Biographie
Émile Kangue : la basse qui a fait danser le Cameroun
En 1980, sur un 33 tours gravé par le label Africa Oumba, Émile Kangue, bassiste et chanteur, lâche un titre qui va rester dans les mémoires : “Dikom Lam La Moto”. « Mon très cher ami » murmure le refrain en bassa. Le morceau se vend à plus de 50 000 exemplaires, vaut un disque d’or et s’immisce dans les bars de Douala1. Vingt-six ans plus tard, Massa Chop Chop renouvelle l’expérience.
En bref
| Nom complet | Émile Kangue |
| Naissance | 25 avril 1953, Édéa, Cameroun |
| Domaine | Makossa — fusion des rythmes Sawa (Ambass-bey, Bolobo, Assiko) avec rumba congolaise et highlife2 |
| Instruments | Basse, chant |
| Années actives | 1966–présent |
| Groupe emblématique | Black Styl (1970-1985) |
| Œuvres emblématiques | “Dikom Lam La Moto”, “Halom”, Douala Infos |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1953 | Naissance à Édéa, fils de Joseph et Tapita Yaki, aîné de douze enfants |
| 1966 | Début musical : chorale et orchestre scolaire Les Bandeaux noirs |
| 1970 | Entrée chez Black Styl, sous la direction de Nkotti François |
| 1974 | Tournée en France, album Black Styl à Paris |
| 1980 | Solo : Dikom Lam La Moto, disque d’or |
| 1987 | Titre repris par Charlotte Mbango sur Nostalgie |
| 2016 | Massa Chop Chop, cinquantenaire de carrière |
| 2020 | Prix de carrière AFRIFAMU (Los Angeles) |
Des fenêtres pour entrer dans la musique
Émile Kangue naît le 25 avril 1953 à Édéa, ville au bord de la Nyong, à cent kilomètres de Douala3. Son enfance baigne dans le son : chaque soir, il accompagne sa mère à la chorale, là où il apprend le chant. Mais ses parents considèrent la musique comme une affaire de voyous, et il faut passer par la fenêtre pour rejoindre les répétitions de l’orchestre scolaire Les Bandeaux noirs.
Cette interdiction n’empêche pas la vocation. À seize ans, Kangue joue dans les bars d’Édéa puis enchaîne les soirées doualéennes au Ratio Bar, à l’Ambiance Bar et chez L’Orfecam Jazz3. Il joue avec le regretté Epee Mbende Richard et son cousin Mbangue Marcel Theophile. Par les bars Davum à Bonakwamang, le destin le conduit vers les Corniches, un collectif proche du précurseur du makossa Emmanuel Néllé Eyoum. Deux ans plus tard, Black Styl ouvre sa porte.
Black Styl : quinze ans de makossa pur
Au début des années 1970, Émile Kangue rejoint Black Styl, fondé par Nkotti François, avec Toto Guillaume à la guitare. Aucun ne lit de partition ; les compositions se construisent à l’oreille, forgeant le son caractéristique du makossa moderne. Les concerts s’enchaînent au bar Mermoz, devenu emblématique. “Black Styl Mwassa” — titre-hymne qui cite tous les membres — devient une référence1. La tournée de 1974 en France produit l’album Black Styl à Paris, preuve que le makossa dépasse les frontières.
Après quinze ans, Kangue se retire1. Dans l’interview de 2014 à Cameroon Concord, il laisse planer un mystère protecteur : « Black Styl reste uni et fort dans l’esprit, aujourd’hui comme toujours ». Le départ n’était ni rupture ni rancune.
Solo : le disque d’or et au-delà
Dès 1980, Dikom Lam La Moto paraît sur le label Africa Oumba1. Les cinq titres — “Na Ma Yô”, avec un chœur de guitares remarquable — se vendent à plus de 50 000 exemplaires. Paco Rabanne lui remet un disque d’or. En 1987, Charlotte Mbango reprend le titre phare sur Nostalgie, relançant le succès.
Sur Douala Infos, Kangue entoure ses titres des voix montantes : Sissi Dipoko, Charlotte Mbango, Penda Dalle4. Il fait appel à Toto Guillaume pour les arrangements. “Sumwa Mulema”, “Diba Di Titi Etom” et “Halom”, composé en bassa, deviennent des classiques. En 2016, Massa Chop Chop marque son cinquantenaire.
Héritage
Émile Kangue a porté le makossa par deux voies : bassiste de Black Styl, l’un des collectifs les plus influents du genre2, et artiste solo dont les titres ont irrigué toute une génération. Le makossa, ce rythme né des danses Sawa et nourri de rumba et de highlife, doit à des figures comme la sienne de ne jamais être réduit à un épiphénomène. Douala garde en mémoire les soirées du Mermoz où sa basse faisait trembler les planches.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Dikom Lam La Moto | 1980 | 50 000 exemplaires ; disque d’or ; repris par Mbango |
| Black Styl à Paris | 1974 | Premier enregistrement international de Black Styl |
| Douala Infos | 1980-89 | Laboratoire vocal : Sissi Dipoko, Charlotte Mbango, Penda Dalle |
| “Halom” | 1980-89 | Composition en bassa ; classique du répertoire |
| Massa Chop Chop | 2016 | Cinquantenaire de carrière |
Sources et références
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Wikipédia FR, Émile Kangue ; Afro Caribbean Beats, Dikom Lam La Moto, consulté le 1er novembre 2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
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African Music Library, Émile Kangue Profile, consulté le 1er novembre 2026 ↩︎ ↩︎
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ESMA Paris 1, À la découverte du Makossa, 21 décembre 2020 ↩︎ ↩︎
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Cameroun Web, Interview Great Emile Kangue, 24 novembre 2014 ↩︎




