Biographie
Hailu Mergia
Depuis son taxi à Washington, Hailu Mergia attrape un clavier portable dans le coffre entre deux courses, s’installe sur un parking et fait résonner des mélodies qui traversent les décennies1. À 78 ans, l’ancien claviériste du Walias Band vit une seconde vie sur les scènes internationales.
En bref
| Nom complet | Hailu Mergia |
| Naissance | vers 1946, Debre Birhan, Shewa, Éthiopie |
| Domaine | Clavier, accordéon, composition |
| Genre | Ethio-jazz, funk, jazz-funk |
| Groupe emblématique | Walias Band |
| Œuvres majeures | Tezeta (1975), Tche Belew (1977), Lala Belu (2018) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1946 | Naissance à Debre Birhan, région du Choa |
| 1956 | Déménage à Addis-Abeba à l’âge de 10 ans |
| 1960 | Début de la pratique professionnelle à 14 ans |
| 1965 | Formation du groupe au Zula Club, ancêtre du Walias Band |
| 1973 | Bande résidente de l’hôtel Hilton d’Addis-Abeba |
| 1975 | Sortie de Tezeta avec le Walias Band |
| 1977 | Sortie de Tche Belew, album instrumental culte |
| 1981 | Immigre à Washington DC après la tournée américaine |
| 1985 | Enregistre Hailu Mergia & His Classical Instrument en solo |
| 1998 | Devient chauffeur de taxi au-dessus de Dulles |
| 2013 | Redécouverte par Awesome Tapes From Africa |
| 2018 | Lala Belu, premier album inédit en 33 ans |
| 2020 | Yene Mircha, album trio complet |
Du Zula Club au Hilton, du taxi à la scène internationale
Hailu grandit entouré des mélodies traditionnelles amhara2. À 14 ans, il quitte l’école pour rejoindre le service musical de l’armée, où il apprend à lire et écrire la musique. Il devient musicien freelance dans les nightclubs d’Addis-Abeba, jouant sur des instruments empruntés. C’est au Zula Club qu’il rencontre les membres qui formeront le Walias Band, nommé d’après un rapace endémique des montagnes éthiopiennes.
Leur ambition était simple : posséder leurs propres instruments. Chacun mettait deux dollars par nuit dans une cagnotte collective — tradition éthiopienne appelée ekud — jusqu’à acheter un matériel qui leur appartenait. « Nous étions un groupe égalitaire », raconte Hailu. « Tout le monde était payé pareil, tout le monde tournait comme leader. »
Leur talent les amène au Hilton Intercontinental d’Addis-Abeba3. De 19 heures à 22 heures, ils jouent de la musique de dîner pour diplomates et touristes — Stranger in the Night, New York, New York, chansons japonaises et arabes. Après 23 heures, la salle se transforme : le public arrive pour danser, et le Walias Band plonge dans le funk, le soul et le jazz américain. « Je changeais les rythmes, les gens reconnaissaient la mélodie mais avec un style différent », explique-t-il.
La production restait contrôlée par le régime du Derg4. Pour contourner la censure, Hailu composait majoritairement des instrumentaux. « Quand on chante, il faut soutenir le gouvernement, et si on ne le fait pas, on a des problèmes. »
En 1981, le Walias Band se rend aux États-Unis pour une tournée. Le groupe se disperse : certains rentrent en Éthiopie, d’autres demeurent. Hailu choisit Washington DC. Il enregistre Hailu Mergia & His Classical Instrument en 1985, album où il joue seul — Rhodes piano, accordéon et Moog se répondent. Six ans plus tard, il arrête de se produire publiquement, ouvre un restaurant, puis, en 1998, achète son premier taxi. « Je voulais la liberté d’un chauffeur de taxi. Avec le taxi, j’avais mon propre emploi du temps »5. Entre les courses, il sort son clavier Yamaha du coffre : « Quand je compose, je l’enregistre avec mon téléphone, je siffle, et ensuite je le mets au clavier. »
Le destin musical bascule en 2013. Brian Shimkovitz, fondateur d’Awesome Tapes From Africa, découvre la cassette originale de l’album de 1985 dans une boîte à Addis-Abeba et la réédite. Le monde découvre Hailu Mergia. Il forme un trio avec le bassiste Mike Majkowski et le batteur Tony Buck, et publie Lala Belu (« Disons Lala ») en 2018. L’album atteint le Top 20 du classement Billboard Jazz. En 2020, Yene Mircha confirme sa renaissance.
Ses œuvres majeures incluent Tezeta (1975, premier album du Walias Band), Tche Belew (1977, album instrumental culte mêlant orgue et gammes pentatoniques), Hailu Mergia & His Classical Instrument (1985, solo hypnotique accordéon-Rhodes-Moog), Lala Belu (2018, comeback en top 20 Billboard Jazz) et Yene Mircha (2020, album trio).
Héritage
Hailu Mergia incarne l’une des histoires les plus extraordinaires de la musique africaine6. Sa musique, redécouverte par la magie des cassettes oubliées, a inspiré des générations — y compris Yo-Yo Ma, qui a repris Muziqawi Silt. Le Walias Band a ouvert la voie à une scène ethio-jazz documentée par la série Ethiopiques de Francis Falceto.
Sources et références
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The Guardian, Hailu Mergia: the Ethiopian jazz legend who jams in his taxi, 1 mars 2018. ↩︎
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Afropop Worldwide, The Return of Hailu Mergia, par Ron Deutsch, consulté le 31 octobre 2026. ↩︎
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PBS NewsHour, This former Ethiopian music star is getting a late-life encore in the U.S., 1 mars 2018. ↩︎
-
Washington Post, Keyboardist Hailu Mergia left behind his days as a superstar in Ethiopia, 5 juin 2019. ↩︎
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AllMusic, Hailu Mergia — Biography, Discography, Albums & Expert Reviews, par Timothy Monger, consulté le 31 octobre 2026. ↩︎
-
Wikipedia, Hailu Mergia, consulté le 31 octobre 2026. ↩︎









