classique, l’Égypte possède une musique folklorique riche et variée selon les régions :
- Saidi (Haute-Égypte) : la mizmar (hautbois double) et la rabâba accompagnent des danses de bâton. Les instruments traditionnels incluent aussi la simsimiyya (cithare époussetée), héritière de l’antique cithare pharaonique6.
- Fellahin : chants de travail agricoles a cappella ou au rebab.
- Rai sudiste : influences soudanaises et nubienes avec le oud, le tar et la flûte en bambou.
- Shaabi : musique populaire urbaine de Cairo (années 1970+), mélangearabe traditionnel avec des rythmes pop occidentaux, synthétiseurs et guitare électrique. Des artistes comme Ahmed Sadat, Mohammed Ramadan (le « roi du shaabi ») et plus tard Ahmed Hawaya en sont les figures principales7.
Musique soufie et rituelle
L’Égypte est un carrefour du soufisme dont la musique ritualisée (dhikr) forme une tradition vivante. Les chants de l’Ordre des Shadhiliyya et des ordres plus anciens emploient la ney, les grands tambours (derbouka) et les percussions à cadre. Ces cérémonies du vendredi ou des mulid (fêtes de saints) continuent d’inspirer les musiciens modernes8.
Instrumentarium égyptien
- Oud — l’instrument phare du takht, « roi des instruments arabes »
- Qanun — cithare triangulaire à 78 cordes
- Ney — flûte en roseau mystique, présente dans les cérémonies soufies
- Violon — adapté aux microtons arabes (quarts de ton)
- Darbouka / tabla — percussions du takht et du shaabi
- Simsimiyya / simsimīya — cithare époussetée d’Égypte, instruments pharaoniques
- Mizmar — hautbois double de Haute-Égypte, musique folklorique
- Rebab / rabâb — archet monocorde
Sources :
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Wikipédia, « Music of Egypt » — introduction générale. ↩︎
-
Afropop, « Music of Egypt » — exploration de la musique égyptienne. ↩︎
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Encyclopædia Britannica, article sur les modes arabes et le tarab. ↩︎
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New York Times / NPR, « Umm Kulthum : The Voice of Egypt » — biographie. ↩︎
-
Wikipedia, « Abdel Halim Hafez » — biographie. ↩︎
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Spotify, « The Sound of Egyptian Traditional » — playlist folklorique. ↩︎
-
Sharobim, « Music of Egypt » — introduction historique. ↩︎
-
Al Jazeera World, « The stories behind classic Arab love songs » — documentaire sur les grands chanteurs arabes. ↩︎
