Hamza El Din

Hamza El Din

Individu

Origine

Instruments

Oud

Biographie

Hamza El Din : Le maître du oud qui a porté la Nubie dans le monde

En septembre 1978, sous une éclipse lunaire totale, un oudiste égyptien se produit sur les marches de la grande pyramide de Gizeh aux côtés du Grateful Dead. Hamza El Din — né dans le village nubien de Toshka, ingénieur de formation — venait de franchir la dernière étape d’un parcours qui l’avait conduit des rives du Nil à Tokyo, de Rome à Berkeley.

En bref

Nom complet Hamza El Din (حمزة علاء الدين)
Naissance 10 juillet 1929, Toshka, Égypte (Nubie)
Décès 22 mai 2006, Berkeley (Californie), États-Unis
Domaine Oud, percussion (tar), chant
Genre Musique nubienne — traditions musicales de la Nubie, ancienne région d’Afrique du Nord le long du Nil
Œuvres emblématiques Escalay: The Water Wheel, Eclipse, A Wish
Distinctions Précurseur de la « world music » ; influence reconnue par les compositeurs minimalistes américains

Dates clés

Année Événement
1929 Naissance à Toshka, en Nubie égyptienne
1934 Déplacement vers Le Caire avec le déplacement des Nubiens provoqué par le barrage d’Assouan
1950s Études d’ingénierie électrique ; travail aux chemins de fer égyptiens
1961-1962 Études musicales à l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia (Rome)
1964 Premier album Music of Nubia (Vanguard) ; apparition au Newport Folk Festival
1968 Escalay: The Water Wheel chez Nonesuch, produit par Mickey Hart du Grateful Dead
1978 Concert aux pyramides de Gizeh avec le Grateful Dead
1981 Installation à Tokyo ; enseignement à l’Université de Tokyo ; étude du biwa
1992 Collaboration avec le Kronos Quartet sur Pieces of Africa
2006 Décès à Berkeley, Californie

Origines, tournant et consécration internationale

Hamza El Din voit le jour le 10 juillet 1929 dans le village de Toshka, en Nubie égyptienne. La Nubie est une terre millénaire, ancien royaume africain carrefour de civilisations dès le IVe millénaire avant notre ère. Son père est électricien, et c’est naturellement que le jeune Hamza se tourne vers cette profession. Il intègre l’Université King Fouad au Caire pour y étudier l’ingénierie électrique, puis travaille aux chemins de fer égyptiens.

Le tournant survient en 1934, lorsque la construction du premier barrage d’Assouan contraint sa famille à quitter Toshka. La montée des eaux engloutit les terres nubienes : temples, villages, terres agricoles. Hamza, attiré par la musique, découvre à la radio les figures légendaires de la chanson égyptienne — Umm Kulthoum et Mohamed Abdalwahab — et se met à jouer du tar, un tambour circulaire, avant de s’intéresser au oud, la luth arabe à manche court, instrument totalement inconnu dans la tradition nubienne.

Il étudie la musique arabe classique à l’Institut Ibrahim Chafiq, puis reçoit une bourse italienne pour poursuivre à l’Accademia di Santa Cecilia de Rome. Un étudiant américain, Geno Foreman, impressionné par sa musique, la transmet à Joan Baez, qui la fait parvenir à Bob Dylan. L’effet est immédiat. En 1962, Hamza s’installe à New York ; en 1964, son premier album Music of Nubia sort sur le label Vanguard, suivi de Al Oud en 1965.

Sa rencontre avec Mickey Hart, batteur du Grateful Dead, est déterminante. Hart produit en 1971 Escalay: The Water Wheel, publié par Nonesuch. Cet album est considéré comme l’un des premiers disques de « world music » à toucher un large public occidental. Steve Reich et Terry Riley le citent comme influence. En 1978, Hamza participe aux concerts égyptiens du Grateful Dead — le plus mémorable ayant eu lieu sous éclipse aux pyramides de Gizeh.

Après une brève période au Soudan, Hamza s’installe aux États-Unis. Il enseigne l’ethnomusicologie à l’Université d’Ohio, à Seattle et à Austin. En 1981, une bourse de la Japan Foundation le conduit à Tokyo, où il vit jusqu’au milieu des années 1990. Il y étudie le biwa, un luth japonais, devient professeur à l’Université de Tokyo, et publie son autobiographie en japonais. C’est à Tokyo qu’il rencontre sa future épouse, Nabra.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Escalay: The Water Wheel 1971 Premier disque de world music nubienne à toucher un large public occidental ; influence sur le minimalisme américain
Eclipse 1978 Confirmation de sa dimension cosmopolite ; réédité par Rykodisc, il relance sa visibilité aux États-Unis
Music of Nubia 1964 Premier album ; porte les sons de la Nubie naissante sur la scène folk internationale
A Wish 1999 Dernier album de son vivant ; retour mélancolique aux origines nubienes et aux paysages submergés
Muwashshah 1995 « Gala 2000 », une « lettre de pardon à la terre » pour la dégradation environnementale

Héritage

Hamza El Din est universellement reconnu comme le père de la musique nubienne moderne. Précurseur de la « world music », il est l’un des premiers artistes africains à atteindre un public occidental. Son approche — un oud virtuose nourri des rythmes de Nubie, enrichi de formations occidentales et japonaises — reste une référence.

Sa musique, jouée de sa main en tunique et turban blancs, était un pont entre les mondes. Il est réclamé par les Nubiens des deux côtés de la frontière Égypte-Soudan et reste, selon sa dernière interview, « un musicien nubien jouant ces mêmes thèmes pour le monde entier ».

Sources et références

  1. « Hamza El Din, 76, Oud Player and Composer, Is Dead », The New York Times, https://nytimes.com/2006/05/25/arts/25din.html, consulté le 23 octobre 2026.
  2. « Hamza El Din », The Guardian, https://theguardian.com/news/2006/may/30/guardianobituaries.egypt, consulté le 23 octobre 2026.
  3. « Hamza El Din, 76; Musician Popularized North Africa’s Ancient Traditional Songs », Los Angeles Times, https://www.latimes.com/archives/la-xpm-2006-may-30-me-din30-story.html, consulté le 23 octobre 2026.
  4. Hamza El Din, Britannica, https://britannica.com/biography/Hamza-El-Din, consulté le 23 octobre 2026.
  5. Hamza El Din, Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Hamza_El_Din, consulté le 23 octobre 2026.
  6. « Hamza el Din », AllMusic, https://www.allmusic.com/artist/hamza-el-din-mn0000556242, consulté le 23 octobre 2026.
  7. Hamza El Din, Qobuz, https://www.qobuz.com/us-en/interpreter/hamza-el-din/7615, consulté le 23 octobre 2026.
  8. « Bay Area Musical Luminaries Plan a Tribute to Hamza El Din », San Francisco Classical Voice, https://www.sfcv.org/articles/feature/bay-area-musical-luminaries-plan-tribute-hamza-el-din, consulté le 23 octobre 2026.
  9. « Musicians », Nubian Foundation, https://nubianfoundation.org/musicians, consulté le 23 octobre 2026.

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