Abou Chihabi

Abou Chihabi

Individu

Origine

Biographie

Abou Chihabi : la voix de l’océan Indien

En 1976, à vingt-deux ans, un jeune guitariste de Grande-Comore remporte un concours organisé par le président Ali Soilih et voit sa composition élue hymne national des Comores. L’année suivante, un coup d’État le chasse du pays. Il fuit au Kenya, puis en France en 1980, où il va bâtir une carrière internationale avec son groupe Folkomor Ocean, forgant un style unique qu’il appelle le « folkomore » — un mélange de traditions comoriennes, d’afro-folk jamaïcain et de reggae. Surnommé « Dylan de Moroni » par Le Monde, il est resté durant半个 siècle la figure sonore des Comores.

En bref

Nom complet Abdérémane Chihabiddine, dit « Abou Chihabi »
Naissance 1954, Grande-Comore, Comores
Genre Folkomore, afro-folk, reggae, zouk, soukous
Instruments Guitare, chant, flute, harmonica, percussions
Groupe Folkomor Ocean (fondateur)
Œuvres emblématiques « Ungwana », Folkomor Ocean, African Vibrations
Distinctions Prix des Auditeurs RFI Découvertes (1981), Prix Jeune Chant Québec (1982)

Dates clés

Année Événement
1954 Naissance à Grande-Comore dans une modeste famille
1968 Débuts dans le groupe Les Dragons
1969 Tournée en Afrique de l’Ouest avec l’Association Musicale de Moroni
1972 Fondation de Folkomor Ocean, mêlant sonores comoriennes, africaines et jamaïcaines
1976 Sa composition « Ungwana » devient hymne national des Comores sous le régime d’Ali Soilih
1978 Coup d’État ; fuit les Comores, s’installe au Kenya puis en France en 1980
1981 Prix des Auditeurs RFI Découvertes, premier prix pour un chanteur comorien
1983 Concert à la première Fête de la Musique à Paris
1997 Sortie de Folkomor Ocean (Playa Sound/Auvidis)
1999 Sortie de African Vibrations (Auvidis)

Du chant de Moroni à l’exil et beyond

Abdérémane Chihabiddine voit le jour en 1954 sur l’île de Grande-Comore, au cœur de l’archipel des Comores, dans le canal du Mozambique entre la côte est-africaine et Madagascar. Dès l’enfance, il est bercé par les chants et les danses qui rythment la vie quotidienne : cérémonies, fêtes, moments de rassemblement. Autodidacte, il apprend la guitare en écoutant les disques et en reproduisant les motifs à l’oreille.

En 1968, à quatorze ans, il intègre Les Dragons, l’un des premiers groupes modernes de Moroni. L’année suivante, il participe à une tournée en Afrique de l’Ouest avec l’Association Musicale de Moroni. Le voyage lui ouvre l’horizon : il découvre les sonorités africaines continentales, l’afro-folk jamaïcain et prend conscience de la richesse de sa propre culture. De retour à Moroni, il fonde Folkomor Ocean, une formation d’avant-garde. Le nom est programmatique : « Folkomor » réunit « folk » et « Comores », « Ocean » rappelle l’insularité. Le groupe mêle le mgodro (danse traditionnelle comorienne) aux rythmes reggae, aux accords du soukous congolais et aux textes engagés de la chanson francophone. Ses chants en shingazidja, la langue de Grande-Comore, dénoncent les injustices avec un sourire en coin, sans violence.

En 1976, l’histoire bascule. Le jeune État comorien, indépendant sous le président Ali Soilih, organise un concours pour son hymne national. Abou Chihabi remporte le concours avec sa composition « Ungwana » (« La Liberté » en comorien), aussi titul « Comor Masiwa Mane » (« Les quatre îles des Comores »). À vingt-deux ans, il est une star. Mais l’éclat ne dure pas : en 1978, Ahmed Abdallah, soutenu par le mercenaire Bob Denard, renverse le régime. Abou Chihabi, qui avait servi le pouvoir révolutionnaire, doit fuir en abandonnant son matériel. Il se réfugie au Kenya, puis en France en 1980 avec sa femme. L’exil est dur, mais la métropole offre un terrain porteur. En 1981, il remporte le « Prix des Auditeurs » au concours RFI Découvertes — premier chanteur comorien lauréat. En 1982, il reçoit le prix « Jeune Chant » au Québec. Avec Folkomor Ocean, il mène une carrière internationale : tournées dans les pays francophones, festivals. En 1983, il est des célébrations de la première Fête de la Musique à Paris. Sa musique se nourrit des deux rives de l’océan Indien, de la saudade brésilienne transposée dans les ambiances de l’archipel.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
« Ungwana » (hymne national) 1976 Premier hymne national des Comores, hymne à l’unité des quatre îles
Folkomor Ocean 1997 Album charnière qui fait connaître le « folkomore » au public international
African Vibrations 1999 Confirme sa place dans la world music francophone

Héritage

Abou Chihabi est reconnu comme le fondateur du « folkomore », courant qui a ouvert la voie à une génération entière de musiciens comoriens modernes. Des artistes comme Poundja Abdallah Boul (lauréat RFI Découvertes 1983), Maalesh, Salim Ali Amir et Nawal doivent en partie à son exemple le fait qu’on puisse mêler traditions insulaires et sonorités contemporaines sans renier ses racines. Le Monde le surnomme « le Dylan de Moroni » pour la justesse de sa dextérité à la guitare et de son lyrisme engagé.

Sa musique, construite dans l’exil mais ancrée dans la terre comorienne, reste un témoignage de l’espoir des Comores des années 1970. Il est l’« arbre qui cache la forêt » de la musique comorienne : derrière lui, le twarab, le mgodro, le rap comorien et des courants encore cachés continuent de se développer dans ce paysage sonore que la journaliste Soeuf Elbadawi qualifie d’« élastique, qui s’étire, s’attarde, mélange volontairement les temps ».

Sources et références

  1. « Music of the Comoros », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Music_of_Comoros, consulté le 23 octobre 2026.
  2. « Ungwana », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Ungwana, consulté le 23 octobre 2026.
  3. Craig Harris, « Abou Chihabi », AllMusic, https://allmusic.com/artist/mn0000491321, consulté le 23 octobre 2026.
  4. « Abou Chihabi », Discogs, https://www.discogs.com/artist/abou-chihabi, consulté le 23 octobre 2026.
  5. « Abou Chihabi et les guitares des Comores », Le Monde, https://www.lemonde.fr/musiques/article/2010/03/05/abou-chihabi-et-les-guitares-des-comores_5978304_1654986.html, consulté le 23 octobre 2026.
  6. « Comorian music: committed and hybrid », AFSF Blog, https://www.afsf.com/news/blog/tblog/comorian-music-committed-and-hybrid, consulté le 23 octobre 2026.
  7. « Prix Découvertes RFI », Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_découvertes_RFI, consulté le 23 octobre 2026.
  8. Ahmed Daniel, « Idéologie et poésie révolutionnaire aux Comores », Carnets de Recherches de l’Océan Indien, 2018, https://hal.univ-reunion.fr/hal-02474951v1/document, consulté le 23 octobre 2026.
  9. « Abou Chihabi », Afromix, https://www.afromix.org/html/musique/artistes/abou-chihabi/index.en.html, consulté le 23 octobre 2026.

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