Juluka

Juluka

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Biographie

Juluka : la sueur d’un duo qui a fait sueur dans l’apartheid

En 1979, un duo blanc et noir posa sur la pochette de leur premier album : un anthropologue anglais en tenue zoulou complète, aux côtés de son ami jardinier et guitariste. Le nom du groupe, Juluka, voulait dire « sueur » en zoulou — le même mot que celui du taureau appartenant à Mchunu. C’était une déclaration explosive dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, où une scène mixte était tout simplement illégale.

En bref

Nom du groupe Juluka (« sueur » en zoulou)
Formation 1979, Johannesburg, Afrique du Sud
Membres fondateurs Johnny Clegg (guitare, chant), Sipho Mchunu (guitare, percussion, chant)
Genres Maskanda (guitare de rue zouloue), mbaqanga (musique de township zouloue), world music, folk, rock
Œuvres emblématiques Universal Men, Scatterlings, « Scatterlings of Africa »
Labels Rhythm Safari, Warner Bros.

Dates clés

Année Événement
1969 Johnny Clegg rencontre Sipho Mchunu à Johannesburg, 16 et 18 ans
1976 Premier single « Uthi Angizule » publié sous Jonathan Clegg & Sipho Mchunu
1979 Sortie de Universal Men, premier album sous le nom Juluka
1981 Album African Litany ; le single « Impi » devient un tube souterrain malgré l’interdiction de radio
1982 Album Scatterlings ; « Scatterlings of Africa » atteint le Top 100 en Australie
1983 Tournée internationale ; le Musicians’ Union (UK) refuse puis lève son interdiction
1984 Radio Bantu bannie Juluka, jugeant Clegg une « insulte à la culture zouloue »
1985 Mchunu rentre au Natal pour s’occuper de sa famille ; le groupe se sépare
1997 Clegg et Mchunu se réunissent pour l’album Crocodile Love (Ya Vuka Inkunzi)

Un pari artistique et politique

Johnny Clegg, né en Angleterre en 1953, grandit entre le Zimbabwe, la Zambie et l’Afrique du Sud. Adolescent à Johannesburg, il découvre le maskanda — la guitare de rue zouloue jouée par les travailleurs migrants — et en reste fasciné. En 1969, à 16 ans, il rencontre Sipho Mchunu, alors 18 ans, jardinier et guitariste accompli. Mchunu défie Clegg à un duel de guitare ; l’amitié et la collaboration naissent.

Ils jouent dans les salles de l’université, les églises et les foyers de migrants. Clegg est arrêté plusieurs fois pour avoir violé les lois d’apartheid, à peine 15 ans. Selon ses propres mots, ces arrestations étaient une « épreuve initiatique » dans l’apprentissage de la culture zouloue.

Leur premier album, Universal Men (1979), publié sur le label Rhythm Safari créé par Hilton Rosenthal, est poétiquement influencé par John Berger, Pablo Neruda et Jean-Paul Sartre. Il explore, sous forme de métaphore, un combat de taureaux où le petit abat le grand — victoire du plus faible sur l’oppresseur. Juluka fusionne le maskanda et le mbaqanga avec le folk occidental et le rock. À la guitare de Mchunu et Clegg s’ajoutent saxophone, flute, claviers et synthétiseurs, tandis que la danse ngoma (danse traditionnelle zouloue) animent leurs concerts. Leur approche démantèle l’idée reçue qui oppose « traditionnel » à « moderne », « primitif » à « occidental ».

L’African Litany (1981) propulse Juluka sur la scène internationale. Le single « Impi », chantant la victoire des Zoulous sur l’armée coloniale britannique à la bataille d’Isandlwana, est banni des radios sud-africaines mais devint un tube underground. Scatterlings (1982) porte le morceau-titre « Scatterlings of Africa » qui atteint le Top 100 en Australie. En 1988, ce single se vend à un million d’exemplaires.

En 1985, Mchunu rentre au Natal pour s’occuper de sa famille. Juluka se dissout. Clegg forme Savuka et poursuit sa carrière en solitaire. En 1997, les deux amis se retrouvent pour un dernier album, Crocodile Love (Ya Vuka Inkunzi), qui n’atteint pas la réception critique des premiers Juluka, mais scelle leur amitié retrouvée.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
Universal Men 1979 Premiers pas d’un groupe mixte sous apartheid ; métaphore du taureau et de la résistance
African Litany 1981 Révélation internationale ; le single « Impi » défraye la cour avec ses textes politiques déguisés
Scatterlings 1982 « Scatterlings of Africa », tube mondial à plus d’un million d’exemplaires
Crocodile Love 1997 Dernier opus commun, témoin d’une amitié qui a traversé le temps et l’apartheid

Héritage et influence

Juluka a ouvert la voie au courant world music dans les années 1980, aux côtés de Paul Simon et Peter Gabriel. Leurs albums sont devenus des références pour toute une génération d’artistes sud-africains, et leur musique est encore aujourd’hui associée aux équipes nationales sud-africaines. La postérité de Juluka réside dans cette preuve vivante que le métissage artistique peut être, en même temps, un acte politique : la sueur du travail musical comme langage de réconciliation.

Sources et références

  1. « Juluka », Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/Juluka, consulté le 20 octobre 2026.
  2. « Juluka — Biography », AllMusic, https://www.allmusic.com/artist/juluka-mn0000302191, consulté le 20 octobre 2026.
  3. « Johnny Clegg, A Uniting Voice Against Apartheid, Dies At 66 », NPR, https://www.npr.org/2019/07/16/738065415/, consulté le 20 octobre 2026.
  4. « Johnny Clegg », Britannica Kids, https://kids.britannica.com/kids/article/Johnny-Clegg/601967, consulté le 20 octobre 2026.
  5. « Johnny Clegg en 1990 : J’appartiens à l’Afrique, entièrement », Paris Match, https://www.parismatch.com/Culture/Musique/Johnny-Clegg-Interview-1990-1637713, consulté le 20 octobre 2026.
  6. « Johnny Clegg, South African Singer Who Battled Apartheid With Music, Is Dead at 66 », The New York Times, https://www.nytimes.com/2019/07/16/arts/music/johnny-clegg-dead.html, consulté le 20 octobre 2026.
  7. « INTERVIEW: South African Legend Johnny Clegg », Green Global Travel, https://greenglobaltravel.com/johnny-clegg-south-africa-white-zulu/, consulté le 20 octobre 2026.
  8. « Juluka — Scatterlings (1982) », Historical Albums Database, https://historicalalbumsdatabase.wordpress.com/2021/08/31/juluka-scatterlings-1982/, consulté le 20 octobre 2026.