Biographie
Dédé Saint-Prix : le griot des îles qui a enflammé le monde
Dans la chaleur du Central Park new-yorkais, le son de la flûte en bambou de Dédé Saint-Prix traverse les foules et entraîne dans un mouvement collectif un public de Rio à Budapest. Ce musicien à la voix ensoleillée n’a cessé de répandre les rythmes antillais à travers le monde, faisant du chouval bwa — cette musique née des manèges de chevaux de bois traditionnels martiniquais — son étendard.
En bref
| Nom complet | André Saint-Prix, dit « Dédé » |
| Naissance | 10 février 1953, Le François, Martinique |
| Domaine | Chouval bwa, musique antillaise, musiques du monde |
| Instruments | Flûte en bambou, saxophone, percussions (tambour bèlè, congas) |
| Genres | Chouval bwa, zouk, rara, compas haïtien, salsa |
| Œuvres emblématiques | Piblicité, Fruits de la patience, Chouval bwa sans frontières |
| Distinctions | Maracas d’Or (1983), Chevalier de la Légion d’honneur (2012) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1953 | Naissance au François, Martinique, élevé par ses grands-parents |
| 1968 | Premier enregistrement à 15 ans, chorale de Fort-de-France |
| 1979 | Création du groupe Pakatak avec Bago Balthazar |
| 1982 | Fondation du groupe Avan-Van |
| 1983 | Maracas d’Or à Paris pour Piblicité |
| 1985 | Tournée de 48 salles en France en un été |
| 1991 | Démission de l’Éducation nationale pour la musique |
| 2005 | Fruits de la patience |
| 2012 | Chevalier de la Légion d’honneur et des Arts et des Lettres |
| 2019 | La ville du François nomme une place en son honneur |
Des origines au chouval bwa
André dit « Dédé » Saint-Prix voit le jour le 10 février 1953 au François, commune du littoral atlantique martiniquais. Élevé par ses grands-parents, aux côtés de son frère aîné Maurille, il évolue très jeune dans la tradition populaire de l’île. Dès l’âge de six ans, la musique du chouval bwa — ce battement de tambour bèlè, de ti-bwa en bambou et de chacha accompagnant autrefois les manèges de chevaux de bois actionnés à bras — le happe littéralement. « Autour du mât, il y avait des musiciens. J’avais envie de jouer avec eux. Je suis entré comme pousseur, parce que comme ça je ne payais pas pour rentrer ! »1
À peine adolescent, Dédé rejoint les petits groupes du François, Les Trouvères et Les Juniors. Il s’installe ensuite avec sa mère à Fort-de-France, intègre des formations plus ambitieuses, La Sélecta Martinique et Malavoi. En 1979, il crée Pakatak avec le saxophoniste Bago Balthazar, une « formation expérimentale de recherche rythmique » vouée à redonner toute sa place à la musique de son enfance. Deux ans plus tard, il fonde Avan-Van, qui deviendra son vehicule musical principal2.
Révélation et reconnaissance
Au début des années 80, Avan-Van emmène les rythmes chaloupés du chouval bwa en métropole, en Afrique, aux États-Unis. En 1985, Dédé tourne dans 48 salles françaises en un seul été. La consécration arrive en 1983, quand Piblicité remporte les Maracas d’Or à Paris, un prix dédié aux artistes africains et antillais. Dédé se produit alors à l’Olympia, au Zénith, à Central Park et enflamme les plus grandes scènes — Rock in Rio, Printemps de Bourges, Francofolies de La Rochelle3.
Sa musique se nourrit de toute la Caraïbe : compas haïtien, rara, salsa cubaine, raggamuffin jamaïcain. « J’ai le souvenir depuis mon enfance des orchestres haïtiens qui venaient en Martinique jouer dans les bals. Il y a toujours eu des Haïtiens en Martinique », se remémore-t-il. « Quand un orchestre haïtien joue, il n’y a pas un moment où la piste est vide »4. Dédé Saint-Prix est considéré comme le griot des îles.
