Biographie
Abdel Gadir Salim
En 1971, au cœur de Khartoum qui s’agrandit et dont le premier camion fait son arrivée dans les villages reculés, Abdel Gadir Salim lance “Umri Ma Bansa”, traduite « Je ne t’oublierai jamais ». La chanson, mêlant le dialecte des monts Nouba aux instruments urbains, traverse le Soudan et reste aujourd’hui l’un des titres les plus emblématiques de la musique soudanaise. Plus de cinquante ans de carrière, des tournées internationales, une collaboration inattendue avec un rappeur ex-enfant-soldat et quarante ans d’enseignement à N’Djaména… Salim aura été le pont vivant entre les rythmes désertiques du Kordofan et la scène mondiale.
En bref
| Nom complet | Abdel Gadir Salim (عبد القادر سالم) |
| Naissance | 1946, Dilling, Kordofan du Sud, Soudan |
| Décès | 16 décembre 2025, Khartoum, Soudan |
| Domaine | Musique soudanaise, merdoum, oud |
| Œuvres emblématiques | “Umri Ma Bansa”, The Merdoum Kings Play Songs of Love |
| Distinctions | Président de l’Union soudanaise des professions musicales et artistiques |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1946 | Naissance à Dilling, dans les monts Nouba (Kordofan du Sud) |
| 1963 | Diplôme d’instituteur, Institut de formation pédagogique de Dilling |
| 1970 | Installation à Khartoum ; création du groupe All-Stars |
| 1971 | Premier grand succès, “Umri Ma Bansa” (« Je ne t’oublierai jamais ») |
| 1971 | Bascule de la musique urbaine vers les répertoires folkloriques du Kordofan et du Darfour |
| 1986 | Première tournée internationale en Europe, avec Abdel Aziz El Mubarak et Mohamed Gubara |
| 1989 | Premier album international, Nujum al-Lail (Stars of the Night), Globe Style |
| 1991 | Sortie de The Merdoum Kings Play Songs of Love, chez World Circuit |
| 1994 | Attaque au couteau à Omdurman ; le chanteur Khogali Osman trouve la mort |
| 1999 | Le Blues de Khartoum (Harmonia Mundi) |
| 2005 | Album Ceasefire avec Emmanuel Jal, ex-enfant-soldat soudanais |
| 2006 | Nommé professeur associé à la Faculté d’éducation de l’Université de Khartoum |
| 2012 | Représente le Soudan à la qualification du premier ABU Radio Song Festival |
Origines et révélation
Abdel Gadir Salim naît en 1946 dans le village de Dilling, au Sud-Kordofan, au pied des monts Nouba. Son enfance est bercée par une mosaïque de chants tribaux — Nuba, Abbala, Baggara — où les rythmes du merdoum, imitation du pas du chameau, fondent son oreille. En 1963, il obtient son diplôme d’instituteur. En 1970, il s’installe à Khartoum et fonde immédiatement son groupe, les All-Stars, où le saxophoniste Hamid Osman Abdalla — originaire lui aussi de Dilling — tient le premier rôle instrumental.
D’abord chantant le style urbain de la chanson de Khartoum, Salim opère en 1971 un tournant décisif : il plonge dans le répertoire traditionnel du Kordofan et du Darfour, arrondissant les mélodies rurales d’instruments occidentaux — saxophone, guitare électrique, accordéon — qui deviennent la signature de son orchestre. La même année, la radio et la télévision diffuseront “Umri Ma Bansa”, un hymne à la nostalgie qui reste indissociable de la mémoire musicale soudanaise.
La violence du régime islamique au pouvoir depuis le coup d’État de 1989 met la scène musicale en difficulté. En 1994, Salim est victime d’une attaque au couteau à Omdurman au cours de laquelle le chanteur Khogali Osman perd la vie. Salim, toujours au-dessus de la politique, qualifie l’acte d’un fou et poursuit son œuvre. Son répertoire soigneusement non-politique lui permet de survivre et de s’exporter.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| The Merdoum Kings Play Songs of Love | 1991 | Boussole mondiale du merdoum kordofanais ; production de légende chez World Circuit |
| Le Blues de Khartoum | 1999 | Fusion parfaite oud solo et orchestre, chez Harmonia Mundi |
| Ceasefire | 2005 | Duos avec Emmanuel Jal : réconciliation musicale dans un Soudan en guerre |
| Nujum al-Lail | 1989 | Premier album international, enregistrements au Royaume-Uni |
Héritage et influence
Abdel Gadir Salim a été bien plus qu’un artiste : il a été, sans le savoir, un ethnomusicologue, collectant dans les champs de Kordofan des chants de bergers Abbala et d’éleveurs Baggara pour les transformer en repères de sa propre musique. Il a dirigé pendant des années l’Union soudanaise des professions musicales et artistiques, publié des articles pour défendre les droits des musiciens, et enseigné à l’Université de Khartoum. Sa voix et son oud continuent d’inspirer des générations qui redécouvrent le Soudan au-delà des frontières. Il s’éteint le 16 décembre 2025 à Khartoum, à l’âge de 79 ans.
Sources et références
- « Abdel Gadir Salim », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Abdel_Gadir_Salim, consulté le 22 octobre 2026.
- « Abdel Gadir Salim », Wikipédia FR, https://fr.wikipedia.org/wiki/Abdel_Gadir_Salim, consulté le 22 octobre 2026.
- « Artist Profiles: Abdel Gadir Salim », World Music Central, Angel Romero, https://worldmusiccentral.org/2016/04/17/artist-profiles-abdel-gadir-salim/, consulté le 22 octobre 2026.
- « In Memoriam 2025-2026 », Grammy.com, https://www.grammy.com/press-room/in-memoriam, consulté le 22 octobre 2026.
- « Abdel Gadir Salim », Sudanow Magazine, https://sudanow-magazine.net/page.php?Id=828&mainId=15&subId=22, consulté le 22 octobre 2026.
- « Abdel Gadir Salim », Music in Africa, https://musicinafrica.net/node/10229, consulté le 22 octobre 2026.
- « Abdel Gadir Salim », Discogs, https://www.discogs.com/artist/4740339, consulté le 22 octobre 2026.
- « Khartoum Blues », Arabosounds, https://arabosounds.com/en/khartoum-blues, consulté le 22 octobre 2026.
- « Salim, Abdel Gadir (1946-2025) », BnF Catalogue, https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb140145039, consulté le 22 octobre 2026.
- « Salim, Gadir, Abdel Biography », Gateway of Africa, https://www.gatewayofafrica.com/artists/biography/214.html, consulté le 22 octobre 2026.






