Bi Kidude

Bi Kidude

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Origine

Biographie

Bi Kidude : la « petite grand-mère » qui a fait trembler Zanzibar

En 2004, pendant qu’elle tourne en Europe avec le Culture Musical Club de Zanzibar, la rumeur se répand sur l’île que Bi Kidude serait morte. Toute Stone Town en pleure. Pire encore : elle n’est pas morte. La vieille guerrière continue sa tournée, intrépide et intacte, preuve vivante qu’au-delà de cent ans, un souffle peut porter le poids d’une histoire entière.

En bref

Nom complet Fatuma binti Baraka, surnommée Bi Kidude (« petite grand-mère »)
Naissance Vers 1910, village de Kitumba (actuel district de Kati), Zanzibar
Décès 17 avril 2013, Zanzibar
Domaine Taarab (fusion arabo-swahilie mêlant violons, oud et rythmes africains) — Unyago (rythmes de drums pour les rites féminins)
Instruments Voix, drums ngoma
Œuvres emblématiques “Muhogo wa jang’ombe”, Zanzibar (1999), Machozi ya Huba
Distinctions Prix WOMEX 2005, Médaille des Arts et Sports de Tanzanie 2012

Dates clés

Année Événement
Vers 1910 Naissance à Kitumba, fille d’un vendeur de noix de coco
1920 Début de carrière musicale, inspirée par Siti binti Saad
1923 Fuit un mariage forcé à 13 ans, traverse vers le continent tanzanien
Années 1930 S’installe à Shangani, Stone Town ; chante le taarab féminin
1980 Retournement : retour sur la scène publique
1995 Tournée au Royaume-Uni avec Shikamoo Jazz Band, festival Womad
1999 Premier album solo : Zanzibar (Retroafric Recordings)
2004 Tournée européenne avec le Culture Musical Club
2005 Prix WOMEX pour sa contribution à la musique mondiale
2006 Sortie du documentaire As Old As My Tongue (Andrew Jones)
2012 Médaille des Arts et Sports de Tanzanie
2013 Décès le 17 avril à Zanzibar

Fuir pour chanter : les origines et la révolte

Fatuma binti Baraka naît vers 1910 dans le village de Kitumba, au sud de l’île de Zanzibar, fille d’un vendeur de noix de coco. De son âge, elle dira : « Je ne le sais pas moi-même, mais ma naissance date de l’époque de la roupie indienne », l’ancienne monnaie en circulation en Afrique de l’Est avant la Première Guerre mondiale. Son prénom de scène, « Bi Kidude », signifie « petite grand-mère » en swahili — un terme respectueux adressé aux femmes âgées. 1

Dès l’âge de dix ans, elle fait acte de rébellion en fuyant l’école coranique, puis à treize ans en échappant à un mariage forcé. Elle traverse la mer vers le continent tanzanien à bord d’une dhow et parcourt le pays à pied, barefoot, comme elle le fera toute sa vie. Sur les routes, elle apprend des chants, collecte des mélodies et découvre la musique de Siti binti Saad (1880-1950), pionnière de la scène musicale zanzibarie et première femme à chanter en public. 1

De retour à Zanzibar dans les années 1930, elle s’installe dans le quartier de Shangani à Stone Town. Elle s’immerge dans le taarab féminin, un style dont les paroles provocantes critiquent métaphoriquement le comportement sexiste des hommes. Elle participe aux cérémonies d’Unyago, rites de passage où les adolescentes reçoivent une éducation sociale et sexuelle. 2

La scène, les tours du monde et les scandales

Pendant des décennies, Bi Kidude chante en swahili lors de cérémonies et de festivals, souvent comme attraction principale. Sa carrière s’endort presque pendant cinquante ans avant de connaître un revirement dans les années 1980. Elle joue avec le groupe Sahib El-Ahri, puis rejoint les Twinkling Stars de Zanzibar. Les tournées suivent : Allemagne, Scandinavie, Japon, Moyen-Orient, Asie du Sud-Est.

Mais sa présence sur scène dépasse le cadre musical. Fille de la révolution sexuelle swahilie, Bi Kidude défie les tabous musulmans en fumant et buvant en public. Elle retire le voile, geste alors « vraiment révolutionnaire et si controversé », se souvient la DJ Rita Ray. Elle bat des drums ngoma avec une vigueur qui défie son âge. 1

En 2004, en pleine tournée européenne, la fausse nouvelle de sa mort se répand. « Je ne suis pas encore morte, peut-être que les gens le disent parce qu’ils ne m’ont pas vue depuis presque un mois ». La phrase lance une légende supplémentaire.

Les derniers concerts et l’héritage

En 1999, la Zanzibar International Film Festival lui décerne un prix d’honneur pour sa contribution aux arts. L’année suivante, elle enregistre Machozi ya Huba (Heartbeat Records), qui marie ses drums Unyago traditionnels au hip-hop local Zenji Flava, une juxtaposition stylistique remarquable. 3

Maryam « Mim » Suleiman, jeune musicienne rencontrée en 2013, se souvient : « Bi Kidude ? Tu ne plaisantes pas avec cette femme ! ». La chanteuse meurt trois semaines plus tard, le 17 avril 2013. Deux documentaires, As Old As My Tongue et I Shot Bi Kidude, signés Andrew Jones, immortalisent son parcours. 1

Son héritage se propage encore. Les musiciens singeli contemporains en Tanzanie s’inspirent de sa musique, utilisant des boucles accélérées et les rythmes d’Unyago, en breakant les règles comme elle. « Quand je chante, je me sens comme une fille de quatorze ans », disait-elle.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
“Muhogo wa jang’ombe” (avec Culture Musical Club) ? Hymne au travail et à l’indépendance féminine, en swahili poétique
Zanzibar (Retroafric Recordings) 1999 Premier album solo, enregistré vers 89 ans
Machozi ya Huba (Heartbeat Records) 2001 Fusion entre drums Unyago traditionnels et Zenji Flava
Zanzibara 4 – Bi Kidude (Buda Musique) 2007 Compilation posthume préservant le répertoire saadien

Héritage

Bi Kidude a marqué l’histoire culturelle de Zanzibar en brisant trois interdits d’un coup : le voile, le purdah, et l’idée qu’une femme ne devrait pas chanter en public. Inspirée par Siti binti Saad, elle a réinventé le taarab en y insufflant des rythmes locaux, la langue swahili et les réalités de la vie quotidienne.

Sa générosité était aussi légendaire que sa rébellion. En tournée, elle rapportait des milliers et dépensait tout en quelques jours pour aider sa famille et les inconnus en difficulté. Herboriste reconnue, elle préparait des remèdes à l’asthme et les distribue gratuitement. 2

Aujourd’hui, des générations de musiciennes tanzaniennes — de Mim Suleiman aux DJ singeli — la citent comme exemple de courage et d’authenticité. « Elle a vécu la vie qu’elle voulait vivre », dit Rita Ray. Un héritage fait de drums, de rébellion et de swahili chanté. 1

Sources et références

Encyclopédies


  1. World Music Central. Artist Profiles: Bi Kidude par Angel Romero, 23 décembre 2016, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎

  2. Pan-African Music. Remembering Bi Kidude with Mim Suleiman, 2023, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎ ↩︎

  3. Retroafric Recordings. Discographie Bi Kidude, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