Carrière et transmission
Parallèlement à sa carrière musicale, Dédé exerce comme instituteur pendant onze ans. « Ma musique a carrément pris le dessus sur mon emploi du temps et sur mon esprit. Je ne pensais qu’à ça ! », confie-t-il. Il démissionne de l’Éducation nationale en 1991. La suite de sa carrière se construit sur deux axes : la création et la transmission. En tant que créateur, il publie une vingtaine d’albums — Chouval bwa sans frontières (1995), Fruits de la patience (2005), Aka Man Soso (2014) en duo avec le Guadeloupéen Gérard Pomer, Raices y Culturas (2013). Collaborateur prolifique, il travaille avec Malavoi sur Marronage (1999), Jocelyne Béroard, le Camerounais Blick Bassy, et participe à l’Eurovision avec Serge Gainsbourg5.
En tant que pédagogue, Dédé anime des master-classes de percussions afro-caribéennes au conservatoire d’Angoulême, au Festival Musiques Métisses, au Falun Folkmusic Festival en Suède. Il est parrain de l’association Musique et Santé et anime des ateliers musicaux en milieu hospitalier. « Mon but serait de créer une ONG en faveur de la tradition ». En 2012, il reçoit l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur. En 2019, la ville du François lui rend hommage en nommant une place en son honneur5.
Le saviez-vous ?
Le saviez-vous ? Dédé Saint-Prix a effectué en 1985 la tournée du Grand Méchant Zouk, aux côtés de figures majeures de la musique antillaise comme Kassav’, Béranger Galernier et Jean-Marc Négrier.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Piblicité | 1983 | Premier grand succès solo, prix Maracas d’Or |
| Avan-Van tombe d’amour | 1984 | Chouval bwa en fusion avec les musiques caribéennes |
| Chouval bwa sans frontières | 1995 | Synthèse de sa vision panafricaine et caribéenne |
| Fruits de la patience | 2005 | Come-back studio confirmé, ouverture sur l’Afrique |
| Aka Man Soso | 2014 | Duo avec Gérard Pomer, retour au gwoka guadeloupéen |
Héritage
Dédé Saint-Prix reste l’un des artisans majeurs de la modernisation du chouval bwa, cette musique qui a ouvert la voie au zouk popularisé par Kassav’. Au-delà de sa musique, il est un passeur culturel de première importance4. Patrick Chamoiseau, l’un des piliers de la créolité, lui a confié écouter ses vieux disques pendant qu’il prenait la plume. « Son encouragement m’a incité à garder le cap ».
Ses master-classes attirent la diaspora antillaise du monde entier. « Plus on est loin de l’île et plus on en est conscients ! ». Il a aussi posé les bases de son label LPK Sound, destiné à produire des artistes aux horizons éclectiques. « Le créole est ma carte d’identité ».
Le documentaire Le Griot des îles (SaNoSi Productions, 2017, 52 min), coproduit par Martinique 1ère, témoigne de son parcours. Dédé Saint-Prix a consacré sa vie à dire : « Aucun océan ne nous sépare ».
Sources et références
Encyclopédies
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Personnages, Africultures, africultures.com, consulté le 29 octobre 2026, https://africultures.com/personnes/?no=3734 ↩︎
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Dédé Saint Prix, International Magazine Kreol, kreolmagazine.com, consulté le 29 octobre 2026, https://kreolmagazine.com/dede-saint-prix ↩︎
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Dédé Saint-Prix et le compas haïtien, RFI Musique, 4 février 2026, https://musique.rfi.fr/musique/20030204-dede-saint-prix-le-compas-haitien.html ↩︎
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Dédé Saint-Prix, un maître de tradition, Rodolf Etienne, Martinique France-Antilles, 20 août 2014, https://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/culture/dede-saint-prix-un-maitre-de-tradition-857770.php ↩︎ ↩︎
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Dédé Saint-Prix, AZ Martinique, azmartinique.com, consulté le 29 octobre 2026, https://azmartinique.com/fr/tout-savoir/personnes-celebres/dede-saint-prix ↩︎ ↩︎















