Biographie
Juka Castro : la voix de São Tomé qui a conquis Lisbonne
Le dimanche 5 mai 2013, à la siège des Nations Unies à New York, le chanteur Juka Castro lance un rythme traditionnel de São Tomé. La salle explose, le public debout. Cet archipel du Golfe de Guinée s’impose sur la scène mondiale grâce à un homme que ses compatriotes appellent le « Príncipe de São Tomé ».
En bref
| Nom de scène | Juka Castro |
| Naissance | 24 avril 1967, São Tomé, São Tomé-et-Príncipe |
| Nationalité | São-toméen |
| Activités | Chanteur, compositeur, danseur, chorégraphe, producteur musical |
| Genres | zouk, kizomba, soukouss, afro-pop, ússua, socopé |
| Œuvres emblématiques | “Angelina”, “Amiga (Amor Caliente)”, “Alô Cherry” |
| Distinctions | Représentant de São Tomé au concert ONU (2013) |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1967 | Naissance à São Tomé |
| 1974 | Début de la musique à 7 ans, sa mère lui rapporte une harmonica du Portugal |
| 1982 | Installation à Lisbonne, âge 15 ans |
| 1992 | Premier album “Alô Cherry”, début de carrière professionnelle |
| 2013 | Concert au Siège des Nations Unies à New York |
| 2024 | 18e album “Amor me leva” |
Parcours : de São Tomé à Lisbonne puis le monde
L’histoire musicale de Juka Castro commence très tôt. À sept ans, alors que son archipel vit encore les soubresauts de l’indépendance (acquise en 1975), sa mère revient d’un voyage au Portugal et lui rapporte une harmonica. Il la prend, l’essaye, et commence à en tirer des sons. Son frère, lui, bat du pied sur des rythmes de batuque — un mot qui désigne une tradition rythmique africaine — et les deux garçons improvisent ensemble, sans savoir qu’ils posent les premières notes d’un parcours qui durera plus d’un demi-siècle.
En 1982, Juka quitte São Tomé pour Lisbonne à quinze ans. La ville portugaise est un terreau musical inépuisable : la kizomba y bouillonne, le zouk angolais y triomphe, les communautés africaines y tissent des réseaux. Juka ne se contente pas d’écouter. Il danse, il apprend les pas, il devient danseur professionnel et professeur de danse — un passage qui lui donnera le sens du rythme et du mouvement qui caractérisera toutes ses scènes. Sa première discographie, “Alô Cherry” (1992), pose les fondations d’un son où les mélodies douces côtoient des rythmes dansants.
Juka Castro installe sa carrière à Lisbonne, enregistrant dans des studios de la diaspora portugaise — des espaces où se croisent artistes angolais, capverdiens, brésiliens. Son son emprunte au zouk, à la kizomba — ce genre romantique né en Angola — au soukouss congolais, tout en intégrant les couleurs de São Tomé. L’ússua (un rythme de célébration santoméen), le socopé (une danse folklorique) et le dêxa de l’île du Príncipe irriguent ses compositions.
Cette mosaïque sonore trouve sa plus belle vitrine en 2013, au concert organisé par l’ONU pour la Journée mondiale de la langue portugaise. Juka y partage la scène avec des artistes d’Angola, du Mozambique, de Cabo Verde et du Brésil. Son interprétation a porté le public debout. « Partager la scène avec des voix d’Angola, du Mozambique, de Cabo Verde, de Timor-Leste et du Brésil a été très bon pour moi. Le moment fort a été cette musique très chaleureuse, très chaude de São Tomé — le public n’a pas tenu et moi non plus… C’était une fête », confie-t-il dans une interview rapportée par l’ONU. Pour Juka, la musique est un acte diplomatique, une façon de rendre visible un pays que personne ne connaît.
Avec plus de 18 albums à son actif, Juka s’est imposé comme un pilier de la scène santoméenne en diaspora. Ses titres parlent d’amour, d’identité, d’appartenance — des thèmes universels portés par des mélodies qui invitent au mouvement. “Angelina” cumule plus d’un demi-million d’écoutes sur Spotify, tout comme “Amiga (Amor Caliente)”, qui a propulsé son son auprès d’un public ibéro-américain. Il organise aussi des festivals solidaires, comme celui qu’il a monté pour soutenir Rock Neto, un chanteur santoméen accidenté en Angola.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| “Alô Cherry” | 1992 | Premier album, socle musical |
| “Angelina” | 2015 | Plus grand succès, 500 000+ écoutes |
| “Amiga (Amor Caliente)” | 2015 | Explosion ibéro-américaine |
| “S. Tomé e Príncipe No Coração” | 2015 | Hymne identitaire à l’archipel |
| “Eu Amo o Meu País” | — | Manifeste patriotique |
| “Amor me leva” | 2024 | 18e album, pont générationnel |
Héritage
Juka Castro incarne une migration musicale réussie. Il a pris les rythmes de São Tomé, les a confrontés au zouk et à la kizomba de Lisbonne, et a fait de ce mélange sa marque de fabrique. Son parcours a ouvert la voie à d’autres artistes santoméens (Camilo Domingos, Filipe Santo, Kalu Mendes) qui, comme lui, ont construit leur catalogue à travers les studios de la diaspora portugaise. Près de quarante ans après ses débuts, il continue de tourner en Europe, en Afrique et aux États-Unis, porteur d’un son qui rappelle que São Tomé-et-Príncipe — cet archipel volcanique de 200 000 habitants au milieu de l’Atlantique — possède une musique qui mérite d’être entendue.
Sources et références
- « Music of São Tomé and Príncipe », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Music_of_São_Tomé_and_Príncipe, consulté le 24 octobre 2024.
- « Juka vai lançar o 18º álbum em julho com o título “Amor me leva” », RSTP, https://rstp.st/2024/05/20/juka-vai-lancar-o-18o-album-em-julho-com-o-titulo-amor-me-leva/, consulté le 24 octobre 2024.
- « Juka promete novo CD ainda este ano », Opaís, https://opais.ao/sem-categoria/juka-promete-novo-cd-ainda-este-ano/, consulté le 24 octobre 2024.
- « Especial: Concerto em Português nas Nações Unidas », ONU News, https://news.un.org/pt/story/2013/05/1436811, consulté le 24 octobre 2024.
- Juka, Apple Music, https://music.apple.com/se/artist/juka/213900772, consulté le 24 octobre 2024.
- Juka, Spotify, https://open.spotify.com/artist/3uokciivXi0tdI9Q4HLTST, consulté le 24 octobre 2024.
- « The Conjuntos Built Puxa, and New Voices Keep Rewriting the Island Studio », Blue Tree Audio, https://music.bluetreeaudio.com/countries/sao_tome_and_principe/bands-diaspora-women-and-music-now, consulté le 24 octobre 2024.
- Juka, Afrisson, https://www.afrisson.com/juka-11497/, consulté le 24 octobre 2024.









