Biographie

Kali : le banjo de la révolte antillaise

Fort-de-France, 1989. Sur scène, un homme aux dreadlocks frappe un banjo hérité de son père1. Les accords résonnent comme un rappel — la musique martiniquaise, ce sont les fûts de salaison transformés en tambours bélé par les esclaves, les mazurkas de grand-papa, le reggae qui fait trembler les barricades. Kali n’est pas là pour plaire : il est archéologue du son et chroniqueur de sa société. Ce fils de député, petit-fils de Gaston Monnerville, n’a pas besoin de la gloire pour écrire, mais il refuse de se taire.

En bref

Nom complet Jean-Marc Monnerville
Nom de scène Kali
Naissance 21 février 1956, Fort-de-France, Martinique
Domaine Reggae, zouk, musique traditionnelle antillaise
Instrument Banjo, percussion
Œuvres emblématiques Racines I, Débranché, Monté la riviè
Distinctions Prix SACEM Martinique (1997), sélection France Eurovision 1992

Dates clés

Année Événement
1956 Naissance à Fort-de-France, d’un père musicien et d’une institutrice
1970 Départ pour la France pour étudier la composition musicale
1975 Création du premier groupe Gaoulé, nommé en hommage à un massacre d’esclaves
1979 Fondation de 6ème Continent, tournant reggae et rasta
1983 6ème Continent au Trocadéro à la Fête de la Musique ; succès national
1989 Retour en Martinique, carrière solo avec Racines I
1992 Représente la France à l’Eurovision avec Monté la riviè (8e, 73 points)
1995 Débranché, retour au son acoustique
1997 Prix SACEM Martinique pour La Biguine des Enfants du Bon Dieu
2007 Racines V, avec Jocelyne Béroard et Emeline Michel

Un nom, un destin

Jean-Marc Monnerville grandit à Fort-de-France avec le goût de la musique2. Son père, musicien professionnel, lui apprend la percussion classique. Sa mère, institutrice, lui transmet la rigueur. Le surnom « Kali » — inspiré de Calimero, comme lui petit et combatif — est inventé à l’école primaire. À vingt ans, il part étudier la composition en France métropolitaine. De retour aux Antilles, il forme Gaoulé, nommé en référence à un massacre d’esclaves en Guadeloupe au XVIIe siècle.

6ème Continent : le reggae comme arme

En 1979, Kali fonde 6ème Continent, qui marie reggae et airs antillais. “Adieu Foulards” est adapté iconoclastement, et un autre titre, “Reggae Dom-Tom”, dénonce le néocolonialisme français. Le 21 juin 1983, 6ème Continent remplace Femi Kuti à la Fête de la Musique, Place du Trocadéro. CBS Records les sollicite mais exige qu’ils modernisent leur son. Kali refuse et dissolve le groupe3.

L’archéologue du son

À partir de 1989, Kali entame une carrière solo à contre-courant du raz-de-marée zouk4. Racines I (1989) et Racines II (1990) mêlent banjo acoustique, percussions bélé et synthétiseurs. Roots (1992) l’amène à l’Eurovision : Monté la riviè, chantée en créole martiniquais, surprend les autres concourants. Huitième place, 73 points — une consécration. Débranché (1995) lui vaut une invitation au Zimbabwe. Kali se produit au WOMAD Festival et ouvre un studio à Balata pour les musiciens traditionnels. « J’ai envie d’aider les Martiniquais qui jouent de la musique traditionnelle mais à qui l’on ne donne pas la possibilité d’enregistrer », explique-t-il.

Le vieux gorille de la conscience

« Quand on chantait : Je suis vraiment d’une race très spéciale, j’suis un nègre départemental, passionné par le style colonial, cela avait quelque chose de subversif mais qui reste malgré tout d’actualité », écrit Kali5. Sa colère s’est faite plus lucide, moins explosive. Le Trio (2010) clôt une discographie de plus de vingt albums. Kali vit toujours en Martinique, à Saint-Pierre, où il transmet aux jeunes générations les vibrations du bélé et du gwo ka.

Œuvres majeures

Œuvre Année Pourquoi c’est essentiel
“Reggae Dom-Tom” 1979 Hymne anticolonial de 6ème Continent
Racines I 1989 Album fondateur, fusion banjo-percussions-créole
Monté la riviè 1992 Francia à l’Eurovision
Débranché 1995 Retour acoustique, classiques revisités
Francofaune 1999 Sommet du monde caribéen métissé
Racines V 2007 Cloche la série Racines

Héritage

Kali a fait de l’oubli l’ennemi de sa musique6. Alors que le zouk a uniformisé la scène antillaise des années 1980, il a creusé — littéralement — pour retrouver le bélé, le gwo ka et la biguine. Son banjo, hérité par le poète Rémi Bellenchombre — son parolier depuis 1979 — est devenu l’instrument signature de la musique racines des Antilles françaises. Kali, militant infatigable, reste l’un des rares artistes de la Caraïbe française à avoir tenu à la fois le micros, le banjo, la plume et le tambour.

Sources et références


  1. Wikipedia, Kali (French singer), consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  2. Deezer, Kali — Biography, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  3. AllMusic, Kali, Gene Scaramuzzo, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  4. Diasporamix, Kali — On a reporté la révolution, 30 octobre 2017, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  5. Eurovision Song Contest Wiki, Kali, consulté le 29 octobre 2026 ↩︎

  6. RFI Musique, entretiens avec Kali (1999, 2001, 2022), consultés le 29 octobre 2026 ↩︎