Biographie
Faytinga : la lyre de la libération
En 1976, à seize ans, Dahab Faid Tinga quitte Asmara pour rejoindre les maquis de la guérilla érythréenne. On l’affecte à des tâches administratives, mais c’est à la tribune qu’elle brille. Armée d’une krar — petite lyre traditionnelle à six cordes —, elle chante pour les combattants, transmettant espoir et détermination. Trente ans plus tard, cette « femme-combattante devenue musicienne » porte sur les scènes internationales la voix de son peuple kunama, dont son père, surnommé « Fighting Gun » par les Britanniques, a défendu les droits1.
En bref
| Nom complet | Dahab Faid Tinga (alias Dehab Faytinga) |
| Nom de scène | Faytinga |
| Naissance | 10 juin 1962, Asmara (alors en Éthiopie) |
| Nationalité | Érythréenne |
| Origine ethnique | Kunama (père) et Tigrinya (mère) |
| Domaine | Chanteuse, musicienne, compositrice |
| Instruments | Krar (lyre), danse, chant |
| Genres | World music, musique kunama, musique érythréenne |
| Albums emblématiques | Numey (2000), Eritrea (2003) |
| Distinctions | 2e prix et 1re chanteuse femme d’Afrique de l’Est, Ma’ Africa 2000 |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1962 | Naissance à Asmara, mère tigrinya et père kunama |
| 1976 | À seize ans, rejoint la lutte armée pour l’indépendance de l’Érythrée |
| 1977-1991 | Combat pendant la guerre d’indépendance ; soutien moral par le chant |
| 1987 | Programme radio en langue kunama |
| 1990 | Tournée Europe-États-Unis avec la Sibrit Cultural Troupe |
| 1995 | Première tournée en solo après Sala Da Goda sur cassette |
| 2000 | Prix Ma’ Africa et publication de Numey sur Cobalt Records |
| 2003 | Sortie de l’album Eritrea |
| 2002-2010 | Ambassadrice culturelle : Expo 2005 Aïchi, Expo 2010 Shanghai |
| 2022-2023 | Concerte avec le trompettiste Hermon Mehari en France et Suisse |
De la guérilla aux platines
Faid Tinga Longhi, père de Faytinga, forme un orchestre militaire après 1941 pour défendre le peuple kunama1. La British Administration lui donne le surnom de « Fighting Gun ». Représentant les Kunama jusqu’en 1962, il est emprisonné par le régime éthiopien avant d’être libéré en 1974 par les guérilleros de l’EPLF.
À seize ans, Faytinga embarque pour le maquis. Formée à Bilekat, elle est affectée aux tâches bureaucratiques mais c’est sa voix qu’elle mobilise en premier. « Elle a transformé son rêve de chanter en une mission : distraire et galvaniser les combattants par une musique d’espoir ». À la fin des années 1980, elle met sur pied un programme radio en langue kunama et intègre le comité national de l’Union des femmes érythréennes au Soudan.
Le krar devient son instrument de chevet. Son style, « forgé sur le terrain », fusionne les traditions de plusieurs communautés érythréennes.
L’ouverture au monde
En 1990, Faytinga tourne en Europe et aux États-Unis avec la Sibrit Cultural Troupe, représentant la culture érythréenne naissante. De retour au pays, elle publie Sala Da Goda sur cassette, en 1996.
Sa percée internationale arrive en deux temps. En 1999, une invitation au festival Africolor en France. Le déclic : Numey sort en janvier 2000 chez Cobalt Records, label parisien. Tous les titres sont en kunama — le titre éponyme signifie « Ne coupe pas le narrateur », une chanson de conseil. L’album révèle la ressemblance entre le wata, basse-luth érythréen, et le ngoni ouest-africain. Le même année, Faytinga remporte le Ma’ Africa à Benoni2.
Eritrea, en novembre 2003, élargit la palette : au krar et au wata s’ajoutent guitare, flûte et percussions. Des titres comme Goda Anna et Milomala — ce dernier, tiré des combats de l’indépendance — restent parmi les plus diffusés3.
Ambassadrice, militante et héritage
Faytinga incarne l’ambassadrice culturelle de l’Érythrée à Johannesburg (2002), Aïchi (2005) et Shanghai (2010). Elle s’engage contre le sida, chantant lors de la Journée mondiale de 2003 à Asmara et participant à un gala de bienfaisance en 2005 avec la chanteuse kényane Achieng’ Abura1.
Sur le plan musical, elle continue : les singles Besela (2016), Kebkeba Kone (2017), Tsela’ika (2021) et Erey (2025). Elle collabore avec le trompettiste Hermon Mehari pour Asmara (2022) et chante lors de « Couleurs du Monde » de France Musique en 2016. « Je chante la paix, l’amour et l’entente, parce que la guerre n’a apporté aucun changement positif à l’Afrique. J’apporte aux gens une musique d’espoir »4.
Pour Music in Africa en 2016, elle déclare : « Je découvre que la musique est un langage universel qui me procure paix et tranquillité »5.
Marco Cavallarin, dans Africa e Mediterraneo, la décrit comme « une interprète de la culture profonde de son pays et de son histoire la plus ancienne et la plus récente ». « Il n’y a pas de chemin facile vers le succès »1, conclut-elle.
Son héritage se lit dans le maintien du kunama dans le répertoire musical contemporain et dans l’ouverture aux femmes musiciennes érythréennes.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| Sala Da Goda | 1996 (cassette) | Premier album, entièrement en kunama |
| Numey | 2000 | Premier album international ; tous les titres en kunama |
| Eritrea | 2003 | Guitare, flûte et percussions s’ajoutent au krar |
Héritage
Faytinga demeure, dans les textes de Marco Cavallarin, « une interprète de la culture profonde de son pays »4. Sa lyre continue de jouer, vingt-cinq ans après les maquis.
Sources et références
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Faytinga, About Me, https://faytinga.com/about-me, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎ ↩︎ ↩︎ ↩︎
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Music In Africa, Women in Eritrean music, https://www.musicinafrica.net/node/15098, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎
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MusicBrainz, Faytinga, https://musicbrainz.org/artist/922ae620-acce-4d57-bfd9-ee6add5cf84a, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎
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Africa e Mediterraneo, Marco Cavallarin, cité dans Wikipedia Dehab Faytinga, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎ ↩︎
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Music In Africa, Swiss-based Eritrean singer Faytinga working on new album, https://www.musicinafrica.net/node/15586, consulté le 28 octobre 2026 ↩︎

