Biographie
Ebo Taylor : la guitare qui a fait danser l’Afrique
Le 6 février 2026, un concert au festival EboFest d’Accra se transforme en célébration populaire — le public ne sait pas encore que le lendemain, Ebo Taylor, 90 ans, aurait disparu. Mais la semaine précédente, la foule dansait sur « Heaven », ce riff de guitare cristallin composé en 1977, aujourd’hui samplé par des producteurs de hip-hop, joué par des DJ européens, chanté par des enfants de Saltpond. Ebo Taylor n’était pas un musicien : c’était la colonne vertébrale de la musique ghanéenne, invisible pendant des décennies avant de réapparaître comme un trésor enfoui.
En bref
| Nom complet | Deroy « Ebo » Taylor |
| Naissance | 6 janvier 1936, Cape Coast, Gold Coast britannique |
| Décès | 7 février 2026, Saltpond, Ghana |
| Domaine | Highlife, afrobeat, jazz, funk |
| Instruments | Guitare, piano |
| Œuvres emblématiques | « Heaven », « Twer Nyame », Love and Death, Appia Kwa Bridge |
| Distinctions | Prix Kwame Nkrumah African Genius (2014), Music Legend (Ghana Business Awards 2019) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1936 | Naissance à Cape Coast, Gold Coast britannique |
| 1958 | Premiers succès avec les Stargazers et Broadway Dance Band |
| 1962 | Voyage à Londres ; étude à l’École de musique Eric Gilder ; collaboration avec Fela Kuti |
| 1965 | Retour au Ghana ; direction des Uhuru Dance Band |
| 1976 | Sortie du premier album solo, My Love and Music |
| 1978 | Album Twer Nyame (Philips) |
| 1980 | Conflict Nkru! avec Uhuru Yenzu |
| 1982 | Hitsville Re-Visited, dernière collaboration studio avec Pat Thomas |
| 1984 | Arrêt de l’enregistrement ; Taylor se tourne vers la production |
| 2010 | Love and Death sur Strut Records, première distribution internationale |
| 2014 | Prix Kwame Nkrumah African Genius |
| 2025 | Redécouverte aux États-Unis par le label Jazz Is Dead |
Le parcours d’un colosse du highlife
Né Deroy Taylor le 6 janvier 1936 à Cape Coast, il prend le piano à six ans avant de céder à la guitare. Dans le Ghana des années 1950, en pleine lutte pour l’indépendance, il se joigne aux Stargazers, premier grand groupe highlife du pays, puis aux Broadway Dance Band, composant des titres devenus des classiques nationaux : « Sika Enibre », « Owu Na Mewu ». En 1962, à vingt-six ans, il voyage à Londres et intègre l’école de musique Eric Gilder, où il retrouve des jeunes musiciens ouest-africains, dont un certain Fela Kuti encore inconnu. Taylor fonde le Black Star Highlife Band, où ses arrangements de cuivres inspirés du jazz se collent à des rythmes highlife.
De retour au Ghana en 1965, Taylor entre chez Essiebons Records comme guitariste, arrangeur et producteur. Il façonne le son de Pat Thomas, C. K. Mann et Jewel Ackah, et donne naissance à sa propre musique. Au début des années 1970, il forme l’Apagya Show Band, « afro-band » novateur qui mélange funk, soul et percussions africaines. En solo, avec les Pelikans ou Uhuru Yenzu (« Liberté et unité »), il grave des albums devenus des références : My Love and Music (1976), Twer Nyame (« Crois en Dieu », 1978), Conflict Nkru! (1980). « Heaven », son single de 1977, est aujourd’hui l’un des morceaux d’afrobeat les plus samplés — il a figuré dans « She Don’t Know » d’Usher featuring Ludacris.
Après 1984, Taylor se retire des studios pour se consacrer à la production et à l’enseignement : en 2001, il fait du highlife et du jazz guitare à l’Université du Ghana. La redécouverte commence en 2003 avec la compilation Ghana Soundz du label Soundways, où « Heaven » stupéfie les amateurs européens. Strut, Mr Bongo et Superfly rééditent ensuite ses albums. En 2010, Love and Death — enregistré avec le Berlin Afrobeat Academy — marque son entrée officielle sur la scène internationale, suivi en 2012 par Appia Kwa Bridge, composé à 77 ans. Prix Kwame Nkrumah African Genius en 2014, légende de la musique ghanéenne en 2019, redécouverte en 2025 par le label Jazz Is Dead.
Discographie essentielle
| Album | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| My Love and Music | 1976 | Premier album solo, highlife lush avec influences reggae, introuvable à l’origine |
| Twer Nyame (« Crois en Dieu ») | 1978 | Classique du highlife ghanéen, percussions et cuivres en feu |
| Conflict Nkru! | 1980 | Dénonciation politique de la corruption avec Uhuru Yenzu |
| Love and Death | 2010 | Premier album internationalement distribué, enregistré avec le Berlin Afrobeat Academy |
| Appia Kwa Bridge | 2012 | Composé à 77 ans, chants Fante et comptines enfantines : vitalité créative sans âge |
Héritage et influence
Ebo Taylor était l’orchestre. Son riff de guitare entre highlife et funk, son chœur de gospel africain — tout cela a façonné le son du Ghana moderne. Il inspire les producteurs de hip-hop qui fouillent les vinyles, les DJ de jazz qui redécouvrent les catalogues oubliés, et les jeunes musiciens d’Accra qui jouent encore ses morceaux. Sa postérité, c’est celle d’un artisan silencieux dont la musique, patiente et inaltérable, n’attendait qu’un public prêt à l’écouter.
Sources et références
- « Ebo Taylor: Ghana’s influential highlife and Afrobeat musician dies at 90 », BBC News, https://www.bbc.com/news/articles/c1e9p04n8y9o, consulté le 18 octobre 2026.
- « Ebo Taylor obituary », The Guardian, https://www.theguardian.com/world/2026/feb/13/ebo-taylor-obituary, consulté le 18 octobre 2026.
- « Ebo Taylor », Wikipédia, https://en.wikipedia.org/wiki/Ebo_Taylor, consulté le 18 octobre 2026.
- « Ebo Taylor », BBE Music, https://bbemusic.com/artist/ebo-taylor, consulté le 18 octobre 2026.
- « EBO TAYLOR », Jazz Is Dead, https://www.jazzisdead.com/ebotaylor-1, consulté le 18 octobre 2026.
- « An introduction to the funky Ghanaian afrobeat of Ebo Taylor », The Vinyl Factory, http://www.thevinylfactory.com/vinyl-factory-releases/introduction-ghanaian-afrobeat-ebo-taylor/, consulté le 18 octobre 2026.
- « The Ghanaian musician who helped put West African music on the world map », CNN, https://www.cnn.com/style/article/ebo-taylor-ghanian-highlife-aag/index.html, consulté le 18 octobre 2026.
- « Ghana’s Ebo Taylor on his new popularity », BBC News, https://www.bbc.com/news/world-africa-25657461, consulté le 18 octobre 2026.
- « At 90, the Ghanaian Highlife Pioneer Ebo Taylor Finds a New Voice », The New York Times, https://www.nytimes.com/2025/01/21/arts/music/ebo-taylor-jazz-is-dead.html, consulté le 18 octobre 2026.
- Discogs, https://discogs.com, consulté le 18 octobre 2026.




















