Biographie
Les Mahotella Queens : le trio de fer du mbaqanga sud-africain
En 1964, le producteur Rupert Bopape assemble un groupe de chanteuses à Johannesburg, chez Gallo Records1. Celles qui montent sur scène portent des robes traditionnelles zoulous et un nom né presque par hasard Mahotella Queens qui deviendra l’une des voix les plus tenaces de la musique sud-africaine. Sa formule : des harmonies féminines multi-voix face à la voix rauque d’un groaner (chanteur à la basse profonde) et au rythme électrique du Makgona Tsohle Band. Ensemble, ils inventent le mbaqanga, style sud-africain mêlant rythmes traditionnels et accompagnement électrique, premier genre du pays à utiliser une rythmique entièrement électrique.
En bref
| Nom du groupe | Mahotella Queens |
| Formation | 1964, Johannesburg, Afrique du Sud |
| Genre | Mbaqanga — rythmes traditionnels, guitares électriques, harmonies féminines |
| Membres fondateurs | Hilda Tloubatla (soprano), Mildred Mangxola, Nobesuthu Mbadu |
| Distinction majeure | Prix WOMEX 2000 |
Dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1964 | Formation par Rupert Bopape à Gallo Records |
| 1964-1972 | Période faste avec Mahlathini ; succès avec “Jive Motella” |
| 1972 | Rupture avec Bopape ; départ de Gallo |
| 1983 | Réunion pour l’album Amaqhawe Omgqashiyo |
| 1986 | Ligne-up classique (Tloubatla, Mbadu, Mangxola) |
| 1987 | Tournée de France ; entrée sur la scène internationale |
| 1991 | Central Park (500 000 personnes) |
| 2000 | Album Sebai Bai ; prix WOMEX |
| 2005 | Départ de Gallo après 40 ans |
| 2013 | Retraite de Mildred Mangxola ; remplacement par Amanda Nkosi |
| 2021 | Décès de Nobesuthu Mbadu |
Origines et rupture
Rupert Bopape arrive chez Gallo Africa en 1964, chargé de créer une filiale dédiée à la musique noire. Il assemble trois pôles : un chanteur à la voix basse, Simon Nkabinde dit Mahlathini, le lion de Soweto, un groupe de chanteuses et un orchestre de session, le Makgona Tsohle Band. Bopape réunit une douzaine de femmes, mais c’est sous le nom de Mahotella Queens que les enregistrements deviennent les plus populaires2.
Le résultat est furieux : les harmonies aiguës des Queens contrastent la voix enrouée de Mahlathini. Sur scène, les femmes alternent chants et chorégraphies rapides mêlant danses zouloues et jive américain. Les tournées nationales durent des semaines. Mais en 1972, Mahlathini et une partie des Queens démissionnent de Gallo pour un différend avec Bopape[^7]. Le groupe se scinde, les chanteuses élèvent leurs enfants, et Bopape recrute de nouvelles voix pour garder la marque.
Renaissance internationale
En 1983, le guitariste West Nkosi persuade Marx Mankwane de réunir Tloubatla, Mbadu et Mangxola pour l’album Amaqhawe Omgqashiyo. En 1986, le trio se stabilise. L’explosion d’intérêt pour la musique sud-africaine — portée par Graceland de Paul Simon — offre une fenêtre : une tournée française de 1987 devient un triomphe, suivi d’un tour d’Europe. Les années 1990 sont une course : Wembley (1988), Montreux Jazz Festival (1991, 1993), Central Park (1991), l’investiture de Mandela (1994)3. En 1989, The Art of Noise les invite sur Yebo. En 2006, elles headlinent WOMAD.
Une lignée qui continue
Mahlathini meurt en 1999, Marx Mankwane et West Nkosi le suivent. Les Queens changent les musiciens mais ne s’arrêtent pas. Sebai Bai (2000) est enregistré à Johannesburg et Paris, dédié aux disparus. Reign & Shine (2005), quasi a cappella, marque leur départ de Gallo. Mildred Mangxola se retire en 2013, remplacée par Amanda Nkosi. Nobesuthu Mbadu meurt en 2021 à 76 ans1.
Aujourd’hui, les Mahotella Queens — Tloubatla, Nkosi et Nqobile Njapha — continuent de tourner. Les jeunes d’amapiano citent leur musique. Soixante et onze ans après leur première séance, le nom né par accident d’un producteur reste une lignée vivante4.
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Pourquoi c’est essentiel |
|---|---|---|
| “Jive Motella” | 1960s | Hymne du mgqashiyo, premier hit du groupe |
| Amaqhawe Omgqashiyo | 1983 | Réunion historique avec Mahlathini |
| Paris – Soweto | 1987 | Premier album international, après la tournée française |
| Sebai Bai | 2000 | Comeback enregistré à Johannesburg et Paris, dédié aux disparus |
| Reign & Shine | 2005 | Album a cappella après le départ de Gallo |
Héritage
Les Mahotella Queens ont tenu debout plus de six décennies à travers des ruptures de label, des décès, des retraites et des changements de génération. Leur musique — le mbaqanga — a été la première à mixer rythmes traditionnels et batterie électrique en Afrique du Sud. Leurs chansons parlent de la vie à Soweto, des perquisitions (“Kazet”), du quotidien des travailleuses. Elles ont été les chroniqueuses d’une classe urbaine noire dont l’apartheid voulait faire des fantômes. Aujourd’hui, le nom porte toujours — par Tloubatla, par Nkosi, par Njapha. Le groupe n’est pas une relique : c’est une lignée qui continue de se réinventer2.
Sources et références
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African Music Library, The Mahotella Queens, Newsletter, 29 septembre 2026. ↩︎ ↩︎
-
Pan-African Music, Mahotella Queens, the crown jewels of mbaqanga, consulté en 2026. ↩︎ ↩︎
-
Afropop Worldwide, The Mahotella Queens are Back! A Talk With Hilda Tloubatla, entretien avec Banning Eyre, consulté le 29 octobre 2026. ↩︎
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Wikipedia, Mahotella Queens, consulté le 29 octobre 2026. ↩︎















